1 - Binance est-il fiable ?
Numéro un mondial en volume d'échanges de devises numériques, Binance revendique 335 millions d'utilisateurs. À titre de comparaison, le site Crypto.com comptabilisait 741 millions de propriétaires de cryptomonnaies dans le monde.
L'entreprise connaît cependant son lot de scandales. Son ancien patron Changpeng Zhao a été condamné en avril 2024 aux États-Unis pour violation de la législation antiblanchiment, avant d'être gracié l'an passé par Donald Trump.
D'autres procédures existent aux Etats-Unis, où la plateforme a notamment été accusée d'avoir vendu l'équivalent de titres financiers non déclarés auprès du gendarme des marchés américains.
En France, Binance est soupçonnée d'avoir manqué à ses obligations de contrôle des fonds de ses clients.
Faute d'avoir obtenu un agrément au titre du règlement européen MiCA, le colosse de la crypto a annoncé cet été la suspension partielle de ses activités dans l'Union européenne.
2 - Les cryptos, une technologie sécurisée ?
Les cryptomonnaies reposent sur une technologie appelée « blockchain », ou chaîne de blocs en français : un registre numérique qui conserve l'historique des transactions et dont la conception rend la falsification particulièrement difficile.
Cela ne met toutefois pas les fonds à l'abri des vols : leurs transferts sont autorisés au moyen de clés privées, de longues suites de caractères qui doivent rester secrètes.
Les portefeuilles numériques servent à gérer ces clés, et non à stocker les cryptomonnaies elles-mêmes, dont les mouvements sont inscrits sur la blockchain. Une personne qui obtient ces clés peut donc déplacer les fonds sans devoir truquer le registre.
« Même quand vous pensez être sur un échange parmi les plus solides au monde, il peut se faire hacker », relève Stéphane Ifrah, analyste chez Coinhouse, interrogé par l'AFP.
3 - Comment peuvent-elles être volées ?
Pour accéder aux clés privées ou aux systèmes autorisant les transferts, les pirates peuvent exploiter une faille informatique, utiliser un logiciel malveillant ou cibler les personnes, par hameçonnage ou sous la menace.
Certaines clés sont conservées sur des portefeuilles matériels non connectés à Internet. Mais ces dispositifs ne sont pas pour autant à l'abri des attaques : des fonds d'utilisateurs du spécialiste français Ledger ont ainsi été subtilisés au moyen d'implants malveillants glissés dans des appareils commercialisés par un revendeur.
Dans le cas de Binance, l'enquête s'est orientée vers « un ordinateur portable dont la sécurité a été affectée », appartenant à un ingénieur, avant que plusieurs « points de brèche supplémentaires » soient mis à jour, a indiqué la plateforme sur X. Le déroulement exact de l'attaque reste à établir.
4 - Qui sont les pirates ?
Sans confirmation officielle, les sociétés d'analyse TRM Labs, Chainalysis et Elliptic pointent vers des pirates liés à la Corée du Nord, le groupe TraderTraitor dit « Lazarus Group ».
Le montant dérobé représente quatre fois celui que ce même groupe avait siphonné, d'après le FBI, sur la plateforme ByBit en février 2025, soit 1,5 milliard de dollars, à l'époque le vol le plus important en cryptomonnaies.
Selon Elliptic et Chainalysis, une partie des fonds volés de Binance rejoint des fonds issus du récent piratage de la plateforme Bitget, qui avait attribué cette attaque à Pyongyang.
5 - Est-il possible de récupérer l'argent ?
Binance indique qu'environ 3 milliards de dollars d'actifs, soit près de la moitié du montant affecté, ont été gelés avec l'aide d'émetteurs ou d'infrastructures partenaires. Ces opérations se poursuivent, mais le gel ne signifie pas que les fonds ont déjà été récupérés.
Les auteurs du vol pourraient par exemple payer des partenaires russes ou chinois avec les devises numériques volées, en leur laissant le soin de dissimuler l'origine illégale, estime Stéphane Ifrah.
Ils peuvent aussi recourir à des dispositifs d'anonymisation, comme les « mélangeurs » (ou « mixeurs ») de cryptomonnaies, destinés à compliquer le traçage des sommes dérobées.
Binance affirme qu'elle couvrira les pertes liées au piratage. Mais « on voit bien qu'il n'y a pas de risque zéro », souligne Stéphane Ifrah.















