Plutôt qu'un commentaire, le président du Medef, Patrick Martin, a posté dimanche sur X une photographie du livre « Bocuse » de Gautier Battistella, retraçant l'histoire du célèbre chef étoilé, décédé en 2018.

« Ça, c'était de la grande cuisine, celle qui plaçait la France en haut du podium mondial ! Pas celle, politicienne, qui pour flatter l'opinion accable les entreprises et va tous nous reléguer dans les profondeurs du classement : pouvoir d'achat, innovation, compétitivité », a lancé le leader patronal.

Le retour de la surtaxe d'impôt sur les sociétés (IS) pour les grandes entreprises - les ETI, entreprises de taille intermédiaire, seront cette fois épargnées - pour un montant d'environ 8 milliards d'euros, exaspère particulièrement.

En effet, il avait été promis aux entreprises que cet impôt, initié dans le budget 2025, qui touche notamment le luxe et les banques, ne serait pas reconduit.

« Budget de renoncement »

Il n'est même pas garanti que ce sera la dernière fois. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, le 10 janvier sur France Inter, s'était montré favorable à ce qu'une telle mesure perdure « tant que le déficit public n'est pas revenu sous 3% » du PIB. Or il n'est pas prévu que cette situation se produise avant 2029.

Quant à la baisse progressive de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), impôt de production dont les gouvernements successifs promettent depuis 2022 l'éradication d'ici 2027, elle ne baissera pas cette année, contrairement aux engagements du budget initial.

Même si les entreprises adhérentes de la CPME, deuxième organisation patronale, ne sont pas concernées directement par la surtaxe d'IS, « on sait bien qu'il y aura des répercussions sur les sous-traitants » PME, déclaré à l'AFP son président, Amir Reza-Tofighi.

Surtout, ces revirements sont « un signal terrible pour la parole politique : ça veut dire qu'elle n'a plus aucune valeur », ajoute-t-il. Même si la CPME appellera en définitive à ce que « le budget soit validé », « c'est un budget de renoncement », insiste-t-il.

« Budget de renoncement », déclare aussi à l'AFP Olivier Schiller, président de Septodont (matériel dentaire), vice-président du Mouvement des ETI et membre du collectif de patrons créé en novembre, « Trop c'est trop ».

Selon lui, « la politique mise en œuvre aujourd'hui est à rebours » de la politique de l'offre et « génère à la fois la colère et un profond sentiment d'attentisme chez les chefs d'entreprises ». L'Afep (Association française des entreprises privées), lobby puissant autant que discret, ne commentait pas les mesures, lundi.

Néanmoins, un représentant des grandes entreprises, proche de cette association, jugeait également auprès de l'AFP que le maintien de la surtaxe d'IS « constitue une rupture de la parole donnée qui détruit la confiance ».

« Seize milliards d'euros en moins dans l'économie en deux ans, c'est autant qui ne se diffuseront pas vers les sous-traitants, ne soutiendront pas la dynamique salariale et ne financeront pas l'innovation et l'investissement productif en France », estimait-il.

A un moment, ajoutait ce représentant, où « la période de tension géopolitique et d'affrontements commerciaux, technologiques et armés que nous traversons » nécessite, pour « réduire nos dépendances, un effort historique de production, d'innovation et de compétitivité ».

« On ne grandit pas un pays en attaquant ses champions », estimait-il encore, concluant par un avertissement : « les décisions d'implantation et d'allocation de capital (des entreprises, NDLR) se prennent maintenant pour les cinq prochaines années. Elles se prendront ailleurs ».

Président de l'U2P (entreprises de proximité), troisième organisation patronale, Michel Picon a souligné que le budget « préserve les petites entreprises ».

« Mais la lourde addition des grandes entreprises ne nous réjouit pas car cela pèsera sur leurs investissements, sur l'emploi », a-t-il noté.