Le plan « un jeune, une solution » lancé en 2020 obtient un succès mitigé selon le rapport annuel de la Cour des comptes. Elle pointe notamment la prise en compte insuffisante « des besoins et des capacités des territoires ».

Paris, 16 fév 2022 (AFP) - Le plan « un jeune, une solution », lancé en juillet 2020 face à la crise, était « légitime », mais l'intervention de l'Etat a été « parfois mal proportionnée » et son succès est « à relativiser », estime la Cour des comptes dans son rapport annuel publié mercredi.

Les sages de la rue Cambon rappellent que le plan, qui réunit « de multiples dispositifs » (accompagnement, aides à l'embauche, contrats aidés...) et dont le montant total « pourrait avoisiner 10 milliards d'euros », a été lancé « face à la perspective de l'arrivée sur le marché du travail » de 750.000 jeunes sortant du système scolaire et « dans un contexte économique dégradé par la crise sanitaire ».

Face aux conséquences potentielles de la crise sur l'emploi des jeunes, « une intervention des pouvoirs publics était légitime, mais celle-ci a été parfois mal proportionnée », jugent les sages, qui ajoutent que « malgré une forte mobilisation pour la mise en œuvre du plan, son succès est à relativiser ».

La Cour pointe notamment une « insuffisante prise en compte des besoins et des capacités des territoires ». A titre d'exemple pour la garantie jeunes, « les valeurs cibles fixées ont été presque systématiquement doublées alors que la demande d'emploi locale des jeunes était très différente d'une région à l'autre ».

Les sages relèvent aussi « un effet apparemment limité des aides à l'embauche sur le nombre de jeunes en emploi ».

L'aide à l'embauche des jeunes (AEJ), pouvant aller jusqu'à 4.000 euros et qui a pris fin à la fin mai 2021, « aurait favorisé un déplacement de l'emploi des jeunes vers des CDD longs et des CDI, sans conduire à une hausse globale de leur taux d'emploi », note la Cour.

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Quant à l'aide à l'apprentissage (5.000 ou 8.000 euros selon l'âge des bénéficiaires), « mesure dont le coût est le plus élevé », elle « a certainement permis d'augmenter significativement le nombre d'apprentis, mais surtout au bénéfice de diplômés dont l'insertion sur le marché du travail n'est le plus souvent pas problématique. L'effet net sur l'emploi en volume est donc vraisemblablement faible ».

In fine, la Cour note que « la situation des jeunes sur le marché du travail apparaissait relativement préservée à l'automne 2021 » (le taux de chômage des 15-24 ans « ne s'est pas aggravé en sortie de crise », à 20% au 3e trimestre 2021, contre 21,2% fin 2019, et leur taux d'activité atteignait 41,1% soit 3,2 points de plus que fin 2019).

Cela « pourrait laisser augurer d'une réussite » des mesures du plan jeunes « grâce à une meilleure coordination des acteurs et une indéniable mobilisation de l'État et de ses partenaires », dit la Cour. Mais elle ajoute aussitôt que ce diagnostic mérite d'être « nuancé », relevant entre autres que « l'efficacité de certaines mesures sur l'emploi, notamment les plus coûteuses, n'est pas avérée ».

Dans sa réponse à la Cour, le Premier ministre Jean Castex souligne « le contexte d'urgence et d'incertitudes majeures sur le plan socioéconomique dans lequel le plan a été conçu ». Il argue que « la situation de l'emploi des jeunes a été préservée et ce non pas dans le cadre d'un retrait du marché du travail de ces derniers, mais dans celui d'une augmentation de leur taux d'activité, particulièrement remarquable dans le contexte de crise », ce qui « semble de nature à caractériser l'impact très positif du plan ».