Stéphane Mermet, les Français font de moins en moins de retraits en espèces. Cette évolution vous inquiète-t-elle ?
Stéphane Mermet : « Non, car les espèces restent bien ancrées dans les habitudes des Français. Certes, ils font moins de petits retraits récurrents, mais il y a chaque année plus de billets en circulation. Lautomate a donc de beaux jours devant lui. Dautant que les banques lenvisagent de plus en plus comme un canal à part entière, bien au-delà du simple retrait dargent. »
« Lautomate 3.0 permet la dématérialisation complète des tâches des guichetiers. »
Comment ont évolué les automates bancaires au cours des années ?
S.M. : « On peut découper leur histoire en trois ères. A lorigine, lautomate 1.0 ne servait quà une chose : retirer de largent. Dans les années 1990, les automates de la deuxième génération ont également permis de faire des dépôts de chèque, déditer des RIB ou des relevés de comptes. Aujourdhui arrive lautomate 3.0, qui permet la dématérialisation complète des tâches autrefois dévolues aux guichetiers, grâce à lajout de périphériques comme les lecteurs de cartes didentité ou de QR code, les webcams et les écrans tactiles. Cest une tendance encore émergente en France, mais déjà réelle aux Etats-Unis, le marché domestique de NCR. »
Quest-ce qui a permis cette évolution ?
S.M. : « La révolution numérique, évidemment. Longtemps, lunique objet de lautomate bancaire a été de sécuriser les retraits despèces. Lexpérience client était secondaire. Le numérique a permis de renverser la perspective et de scinder laspect technique et le service client. Aujourdhui, la technologie permet de développer des services à valeur ajoutée indépendamment des contraintes techniques, exactement comme liPhone a permis de déployer une multitude dapplications sur un téléphone. »
Plusieurs banques de détail françaises ont récemment annoncé la fermeture de nombreuses agences. Pouvez-vous les accompagner dans cette entreprise ?
S.M. : « Pour mettre en place ce type dévolution, il faut réunir trois facteurs : la disponibilité de la technologie, la volonté de la banque, mais aussi et surtout ladhésion des consommateurs. Aujourdhui, la relation humaine reste primordiale pour les Français, qui sont encore très fortement attachés à leur conseiller. Dans le même temps, les enseignes se trouvent en effet contraintes de retravailler leur réseau. Les murs changent et certaines agences ont tendance à se vider. Nous pouvons effectivement les aider à adapter leur modèle : proposer par exemple, là où elle le souhaite, des agences où les automates prennent le relais des humains le soir et le week-end, voire des agences sans humain, où les opérations sont entièrement dématérialisées. »
Comment sinscrit lautomate dans un écosystème bancaire où internet et le mobile prennent de plus en plus de place ?
S.M. : « Cest effectivement une question qui se pose. Auparavant, pour faire un virement, on allait à lautomate. Désormais, le premier réflexe est dutiliser son ordinateur, son mobile ou sa tablette. Tant quil y aura des chèques et du liquide, il y aura des automates bancaires. Mais lautomate ne peut pas rester cantonné aux moyens de paiements physiques, il doit proposer une valeur ajoutée, en cohérence avec lécosystème bancaire numérique. »
« L'automate de demain ? Une borne multiservices »
Quelle peut être cette valeur ajoutée ?
S.M. : « Rendre le retrait plus rapide en enregistrant les préférences du client qui, par exemple, retire systématiquement 40 euros et souhaite recevoir son reçu par SMS ; proposer au client des offres sur mesure et permettre la prise de rendez-vous avec un conseiller. Voilà deux exemples de services à valeur ajoutée que nous sommes aujourdhui capables de proposer. »
La carte bancaire est aujourdhui lunique moyen dauthentification dans les automates. Quen sera-t-il demain ?
S.M. : « Certaines banques, aux Etats-Unis notamment, permettent déjà deffectuer des retraits sans carte, grâce au mobile. Mais on peut aussi envisager de sidentifier grâce à sa carte didentité ou à la biométrie. La carte bancaire est une moyen de paiement apparu avant lère du numérique, elle a encore de beaux jours devant elle, mais elle va être forcément être concurrencée. »
Les automates peuvent aussi souvrir à des services non bancaires. En Bretagne, à Paris, par exemple, le Crédit Mutuel permet dacheter des titres de transports dans ses automates
S.M. : « Oui, le Crédit Mutuel de Bretagne et le Crédit Mutuel CIC travaillent avec NCR, et cest exactement le type de services étendus que pourra offrir lautomate de demain, pour devenir une véritable borne multiservices. »














