Alerte sur les prix. Les factures d'électricité et de gaz qui s'envolent, le plein de carburant toujours plus cher, une hausse de 23% pour les pâtes annoncée... La peur de l'inflation est de retour. A raison ?

C’est un sujet qui fait parler en cette rentrée : la hausse des prix. Il faut dire que certaines sont massives. A commencer par les tarifs réglementés du gaz. Ils ont ainsi grimpé de 8,7% au 1er septembre. Les cours des matières premières agricoles s’envolent à l'image du blé dur faisant craindre une envolée du prix des pâtes. De mauvaise augure a priori pour le pouvoir d’achat des ménages. Voici à quoi vous devez vous attendre pour votre budget.

La facture d’énergie chauffe

La forte reprise de l’activité économique après le coup d’arrêt en 2020 fait bondir les prix de l’énergie. Du côté des carburants, les prix à la pompe ont retrouvé leurs niveaux d’avant la crise sanitaire avec des hausses de plus de 15% depuis le début de l’année, d'après les derniers chiffres de l'Insee, liées au rebond des cours du pétrole. Le litre de SP 98 frise même les 1,90 euro, proche de la barre symbolique des 2 euros. Un sujet hautement sensible, suivi au plus haut sommet de l’Etat qui ne veut surtout pas revivre l’épisode des Gilets jaunes à l’approche de l’élection présidentielle. « L'essence, oui, c'est un sujet de court terme. On cherche un mécanisme, c'est difficile », selon une source au sein de l'exécutif contactée par LCI. Celle-ci juge pourtant « très dur » de mettre en place, pour l'instant, un mécanisme afin de limiter la hausse des prix des carburants, notamment une diminution des taxes. Tout dépendra aussi de l’évolution des cours de l’or noir. Certains analystes n’excluent pas un baril à 100 dollars en 2022, soit 30 dollars de plus qu’aujourd’hui.

Sur le gaz aussi, les consommateurs trinquent avec des hausses « d’une ampleur inédite » selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE) : +10% en juillet, +5% en août et donc plus de 8% en septembre. Une situation qui « s’explique par la reprise économique mondiale observée depuis plusieurs mois et par la forte augmentation des prix du gaz sur le marché mondial due à un contexte exceptionnel », selon la CRE. Et qui pourrait se prolonger puisque le gendarme du secteur explique que « les niveaux des stockages européens sont au plus bas depuis des années, et doivent être reconstitués rapidement pour l’hiver ». Résultat, depuis un an, la facture du gaz pour le consommateur a grimpé de 31% selon l’Insee.

Enfin, pour l’électricité, la situation est pour l'instant moins tendue avec une évolution de + 3% sur un an. En revanche, une forte hausse du tarif bleu d'EDF se profile pour février 2022 : +6% en raison de la hausse des cours. Là encore, le gouvernement réfléchit à une baisse des taxes pour limiter la casse. Mais en attendant un geste hypothétique de l’Etat, les consommateurs ont toujours la possibilité de faire jouer la concurrence pour réduire leurs factures grâce aux offres des opérateurs alternatifs qui proposent des prix attractifs avec des rabais jusqu'à 15%.

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Menaces sur les prix dans les rayons

Les chiffres avancés par Michel-Edouard Leclerc ont de quoi faire sursauter. Fin août, il annonçait qu’en raison des fortes évolutions des cours des matières premières agricoles, les industriels préparaient la grande distribution à des hausses colossales sur certains produits : +9% sur les biscuits et la confiserie, +10% sur le sucre raffiné, jusqu’à +15% sur la charcuterie et même +23% pour les pâtes ! Mi-août, les fabricants de pâtes avaient alerté sur le risque de pénurie de blé dur, en raison notamment de la vague de chaleur qui a touché cet été le Canada, premier producteur de blé dur dans le monde. Le syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires demandait aux distributeurs de répercuter « l'explosion du prix du blé dur dans les prix de vente ». Selon la FNSEA, le prix du blé dur a augmenté d'environ 30% sur un mois, à 110 euros la tonne.

« Mais dans toutes ces annonces, il y a évidemment un gros coup de bluff. Les multinationales se sont « couvertes » sur la variation des cours de matières premières. Et même si les coûts de transports ont explosé avec le Covid, tout cela n'est pas raisonnable », écrit le distributeur sur son blog. Et de prévenir qu’il va tout faire avec ses homologues pour négocier les prix. En fait, personne ne s’attend à de tels niveaux d’augmentation. « Comme il y a des tensions sur les matières premières, il faut attendre une inflation dans les rayons mais pas dans les proportions évoquées », avance Olivier Dauvers, un observateur avisé du marché de la distribution. C’est le premier round de négociations avec les industriels. Forcément, vous demandez toujours plus que ce que vous pourrez obtenir ». D’autant plus que le blé dur n’est qu’un des éléments du prix final d’un paquet de pâtes. Il y a aussi les coûts de transformation, de distribution et de marketing.

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D’après un autre expert, une hausse de 5% du prix des pâtes dans les prochains mois est envisageable mais guère plus. Bien sûr, d’autres produits plus inattendus voient aussi leurs prix progresser avec la poussée des cours des matières premières. Par exemple, les barquettes et produits alimentaires font partie des catégories dont les prix ont le plus progressé en juillet selon les données d’IRI, une société d'analyse de données et d'études de marché : + 2,1% sur un an avec le bond des prix du carton (+45%) et du plastique (+16%).

Mais pour autant, pas de panique à l'horizon. Si certains produits vont coûter plus cher dans les linéaires, les spécialistes interrogés ne croient pas à une envolée globale des prix dans les magasins alimentaires comme lors de la crise de 2008 qui avait atteint 4,5%. En moyenne, les prix des produits de grande consommation sont en baisse de 0,5% sur un an, rappele d'ailleurs IRI.

Une inflation à relativiser

Au final, selon l’Insee, la hausse de l’inflation qui devrait atteindre 2% en 2021, après +0,5% en 2020, est essentiellement liée aux prix de l’énergie. « Cette remontée de l’inflation est surtout technique. Il n’est pas question ici de spirale inflationniste qui serait alimentée par une hausse des salaires », expliquait récemment à MoneyVox Philippe Crevel. Le pouvoir d’achat des ménages, en moyenne, devrait même progresser de 1,8% selon le gouvernement. Selon les chiffres publiés mardi par la Banque de France, une partie des ménages a d'ailleurs même accumulé 157 milliards d'euros d'épargne supplémentaire depuis janvier 2020.

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« Nous ne sommes pas dans une situation dramatique du pouvoir d'achat liée à la crise sanitaire. Mais il peut y avoir un sujet sur les dépenses contraintes des ménages, qui sont notamment l'énergie et le logement, qui peut expliquer les inquiétudes sur leur pouvoir d'achat », explique Emmanuel Jessua, économiste à l'institut Rexecode. « La problématique n'est pas tellement celle du pouvoir d'achat que celle des inégalités » en matière de salaires, abonde son collègue Mathieu Plane de l'Observatoire français des conjonctures économiques. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a réclamé aux entreprises une hausse des bas salaires. D’ailleurs une revalorisation du Smic au 1er octobre n’est pas impossible.

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