En France, le taux dépargne est traditionnellement élevé, du moins en comparaison à ses voisins européens : plus de 15% du revenu disponible brut (1) contre 6% au Royaume-Uni, 10% en Espagne ou 11% en Italie. Parmi les pays voisins, seule lAllemagne fait mieux avec plus de 16% à la fin 2014. Deux membres de la Banque de France se sont intéressés à ce taux élevé dans la dernière édition de la publication Rue de la banque de linstitution. Objectif : comprendre pourquoi le taux dépargne reste si élevé depuis le début de la crise.
En effet, malgré un petit effet yoyo, le taux global reste aujourdhui juste au-dessus de 15%, comme en 2007. Et en décomposant ce taux, on constate que le « taux dépargne financière », sans limmobilier, a même augmenté depuis 2007 : 6,1% contre 4,4% en 2007 selon lInsee.
Des ménages moins confiants quauparavant
Les auteurs dressent quatre hypothèses pour expliquer ce niveau qui reste étonnement élevé, alors que la consommation sest elle affaissée depuis 2007. Première dentre elles : la baisse de la confiance des ménages. Mesuré par lInsee, lindicateur du moral des Français est en effet passé sous sa moyenne historique depuis septembre 2007, et nest jamais remonté à ce même niveau. « Lincertitude sur les perspectives demploi et de revenu aurait ainsi pu favoriser la constitution dune épargne de précaution », notent les auteurs, tout en soulignant que cela « nexplique que partiellement la ralentissement de la consommation ».
Puis les auteurs sintéressent au « contrecoup » des dispositifs de subvention à lachat automobile, qui ont soutenu la consommation de 2008 à 2010, et à lévolution des revenus des Français. Le poids des prestations sociales dans le revenu des Français sest accru : de 30,6% en 2007 à 34,9% en 2014. Or il sagit dun « revenu de remplacement », comme le soulignent les auteurs, qui ne permet pas de consommer de la même manière quavec un salaire (2).
Epargner pour assurer lavenir
Ce qui conduit les auteurs à opter pour la 4e hypothèse : « La crise pourrait avoir conduit les ménages à modifier leurs anticipations de revenu permanent et entraîné une baisse de la consommation. » Moins confiants dans lavenir et dans leurs perspectives de revenus, face à la hausse du chômage (de 8,0% en 2007 à 10,3% en 2014) et face aux réformes des retraites, ils consomment moins et épargnent plus.
(1) LInsee définit le taux dépargne comme « le rapport entre lépargne des ménages et le revenu disponible brut (non ajusté) ». Dans le revenu disponible sont pris en compte les revenus dactivité, du patrimoine, et les prestations sociales, dans tous les cas net dimpôt et de cotisations sociales. Les auteurs de cette étude appuient leur analyse sur le taux d'épargne global fourni par l'Insee.
(2) Les auteurs insistent aussi sur lexcédent brut dexploitation (EBE), pour les entrepreneurs individuels, dans ce quils appellent les « revenus persistants ».

















