Lorsquon parle dallocation dactifs on évoque la répartition par famille des actifs détenus en portefeuille. Cette allocation peut avoir des niveaux de précision plus ou moins importants : obligations versus actions au niveau le plus grossier ; par zones géographiques, par secteurs dactivité ou par capitalisations si on veut être plus précis.
Lintérêt premier de lallocation dactifs est de contrôler le « mix » de types dactifs détenus en portefeuille pour vérifier si ce dernier est correctement diversifié. Mais on peut aussi raisonner à linverse et partir dune allocation dactifs prédéfinie pour construire un portefeuille. Cest dailleurs ce que recommandent aujourdhui les autorités de tutelle (AMF et ACPR) afin de créer des portefeuilles qui soient en adéquation avec le profil de risque et les objectifs de linvestisseur.
Dans ce cadre, le processus est le suivant :
- détermination du profil de risque et des objectifs de linvestisseur à travers des questionnaires,
- définition dune allocation adaptée à ce profil,
- choix de produits répliquant cette allocation,
- contrôle dans le temps que le portefeuille est toujours en adéquation avec lallocation choisie.
Lallocation pourra être stratégique, à savoir donner les grandes lignes des répartitions qui devront être respectées sur le long terme, et pourra subir des ajustements tactiques afin de profiter des opportunités de marché (on parle alors dallocation tactique).
Risque optimal pour un investissement
La première chose à faire quand on veut construire une allocation dactifs cest donc de déterminer le niveau de risque optimal pour linvestissement. Ce niveau de risque est déterminé par la conjugaison de deux éléments :
- Le profil de risque de linvestisseur qui va déterminer sa capacité et sa volonté de prendre des risques ainsi quà assumer des pertes éventuelles. Ce profil est unique investisseur par investisseur.
- Lobjectif de linvestissement, qui lui sera unique investissement par investissement, et dépendra de facteurs tels que la durée prévue de cet investissement, le pourcentage du patrimoine de linvestisseur concerné par cet investissement, etc.
Cela signifie quun même investisseur pourra avoir des profils de risques et des allocations dactifs très différents sur deux investissements ayant des caractéristiques différentes (par exemple de largent placé à court terme pour faire de la trésorerie et un placement à long terme pour une retraite complémentaire). Le niveau de risque admissible est traduit ensuite soit en volatilité cible à long terme, soit en VAR à échéance (Value at Risk, c'est-à-dire la perte potentielle à léchéance avec un certain pourcentage de probabilité que cela advienne). Cela revient à raisonner en amplitude ou en perte potentielle.
Efficience et diversification
Une fois le niveau de risque connu, il est possible de regarder quelle allocation dactifs correspondra le mieux à linvestisseur. Pour ce faire, on croise le niveau de risque obtenu avec ce que lon appelle une frontière efficiente.
Lire aussi : Diversifier ses investissements, principe de base pour un portefeuille robuste
Pour résumer, cette frontière rassemble lensemble des allocations qui, pour un risque donné vont réussir à maximiser le rendement attendu en jouant au mieux de la diversification et de la décorrélation des différentes classes dactifs entre elles. Chaque allocation efficiente va donc permettre ainsi de maximiser les gains théoriques pour un niveau de risque donné et en conséquence, il sera aisé de proposer à linvestisseur le mix de classes dactifs efficient correspondant au niveau de risque optimal de son investissement.
La difficulté réside dans la construction de cette frontière efficiente qui nécessite de disposer dhypothèses fiables de rendements et de volatilités futurs pour chaque type de marché (classe dactifs). Or, sil nest pas aisé de déterminer ces hypothèses sur le court terme, il est plus facile de déterminer des tendances sur le long terme, soit par une étude des séries historiques sur de longues périodes, soit par une analyse des facteurs macroéconomiques à long terme. Cest la raison pour laquelle les allocations dactifs efficientes sont avant tout des allocations stratégiques, donnant lorientation structurelle du portefeuille.
Allocation tactique : prendre en compte les opportunités court terme du marché
Pour déterminer les allocations dactifs tactiques, plusieurs modèles mathématiques existent. Ils ont en commun de nécessiter lintégration de « vues » tactiques qui sont difficiles à déterminer et sapparentent souvent à des convictions personnelles. Ces « vues » concernent lévolution à court terme des différents marchés présents dans lallocation dactifs, en général sur le mois ou le trimestre à venir.
Ces vues peuvent concerner aussi bien les classes dactifs principales (ex : « je crois aux actions Europe plutôt quaux actions US ») que des spécialisations de ces classes dactifs (ex : « dans les actions Europe, il faut privilégier les actions allemandes ou les petites capitalisations »). Elles sont en général issues danalyses économiques ou de lactualité des marchés et elles vont permettre de sur ou sous-pondérer momentanément telle ou telle classe dactifs en partant de lallocation stratégique qui reste lobjectif à long terme du portefeuille.
Daprès les études que nous avons pu faire sur le sujet, une gestion tactique efficace peut générer de lordre de 2% de surperformance par an par rapport à lallocation stratégique de référence. Cette surperformance est toutefois théorique car une partie de cette dernière peut être rognée par les frais liés aux arbitrages tactiques, surtout si ceux-ci sont fréquents, mensuels par exemple.
Lavis du spécialiste : lallocation dactifs au centre du processus de diversification.
Pour faire une allocation dactifs efficiente il est généralement nécessaire de prendre en compte un nombre minimum de marchés, les plus « orthogonaux » possibles, cest-à-dire couvrant lensemble de lunivers des produits à disposition en nayant pas de zone de recouvrement.
Une allocation dactifs pourra typiquement être composée de monétaire ou de fonds en euros dans le cas de lassurance-vie, dobligations en euro, dobligations internationales, dactions Europe, dactions USA, dactions Asie Pacifique et dactions émergentes. A ces classes dactifs primaires pourront être ajoutées des classes dactifs spécifiques ou de diversification telles que les produits flexibles/patrimoniaux, les produits à performance absolue, les matières premières ainsi que les produits liés à limmobilier (SCPI, OPCI).
On le voit, on arrive rapidement à une dizaine de classes dactifs différentes qui vont mécaniquement diversifier le portefeuille. Cette diversification va apporter de la robustesse au portefeuille, chaque classe dactifs réagissant différemment dans le temps, et surtout va permettre de décorréler au maximum son comportement par rapport à celui du marché actions.
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