L'activité de la cellule dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme au sein du service de renseignement financier Tracfin a doublé depuis les attentats de janvier, a indiqué jeudi son directeur, Jean-Baptiste Carpentier.

Concernant les effectifs de cette cellule, Jean-Baptiste Carpentier n'a pas communiqué de chiffre mais indiqué que dans le cadre du budget triennal (2015-2017), il était prévu que dix emplois de plus lui soient affectés.

Le rapport de la commission d'enquête du Sénat sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux jihadistes en France et en Europe, publié le 2 avril, fait état de 150 dossiers liés au financement du terrorisme en cours de traitement par Tracfin. La cellule est, en réalité, « très au-delà » de 150 dossiers, a indiqué Alain Lefebvre, chef du département des enquêtes, lors d'un point de presse de présentation du rapport annuel 2014 de Tracfin.

3.000 personnes suivies en 2014

En 2014, 3.000 personnes ont été suivies par la cellule de lutte contre le financement du terrorisme de Tracfin, et 231 dossiers traités, soit une hausse de 15% par rapport à 2013. A l'issue de ses investigations, elle a effectué 78 transmissions : 67 aux services de renseignement, 1 aux services de police judiciaire et 10 à l'autorité judiciaire.

La plupart du temps, « on va travailler en sous-traitance d'un autre service », a expliqué Jean-Baptiste Carpentier au sujet de la lutte contre le financement du terrorisme. Pour lui, il est nécessaire d'opérer une distinction entre le financement du terrorisme et le financement des terroristes.

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L'émergence de l'Etat islamique a changé la donne

Le financement du terrorisme, qui consiste pour des organisations structurées ou des Etats à financer des activités terroristes, a beaucoup mobilisé les autorités durant les années 90, a-t-il rappelé. Les mesures de cantonnement, de gel des avoirs et d'embargo qui ont touché plusieurs Etats et organisation, au premier rang desquelles Al-Qaïda, ont ensuite porté leurs fruits et diminué ces flux financiers, a-t-il ajouté.

Mais l'émergence du groupe Etat islamique (EI) donne une actualité nouvelle à cette menace. EI « n'est pas un Etat, mais [il] est riche, [il] a les moyens de financer le terrorisme », a souligné Jean-Baptiste Carpentier. Ses ressources « se chiffrent en millions de dollars », a-t-il ainsi rappelé.

Quant au financement des terroristes, il concerne l'organisation financière des candidats au jihad ou à des actions terroristes en France et porte sur des sommes « beaucoup plus restreintes », selon le directeur de Tracfin. Davantage que les sommes elles-mêmes, l'intérêt des investigations sera alors plutôt de mettre en évidence les liens entre plusieurs personnes susceptibles de se livrer à des activités terroristes.