ADN Tourisme est le nom de la Fédération nationale des organismes institutionnels du tourisme qui rassemble les Offices de Tourisme de France, Tourisme & Territoires et Destination Régions.
Avec des déplacements contraints, le tourisme local va-t-il être la grande tendance des vacances estivales ?
« C'est loccasion de découvrir ou de redécouvrir le patrimoine culturel local »
Christophe Marchais : « La limite des 100 kilomètres nest pas définitive. Cest la règle en vigueur jusquau 2 juin. Fin mai, le gouvernement va sexprimer sur lacte 2 du déconfinement et notamment sur lévolution de ce périmètre géographique. Si celui-ci sétend, cela changera complètement la façon dont les Français pourront passer leurs vacances estivales. En revanche, si, cet été, cette limite reste localement en vigueur, cest effectivement loccasion pour les vacanciers de découvrir ou de redécouvrir le patrimoine culturel local. Ils peuvent aussi profiter de ces activités accessibles pour occuper les longs week-ends à venir, celui de lAscension et de Pentecôte. Limite kilométrique ou pas, après 8 semaines de confinement, parfois passées dans des logements exigus et sans extérieur, les ménages qui auront les moyens de partir vont avoir un besoin impérieux de saérer. Charge, ensuite, aux acteurs locaux de repenser leur offre touristique en conséquence, de faire preuve dingéniosité pour ladapter et faire vivre une expérience inédite aux visiteurs. »
A quoi pensez-vous ? Avez-vous en tête des exemples dactivités touristiques qui se sont dores et déjà adaptées à lépidémie ?
Les mesures sanitaires peuvent « amener des éléments positifs comme des expériences plus intimistes »
C.M. : « Par la mise en place des règles sanitaires, laccueil du public va, de facto, être modifié. Donc, des visites qui pouvaient autrefois réunir des dizaines de personnes ne pourront plus se dérouler ainsi. Outre la taille du groupe, les musées et autres lieux de loisirs vont devoir adapter les supports. Impossible, par exemple, de faire passer de mains en mains la documentation. Cela va nécessiter une adaptation qui peut se heurter à lhabituel lâché prise qui, par nature, va de pair avec les vacances. Toutefois, cette nouvelle approche peut aussi amener des éléments positifs comme davantage dinteractivité et des expériences plus intimistes. Je pense notamment, en Alsace, à un écomusée qui, plutôt que dexpliquer de manière théorique larchitecture des maisons à colombages, va mettre en place des stages pratiques, en petits comités, de sensibilisation à ce mode de construction. »
Le bon côté de cette crise peut donc être de permettre aux zones habituellement désertées pendant lété de tirer leur épingle du jeu
C.M. : « Habituellement, lessentiel de lactivité touristique se concentre sur 20% à 25% du territoire. La période actuelle peut effectivement être loccasion pour les Français de découvrir des endroits dans lesquels ils ne se seraient pas rendus habituellement et faire ainsi de belles découvertes ! »
Quels sont les lieux touristiques accessibles depuis le 11 mai ?
« Habituellement, lactivité touristique se concentre sur 20% à 25% du territoire »
C.M. : « Il faut distinguer les autorisations nationales, des accords locaux passés entre les collectivités et les préfets. Si on prend la règle nationale, elle prévoit que, jusquau 2 juin, seuls les musées de petite taille peuvent rouvrir. Cest-à-dire ceux qui ont une fréquentation locale. Ceci étant, plusieurs châteaux du Centre-Val de Loire, ayant une notoriété nationale voire internationale, ont obtenu du préfet une dérogation pour rouvrir, ce, dans la mesure où la contrainte de 100 kilomètres limite de facto le flux de touristes. » [Il sagit notamment du Château du Clos Lucé, du Château royal dAmboise, du Château de Chenonceau ou encore du Château et des jardins de Villandry, ndlr]
Compte tenu du contexte si particulier du coronavirus, les vacanciers ont-ils des outils à disposition pour sinformer des activités ouvertes et des modalités daccès ?
