Emmanuel Macron a jugé samedi qu'il était « impossible » de revaloriser les pensions de retraite actuelles des agriculteurs à 85% du Smic, une mesure prévue dans le futur système mais qui coûterait trop cher à appliquer aux agriculteurs déjà à la retraite.

« Je ne peux pas gérer l'avenir et le passé en même temps. Je ne vais pas vous mentir. Enfin vous voyez déjà tout ce qu'on se tape », a souligné le chef de l'État en arrivant au 57e Salon international de l'Agriculture à Paris où il a été interpellé d'entrée par des représentants de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire.

En amont du Salon, la FNSEA avait demandé une « revalorisation urgente » des pensions de retraite des agriculteurs à « au moins à 85% du Smic ». « Tous ceux qui rentreront dans le nouveau système, contrairement à l'ancien, ils auront une garantie de retraite minimum. Est-ce que je peux vous dire : tous les (agriculteurs) retraités d'aujourd'hui peuvent rentrer ? C'est impossible. C'est impossible, parce que c'est (un coût de) 1,1 milliard », a répondu M. Macron.

Ce chiffre de 1,1 milliard d'euros correspondrait à une revalorisation des pensions des retraités actuels et de leurs conjoints, a précisé le chef de l'État, interrogé par l'AFP. « Si je dis ça pour les agriculteurs, qu'est-ce que je dis aux commerçants, aux artisans, aux indépendants qui sont exactement dans la même situation ? », a-t-il ajouté. « Vous avez été en soutien de la réforme. Mais sur le passé, je ne peux pas dire : on ne va traiter que les paysans. C'est impossible (...), il faudrait traiter tous ceux qui ont été sur d'autres systèmes pour ramener tout le monde à 85 %. A ce moment-là, le coût il est très important. C'est plusieurs dizaines de milliards d'euros. »

740 euros en moyenne

« Vous me demandez de réparer quatre décennies par le passé, alors que j'essaie de projeter le pays quatre décennies devant et qu'il y a déjà quelques résistances, comme vous l'avez vu », a encore dit le chef de l'État, alors que les discussions s'enlisent à l'Assemblée sur cette réforme des retraites également très contestée dans la rue.

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Les propos du chef de l'État ont suscité de vifs échanges samedi dans l'hémicycle, le député PCF Sébastien Jumel évoquant « une trahison sans nom » et son collègue socialiste Boris Vallaud « une immense honte ». Émilie Bonnivard (LR) a aussi souligné que « les agriculteurs actuels, qui vivent avec une toute petite retraite, pensaient que ce minimum (à 85% du Smic) leur était destiné ».

Le secrétaire d'État Laurent Pietraszewski a indiqué qu'« il faut discuter de cela de façon distincte du projet de loi » de réforme des retraites. « Nous pourrons envisager une mission parlementaire » qui se penchera en particulier sur « les conjoints collaborateurs, les aides familiaux, les cotisants solidaires ». « Il faut qu'on puisse ensemble faire un état de la situation » avant toute décision, a-t-il plaidé.

Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, avait rappelé mardi que les pensions de retraite des agriculteurs sont actuellement en moyenne à 740 euros par mois (760 euros pour les hommes et 580 euros pour les femmes). « Or la retraite moyenne des Français est de 1.390 euros par mois », a-t-il fait valoir.