Plus de 13 000 euros nets par mois : voilà la rémunération mensuelle des membres du Conseil constitutionnel au prix de pratiques opaques depuis plusieurs décennies. « Ce n'est pas une polémique sur le montant mais sur la légalité » de cette rémunération, prévient demblée la députée PS de Saône-et-Loire Cécile Untermaier a lorigine dune proposition de loi organique largement amendée puis adoptée à l'unanimité en commission des Lois le 10 février dernier. « Fixer ce montant est le rôle du Parlement, pas d'un gouvernement. Nous devons avoir lexigence de la légalité et de la transparence », explique la députée.
Le texte, qui établit aussi une règle de non-cumul des retraites, n'a finalement pas été présenté dans lhémicycle jeudi 18 fevrier lors de la fenêtre d'initiative parlementaire socialiste et devra compter sur une reprise prochaine par un autre élu.
Qui a fixé la rémunération des membres du conseil constitutionnel ?
Une étude publiée par lObservatoire de léthique publique en juin 2020, think tank fondé par le socialiste René Dosière et auquel appartient Cécile Untermaier, révélait un fait troublant : la rémunération des neuf membres du Conseil constitutionnel (environ 15 000 euros bruts par mois, répartis entre une indemnité (57%) et un traitement indiciaire (43%) serait illégale. Fixée dans une ordonnance de 1958 à hauteur des « traitements » des plus hauts responsables du Conseil dEtat (6 800 euros environ en 2020) mais jugée trop basse par les gardiens des lois, ils avaient obtenu en 1960 du secrétaire dEtat aux Finances, Valéry Giscard dEstaing, la défiscalisation de la moitié de la somme.
En 2001, en échange du retrait de cette exonération, la secrétaire dEtat au Budget du gouvernement Jospin, et actuelle ministre de la Défense Florence Parly, accorde alors aux Sages une rémunération - 10 600 euros sur douze mois en 2001 selon Le Monde - pour compenser la perte de leur privilège fiscal. Cette somme est atteinte grâce à une « indemnité » qui complète la rémunération indiciaire. La publication de la déclaration de patrimoine de l'ancienne membre du Conseil constitutionnel Nicole Belloubet par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) lors de son entrée au gouvernement, montre qu'en 2017 elle avait atteint 15 000 euros. Un montant confirmé par le député UDI Christophe Naegelen, très au fait des questions déthique en politique, qui a publié dans un rapport fin 2020 une fiche de paye identique et anonymisée dun membre de linstance garante des lois.
Problème, aucun « gouvernement na autorité pour définir lindemnité des membres du Conseil constitutionnel. Je souhaite que le Parlement joue son rôle à plein en reprenant cette prérogative qui évitera aussi toute pression sur un organe de contrôle essentiel à notre démocratie », souligne Cécile Untermaier.
Que dit la proposition de loi ?
La première mouture du texte reprenait in extenso les propositions de lObservatoire de léthique publique. Révélé par Capital début janvier, il demandait une rémunération brute de 9 940 euros pour les membres, soit léquivalent dun ministre de plein exercice. La proposition de loi organique demandait aussi que soit mis un terme au cumul dune ou plusieurs pensions de retraite avec leur indemnité de fonction. Par exemple, le président actuel Laurent Fabius ou encore Alain Juppé ont été lun et lautre Premier ministre et haut fonctionnaire. Sur neuf membres, huit sont « polypensionnés », selon lexpression de Cécile Untermaier.
Un combat éminement politique et difficile. Pendant le quinquennat Hollande, la députée avait fait voter par le Parlement une déclaration de patrimoine obligatoire auprès de la HATVP pour Sages. Une loi retoquée in fine par les membres eux-mêmes. Pour éviter pareille mésaventure, lors du passage en commission des Lois le 10 février, il a été décidé de ne pas se montrer dogmatique : la rémunération du président du Conseil constitutionnel sera complétée d'une indemnité équivalente à 1,4 fois celle du « premier groupe supérieur des emplois de lEtat classés hors échelle ». 1,35 fois celle du « second groupe supérieur des emplois de lEtat classés hors échelle » pour les membres. En clair, celle-ci ne bougera pas. Les retraites, elles, seront non cumulables pour les nouveaux entrants conre le 1er janvier 2022 initialement :
La loi va-t-elle être votée ?
Grâce à ce texte, ce qui touche au Conseil constitutionnel est mis en lumière et chacun retrouve sa place. Impossible de faire comme si le sujet nexistait pas. Impossible aussi de le traiter sur un coin de table comme ce fut le cas en 1960 et en 2001. Les députés contactés par MoneyVox ont tous un avis favorable sur ce texte ce qui permet d'imaginer un retour prochain dans les mains des élus.
LUDI de Christophe Naegelen qui soutient la loi « au nom de la transparence, pas du montant », où même la majorité LREM-MoDem, pourrait sapproprier un texte moins offensif quà son origine. « Cest la technique de léléphant, philosophe Cécile Untermaier. A force de petits pas, on obtient de grands résultats ».

