C.M. : « Oui, notre fédération ADN Tourisme, en partenariat avec Atout France, dispose dune base de données qui compile toutes les informations que les professionnels font remonter aux Offices de tourisme, aux départements et aux régions. Cela nous permet à un instant T de savoir quels établissements sont ouverts et quels sont ceux qui naccueillent pas de visiteur. Mais cela va au-delà puisque nous recensons aussi, par ce biais, les protocoles sanitaires, les guides de bonnes pratiques validés au niveau national mis en uvre dans les lieux touristiques. Toutes ces informations vont être cartographiées pour que le grand public puisse préparer leur séjour. Ces cartes sadressent aussi aux start-ups qui peuvent ainsi nourrir leurs offres touristiques. »
Quand et où cette cartographie des lieux ouverts sera-t-elle accessible ?
Une cartopgraphie des lieux ouverts et des mesures sanitaires disponibles « courant juin »
C.M. : « Il y a encore tout un pan majeur et moteur de la filière touristique qui reste fermé : les cafés, les bars et les restaurants. Pour cette raison, beaucoup dactivités touristiques resteront fermées tant que la restauration le sera. Nous attendons donc les annonces du gouvernement fin mai. Pour lheure, nous avons imaginé que ces cartes soient disponibles dans le courant du mois de juin. Elles seront consultables via les Offices de tourisme, via les comités départementaux et régionaux du tourisme. »
Avec les mesures barrières, le nombre maximal de personnes par activité va logiquement baisser. Pour compenser le manque à gagner, les musées et autres lieux touristiques vont-ils augmenter leur tarif ?
C.M. : « Nous navons pas à ce jour entendu de telles dispositions, lobjectif étant avant tout de faire revenir les publics dans les lieux de visite dans les mois à venir. »
Sur lhébergement, quelle stratégie doivent adopter les vacanciers : réserver si possible ou attendre ?
C.M. : « Toutes les solutions dhébergement nen sont pas au même stade du déconfinement. Si les hôtels nétaient pas concernés par lobligation de fermeture, dans les faits, ils sont pour la plupart demeurés fermés durant le confinement faute de clients. Les gîtes, chambres dhôtes et les locations de meublés ont pu rouvrir le 11 mai car les mesures barrières et les règles sanitaires sont plus facilement respectables. Il ny a en effet pas, ou peu, despaces communs. En revanche, les campings restent sous la coupe du décret leur interdisant douvrir. Et la Fédération nationale de lhôtellerie de plein air a été claire sur le fait quil ny aurait pas douverture avant le 2 juin au mieux. Toutefois des décisions préfectorales viennent parfois modifier cette règle. De fait, je recommanderai aux vacanciers de profiter des activités locales pendant les 2 semaines à venir, puis, lorsque le périmètre de circulation sera connu et vraisemblablement étendu, de commencer à réserver leurs vacances. »
Des annulations facilitées en réponse à lépidémie
Le 14 mai, le Premier ministre Edouard Philippe a réuni un comité interministériel du Tourisme. Cest en conclusion de celui-ci quil a annoncé que « Les Français pourront partir en vacances en juillet et août », sous réserve toutefois de l'évolution de l'épidémie et de possibles restrictions localisées. Bien quune incertitude demeure donc sur laccessibilité des lieux touristiques en cas de nouvelle vague épidémique, les vacanciers « peuvent prendre leurs réservation » car « les acteurs du tourisme, de l'hôtellerie, se sont engagés à faire en sorte qu'ils soient intégralement remboursés dans l'hypothèse où l'évolution de l'épidémie ne rendrait pas possible le départ en vacances », explique le Premier ministre. Quelques heures avant cette prise de parole, le groupe de locations saisonnières, Pierre&Vacances, annonçait que les annulations seraient possibles et gratuites jusquà 3 jours avant le début du séjour.
Est-ce que décaler les vacances scolaires pour mieux répartir les vacanciers et soutenir le secteur est envisagé ?
C.M. : « ADN Tourisme a soutenu auprès du gouvernement une proposition de décaler la rentrée scolaire dune semaine, récupérable sur les vacances de la Toussaint, voire de deux semaines, comme le préfèreraient les professionnels. Bien que le débat ne soit pas totalement clos, il semblerait que ce soit trop difficile à mettre en uvre pour le ministère de lÉducation nationale ».



















