Ce nest pas parce que la loi fait de vous un héritier ou que la personne décédée vous a consenti un legs dans son testament que vous avez lobligation de laccepter. La renonciation à un héritage est un droit, mais vous devez explicitement et clairement exprimer votre décision. La renonciation à une succession ne peut être que totale, il nest pas possible den accepter une partie et de refuser lautre.
La succession, comment ça marche ?
Lhéritage comprend tous les biens que possédait la personne décédée : maison, appartement, terrain, actions boursières, livrets dépargne, meubles, sommes sur un compte bancaire Mais lhéritage comprend aussi les dettes ! Les héritiers doivent payées les dettes laissées par le défunt, y compris sur leurs propres deniers si lactif de la succession ne suffit pas à combler la somme à rembourser. Chacun paie les dettes successorales seulement à hauteur de sa part dans lhéritage : un héritier qui recueille un tiers du patrimoine successoral, est redevable dun tiers des dettes de la succession.
Renoncer à la succession est donc parfois la meilleure solution. La plupart des renonciations sont motivées par la présence dun passif, des dettes donc, supérieur à lactif, cest-à-dire les biens transmis. Celui qui a renoncé est censé navoir jamais eu la qualité dhéritier. Il ne recueille aucun bien, mais les dettes successorales ne peuvent pas lui être réclamées.
Toutefois, renoncer à la succession ne dispense pas davoir à régler certaines dettes liées à lobligation alimentaire prévues par le code civil. Ainsi, un enfant, même sil a renoncé à la succession de son père ou sa mère doit néanmoins participer aux frais dobsèques si lactif successoral ne suffit pas à les régler. Tout comme il peut se voir réclamer le remboursement de tout ou partie de certaines aides sociales accordées à son parent, comme par exemple laide sociale à lhébergement (ASH) versée par le conseil départemental.
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A savoir
Lhéritier receleur, cest-à-dire celui qui sest emparé de biens ou valeurs à linsu de ses co-héritiers, ne bénéficie pas du droit de refuser la succession.
Par ailleurs, même sils renoncent à la succession, les héritiers conservent le droit dagir en justice pour défendre la mémoire de la personne décédée. Ils peuvent ainsi agir en cas de propos calomnieux prononcés par quelquun.
Refuser une succession, toujours un bon plan ?
Parfois, la succession est bénéficiaire, lactif est supérieur au passif, mais un héritier la refuse par générosité, pour en faire profiter ses enfants afin quils puissent hériter à sa place. Même si cette renonciation à la succession est parfaitement autorisée par l'article 805 du code civil, ce n'est pas forcément un choix judicieux. Un exemple : si, plus tard, la situation financière de la personne ayant renoncé se dégrade en raison de la maladie, du chômage ou dun handicap, elle peut regretter amèrement de sêtre volontairement privée dune telle manne.
La renonciation à la succession pour que les enfants héritent à votre place nest pas non plus une bonne affaire sur le plan fiscal. Certes, les enfants se voient appliquer le barème des successions en ligne directe, mais ils ne bénéficient pas dun abattement chacun. Ils doivent se partager labattement auquel leur parent renonçant a droit. A titre dexemple, si Charles renonce à la succession de sa mère ou de son père pour que ses deux enfants Sabrina et Oscar héritent de leur grand-père ou grand-mère, ces derniers se partageront labattement de 100 000 euros auquel leur père aurait eu droit sil navait pas renoncé à la succession.
Plutôt que de renoncer pour que vos enfants héritent à votre place, il est préférable de recueillir votre héritage et, si vous le souhaitez, de consentir ensuite à des donations aux enfants en jouant sur les divers abattements, par exemple labattement de 100 000 euros par enfant, autorisé une fois tous les 15 ans.
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La Cour de cassation et la transmission aux neveux ou nièces
Autre exemple : une mère renonce à lhéritage laissé par son frère afin que ses enfants héritent de leur oncle. Elle pense que ses enfants vont bénéficier du tarif des successions plus doux prévu dans les transmissions en ligne directe parents/enfants/petits-enfants. Erreur. Le fisc va appliquer aux héritiers le tarif des successions entre personnes non parentes selon un arrêt de la Cour de cassation doctobre 2019. Or une transmission oncles/neveux ou nièces nest pas une transmission en ligne directe. En effet, pour les donations au profit des neveux et nièces, un abattement de 7 967 euros est appliqué sur la part de chaque bénéficiaire. Au-delà, le montant est taxé au taux de 55%.
Quelles sont les modalités pour renoncer ?
Contrairement à lacceptation, la renonciation à la succession ne peut jamais être tacite : lhéritier doit manifester expressément sa volonté de rester en dehors de la succession via un formulaire officiel intitulé « Renonciation à succession par une personne majeure » (Cerfa n°15828*04). Une fois imprimé et rempli, ce formulaire est déposé ou envoyé - de préférence sous forme recommandée avec avis de réception - au greffe du tribunal judiciaire du lieu du dernier domicile de la personne décédée. Il faut y joindre des documents justificatifs tels que la copie de la pièce didentité du renonçant et le certificat de décès. En retour, vous recevrez, sous forme de lettre simple, le récépissé précisant que votre renonciation à la succession a bien été enregistrée par le greffe du tribunal judiciaire et mentionnée sur le Registre des renonciations à succession.
A quel moment refuser la succession ?
Les héritiers ont 10 ans pour se décider. Sils ne prennent pas parti dans ce délai, on considère quils renoncent à la succession. Cependant, dans les faits, divers évènements contraignent les héritiers à se prononcer rapidement. Il y a dabord la nécessité de déposer, au plus tard dans les 6 mois suivants le décès, la déclaration de succession aux services fiscaux.
Par ailleurs, les créanciers de la personne décédée (banques, propriétaires bailleurs pour des loyers impayés, syndic de copropriété pour des charges de copropriété...) peuvent contraindre les héritiers à accepter ou à refuser lhéritage. La loi précise quun délai de 4 mois suivants la succession est obligatoirement laissé aux héritiers pour prendre position. Dit autrement, les créanciers doivent attendre 4 mois avant de pouvoir sommer les héritiers daccepter ou refuser la succession.
La renonciation à succession est-elle définitive ?
L'article 807 du code civil autorise le renonçant, celui qui a renoncé à la succession, à se rétracter et revenir sur sa renonciation. Les conditions : quaucun autre héritier nait entre temps accepté la succession et que le décès ait eu lieu depuis moins de 10 ans.










