C'est une mesure phare du quinquennat d'Emmanuel Macron, qui a peu de chances de lui survivre s'il n'est pas réélu dans deux semaines. Une large majorité des candidats souhaitent, en effet, le retour d'un impôt sur la fortune, à l'assiette plus large que l'IFI créé par le président sortant.

C'est une des réformes fiscales majeures du dernier quinquennat, sans doute une des plus controversées : dès son arrivée au pouvoir, en 2017, Emmanuel Macron a signé l'arrêt de mort de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), pour le remplacer par un Impôt sur la fortune immobilière (IFI) au périmètre beaucoup plus restreint. Il s'applique, en effet, aux ménages aisés dont la valeur nette taxable du patrimoine immobilier dépasse 1,3 million d'euros, après déduction des dettes et d'un abattement de 30% sur la valeur de la résidence principale.

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Quatre ans plus tard, l'ISF pourrait toutefois renaître de ses cendres. Une majorité de candidats à l'élection présidentielle, dont le premier tour se déroule dimanche prochain, ont en effet annoncé leur intention de rétablir un impôt sur la fortune à l'assiette plus large que l'actuel IFI. Voici comment se répartissent les deux camps, celui « pour » et celui des « contre », et quels sont leurs arguments.

Infographie présidentielle 2022 ISF

Le camp du « oui »

Une fois n'est pas coutume, l'ISF est un sujet qui rapproche deux camps généralement antagonistes : celui des candidats étiquetés à gauche, d'un côté, et celui des souverainistes d'extrême-droite, de l'autre. Avec toutefois d'importantes nuances.

Commençons par les plus radicaux. Pas de détails chez Nathalie Arthaud : interrogée par Les Echos, la candidate de Lutte Ouvrière ne veut pas discuter taux ou assiette, mais annonce une « mesure de salut public » : l'expropriation pure et simple des grandes fortunes et des grandes sociétés dont elles sont propriétaires.

Trois candidats de gauche veulent non seulement rétablir l'ISF, mais aussi le durcir par rapport à ce qu'il était avant 2017. Aux Echos début mars, Philippe Poutou, du Nouveau parti anti-capitaliste (NPA), a annoncé sa volonté de « reconstruire un impôt sur la fortune incluant l'ensemble du patrimoine, « outil de production » et œuvres d'art compris et qui soit fortement progressif (avec forte réduction de l'impact du « bouclier fiscal ») ». Le communiste Fabien Roussel (PCF), explique dans son programme, la France des jours heureux », son intention de rétablir l'ISF et de « tripler » son montant, sans plus de précisions, grâce à une accentuation de son taux et de sa progressivité, et à la suppression de certaines niches fiscales. Toujours aux Echos, Jean-Luc Mélenchon a également promis un retour de l'ISF, mais d'un « ISF renforcé, avec une meilleure progressivité du barème et la réduction des certains abattements injustes. » Il prévoit également de « (...) majorer cet ISF pour les contribuables ayant le patrimoine le plus polluant ».

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Un candidat, enfin, souhaite le rétablissement de l'ISF tel qu'il existait avant le quinquennat Macron, sans annoncer de changement de taux ou de périmètre : il s'agit de Jean Lassalle (Résistons !).

Un ISF climatique

Un ISF climatique. L'idée est à la fois présente chez Yannick Jadot, le candidat écologiste (EELV), et Anne Hidalgo, du Parti Socialiste (PS). Le premier souhaite remplacer l'IFI par une taxe sur l'ensemble du patrimoine, biens professionnels y compris, « à partir de 2 millions d'euros », explique-t-il aux Echos : « Un barème progressif sera appliqué qui démarrera avec un taux de 1% pour la première tranche, et sera de 3% pour la tranche la plus élevée ». Ce barème sera modéré par une sorte de bonus-malus « de 0,5% +/- 0,5% », , « selon [la] performance énergétique (pour les biens immobiliers) ou [le] score carbone pour les actifs financiers ». La candidate socialiste, de son côté, annonce, toujours dans Les Echos, la mise en place d'un « ISF Climat et Biodiversité », qui « sera affecté intégralement à la transition écologique ».

Un ISF, oui mais sans la résidence principale

Dans le camp souverainiste aussi, on veut rétablir un impôt sur les très gros patrimoines, tout en exonérant certains actifs. C'est le projet de Marine Le Pen. Son impôt sur la fortune financière (IFF), dont le barème serait calé sur l'actuel IFI, exclurait la résidence principale, ainsi les biens professionnels et les œuvres d'art détenues depuis plus de 10 ans. Même exception pour la résidence principale chez Nicolas Dupont-Aignan, qui souhaite également déduire de l'assiette les « investissements patriotes » effectués dans des PME produisant en France.

Le camp du non

Finalement, les candidats espérant, à l'inverse, diminuer encore la pression fiscale sur les ménages les plus fortunés sont rares. Dans ce camp, on retrouve Valérie Pécresse (Les Républicains) et Eric Zemmour (Reconquête !). Les deux veulent alléger l'IFI en retirant de son assiette tout ou partie de la valeur de la résidence principale : la moitié pour la première (contre 30% actuellement) et la totalité pour le second.