Pourquoi vous en avez sans doute entendu parler récemment ?

La dette publique française est actuellement au cœur de l'actualité, et l'objet de toutes les inquiétudes. Son niveau très élevé (près de 120% du PIB), mais surtout les doutes des marchés sur la capacité de la France à redresser durablement ses comptes, entraînent une forte hausse du coût du refinancement de cette dette.

L'Etat français, en effet, est contraint de beaucoup emprunter pour financer ses dépenses. Il le fait en émettant des titres de dette, les obligations assimilables du Trésor (OAT), sur une gamme de maturité allant de 2 à 50 ans. C'est l'OAT 10 ans qui est la référence du marché. Or ces emprunts coûtent de plus en plus cher à l'État. Le rendement demandé par les investisseurs pour acheter des titres de dette a tendance à augmenter. Il a dépassé cette semaine les 5%, un niveau très élevé qui n'avait plus été atteint depuis 2002.

Ce niveau historiquement élevé, toutefois, ne dit pas tout de la méfiance des investisseurs vis-à-vis de la dette française. C'est surtout dans la comparaison avec les rendements demandés pour d'autres titres comparables qu'elle se mesure. C'est là qu'intervient la notion de « spread ».

C'est quoi exactement, le spread ?

Le mot « spread » est un terme anglais utilisé pour signifier un écart de taux. Un terme relativement générique, donc, qui, lorsqu'il est employé en France par les observateurs des marchés financiers, renvoie souvent au spread franco-allemand. C'est-à-dire l'écart de rendement observé, à un instant T, entre l'OAT à 10 ans et son équivalent allemand, le Bund à 10 ans.

Pourquoi cet écart est-il particulièrement scruté ? Tout simplement parce que l'Allemagne est considérée comme l'emprunteur de référence en Europe, en raison notamment de la bonne tenue de ses finances publiques. Le spread franco-allemand mesure donc la prime de risque demandée par les investisseurs pour prêter de l'argent à la France plutôt qu'à l'Allemagne.

Or ce spread ne cesse actuellement de grossir. Jeudi 22 octobre, il a atteint 174 points de base, son plus haut niveau depuis 2011. En clair, face aux risques perçus en France (déficit public élevé, dette importante, croissance faible, instabilité politique, tensions sociales, etc.), la prime de risque demandée par les investisseurs augmente.