Rénover votre logement, passer votre permis, créer votre entreprise... Il existe en France plus d'une centaine d'aides nationales (et encore davantage d'aides locales) pour vous donner un coup de pouce dans les moments difficiles. Mais trop souvent, vous ne profitez pas de ces prestations, alors que vous y auriez pourtant droit. Ce phénomène a un nom : le « non-recours ». Et, depuis plusieurs années, le gouvernement et les associations multiplient les initiatives pour y mettre fin.

Chaque année, plus de 10 milliards d'euros d'aides sociales ne seraient pas réclamés par leur potentiel bénéficiaire, d'après une étude. Les raisons ? « La complexité des démarches administratives, la peur d'être stigmatisé ou, tout simplement, une méconnaissance des dispositifs existants », explique Joseph Terzikhan, fondateur de la plateforme mes-allocs.fr.

« Il me manquait plein de papiers, j'étais bloqué pour tout. Je me suis retrouvé baladé de service en service, jusqu'à être épuisé et baisser les bras », résume Karim, un bénévole du Secours Catholique en situation de non-recours. Et il n'est pas le seul. « Les démarches demandent du temps et de l'énergie, deux ressources dont les plus précaires, qui se battent pour garder la tête hors de l'eau, manquent bien souvent », confirme Daniel Verger, responsable des études et de la recherche au Secours Catholique. Pourtant, des solutions existent.

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Simulateurs en ligne

Longtemps, l'Etat s'est senti peu concerné par le non-recours, estimant que c'était à l'allocataire de connaître et faire valoir ses droits. Toutefois, les mentalités évoluent et, depuis quelques années, le gouvernement a changé son fusil d'épaule. « Si des prestations ont été créées au service d'objectifs stratégiques, comme la réduction de la pauvreté, le fait que ces prestations n'atteignent pas leur cible (...) est un obstacle à la politique menée », note Emmanuelle Nauze-Fichet dans un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES).

Parmi les pistes explorées par les pouvoirs publics pour lutter contre le non-recours, la création de simulateurs gratuits, dont le plus connu, accessible sur le site mesdroitssociaux.gouv.fr, permet aux administrés de vérifier leur éligibilité à 58 aides en moins de 15 minutes. Plus récent, le simulateur d'1jeune1solution.gouv.fr aide les moins de 30 ans à trouver les prestations sociales auxquelles ils sont en droit de prétendre, qu'il s'agisse de se loger, d'acheter un vélo électrique ou de passer leur permis.

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Au total, le dispositif recense plus de 400 aides nationales et locales. « Nous travaillons quotidiennement à l'ajout de nouvelles aides », explique Charlotte, membre de l'équipe qui travaille sur le simulateur. « La difficulté, c'est qu'il existe aujourd'hui beaucoup d'aides, mises à disposition à différents échelons par une multiplicité d'acteurs ». Un mille-feuille administratif dans lequel les ayants droit ont parfois du mal à se retrouver.

Du moins jusqu'à présent, puisqu'avec 80 000 visites mensuelles, le simulateur d'1jeune1solution.gouv.fr semble avoir trouvé son public. Et les premiers résultats sont au rendez-vous. Selon un sondage réalisé par la plateforme, 65% des internautes auraient entamé des démarches au terme de leur simulation et, pour 43% d'entre eux, la demande aurait débouché sur l'obtention d'une prestation sociale.

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Guichets de proximité

Pour autant, les simulateurs s'avèrent incapables d'enrayer le non-recours à eux seuls. « Les démarches s'effectuent de plus en plus souvent en ligne », observe Daniel Verger. « Or, si le numérique a des avantages, il implique de disposer d'une messagerie électronique et de savoir s'en servir pour se connecter et mettre à jour son dossier. Autant de barrières pour ceux qui maîtrisent mal les outils informatiques ».

Pour lutter contre l'exclusion numérique et remettre l'humain au cœur des démarches, le gouvernement Macron avait annoncé, en avril 2019, la création des maisons France Services. Le principe ? Des guichets uniques de proximité donnant accès, dans un même lieu, aux principaux organismes de services publics (Pôle emploi, Assurance retraite, Caisse d'Allocations Familiales...). Au total, 2 055 guichets ont été ouverts pour faciliter les démarches administratives sur tout le territoire, notamment dans les zones rurales et les quartiers prioritaires.

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« C'est un réel progrès », reconnaît Daniel Verger. « Mais il serait possible d'aller encore plus loin dans la lutte contre le non-recours, en instaurant, par exemple, un référent unique qui serait chargé de coordonner l'ensemble du dossier des allocataires ».

Parmi les autres propositions portées par le Secours Catholique : l'automatisation du versement de certaines aides, comme c'est déjà le cas avec le chèque énergie, et la mise en place de plannings de remboursement en cas de versements indus. « Aujourd'hui, lorsque les CAF font une erreur, elles peuvent demander le remboursement immédiat du trop-perçu », explique Daniel Verger. « Bien souvent, cependant, les allocataires ont déjà dépensé les sommes reçues, et se retrouvent dans une situation financière encore plus précaire ».

« La crainte de devoir rembourser des aides perçues par erreur est également un facteur de non-recours », confirme Joseph Terzikhan. Pour accompagner les ayants droit dans leurs démarches, le fondateur de mes-allocs.fr mise, quant à lui, sur une stratégie hybride. « Nous avons développé un simulateur qui recense plus de 1 200 aides et permet à chacun d'avoir une estimation rapide et gratuite de l'ensemble de ses droits. Une fois la simulation terminée, ceux qui le souhaitent peuvent bénéficier d'un accompagnement administratif à distance, par un conseiller dédié », explique-t-il. La plateforme, qui propose ses services au prix de 30 euros par trimestre, revendique une économie moyenne de 3 200 euros par an. Depuis sa création, elle aurait accompagné 23 000 bénéficiaires.

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