1 heure et 36 minutes. C'est le temps moyen que passent chaque jour les Français sur les réseaux sociaux. Un phénomène qui n'a pas échappé aux escrocs. Ils sont chaque jour plus nombreux à privilégier ces canaux pour approcher leurs victimes.

Les affaires n'ont jamais été aussi bonnes pour les escrocs. Selon les chiffres du Parquet de Paris, les arnaques financières auraient fait perdre aux Français plus de 500 millions d'euros cette année. Même son de cloche du côté de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui signale une hausse du nombre de plaintes de 85% par rapport à l'année dernière.

Il faut dire que le contexte est plus que propice. Alors que l'épargne des Français atteint des niveaux records, les faibles rendements des produits d'épargne classiques et le retour de l'inflation poussent les épargnants en quête de profits à s'aventurer hors des sentiers battus. En parallèle, les escrocs se professionnalisent et profitent de la digitalisation des échanges pour développer des arnaques plus sophistiquées et diversifiées.

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Le boom des réseaux sociaux

Pour comprendre le phénomène, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a conduit une étude (1) auprès de 5 000 Français, en partenariat avec l'institut BVA. 3% d'entre eux auraient déjà souscrit une offre de placement alternatif pouvant être une arnaque. Et si l'email reste le canal préféré des malfaiteurs (56%), les réseaux sociaux arrivent en deuxième position (36%), juste devant le téléphone (35%).

« Les réseaux sociaux et les influenceurs sont les nouveaux points d'entrée apparus ces dernières années », ont récemment averti le ministère de la Justice, et les régulateurs du secteur bancaure (ACPR) et des marchés financiers (AMF), ainsi que la DGCCRF.

Le mécanisme est bien huilé : une bannière publicitaire attire votre attention avec une promesse forte, comme un rendement élevé (55%), des gains rapides (45%) ou un placement sans risque (32%). Vous atterrissez sur une page avec un formulaire de contact, par l'intermédiaire duquel les pirates collectent vos données personnelles.

Puis de faux conseillers vous contactent, par email, téléphone ou via une application de messagerie instantanée. Leur discours vous rassure, et vous faites un premier versement, souvent modeste. Les résultats tombent : vous avez gagné (un peu) d'argent. Alors vous décidez de doubler la mise. Mais par la suite, lorsque vous souhaitez récupérer votre argent, vous découvrez que les fonds sont bloqués ou manquants. Et vos mails ou appels restent sans réponse.

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Une cible jeune et modeste

C'est sur Facebook que les pirates sont le plus actifs : 65% des personnes sondés par l'AMF ont déjà été exposées aux promesses des escrocs sur ce canal, loin devant d'autres plateformes comme Youtube (26%), Instagram (22%) et Linkedin (13%). Toutefois, les personnes ayant souscrit un produit d'épargne douteux ont davantage été approchées par Instagram (43%), TikTok (37%), Snapchat (32%) et WhatsApp (30%).

« C'est un public jeune, de milieu plus modeste que la cible traditionnelle des arnaques au placement, qui est désormais touché, en particulier dans le domaine du trading (Forex et cryptomonnaies) », ont relevé les autorités ce lundi, à l'occasion d'une conférence de presse commune.

Pour compléter ce portrait-robot des victimes, l'AMF précise qu'il s'agit principalement d'individus peu mature financièrement (70% déclarent ne pas être à l'aise en matière d'épargne), qui se renseignent proactivement (88% étaient à la recherche de produits d'épargne alternatifs) et ne se font pas accompagner (52% gèrent leur épargne seuls).

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Les pratiques déloyales du marketing d'influence

Autre sujet de préoccupation pour les autorités : les conseils d'investissement frauduleux dispensés par des influenceurs. Des recommandations souvent biaisées, qui multiplient les promesses pour appâter les épargnants, et que les stars des réseaux sociaux monnaient au prix fort.

« Plusieurs dossiers traités récemment par la DGCCRF confirment la montée inquiétante des pratiques commerciales trompeuses en ligne dans le domaine des services financiers, notamment de la part d'influenceurs. De ce fait, la DGCCRF a fait de la lutte contre les pratiques déloyales du marketing d'influence un de ses axes de contrôle prioritaires pour 2022 », peut-on lire dans leur communiqué.

De son côté, l'AMF a exprimé « sa préoccupation et sa vigilance à l'égard des recommandations d'investissement sur les réseaux sociaux qui ne respecteraient pas les principes de transparence, d'objectivité, imposés par le règlement européen Abus de marché (MAR) ».

Récemment, Nabilla a été épinglée par la Répression des fraudes pour avoir fait en 2018 la promotion de services de trading de bitcoins sur Snapchat, sans préciser qu'elle avait été rémunérée pour cela. Résultat : l'influenceuse a écopé d'une amende de 20 000 euros.

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(1) Les Français et les arnaques à l'investissement. Etude BVA pour l'AMF - Décembre 2021