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Jeux d'argent en ligne : -60% de mises à la FDJ, un risque d'addiction en hausse

Jeux en ligne
© Rawf8 - stock.adobe.com

Poker en ligne, paris sportifs, jeux de grattage ou de loterie… Le confinement vécu par des millions de Français a une incidence sur la façon dont ils jouent. Si les dépenses sont globalement en diminution, la vigilance reste de mise pour éviter l’addiction.

- 60% : c’est le recul des mises du côté de la Française des Jeux depuis le 16 mars, date de début du confinement. Dans un communiqué publié le 21 avril, la FDJ précise que les paris sportifs ont chuté de près de 95% (quasiment toutes les compétitions sportives de la planète ont été annulées… sauf le championnat de foot biélorusse, sur lequel on peut encore parier) tandis que les mises sur les loteries (Loto, Euromillions, Keno) ont baissé de 40%. Le jeu Amigo, lui, avait été suspendu dès le 19 mars pour éviter les rassemblements en points de vente (le principe d’Amigo, c’est un tirage en direct toutes les 5 minutes sur un écran dans le point de vente). Pour la Française des Jeux, qui a été privatisée il y a peu, les restrictions de circulation en vigueur depuis plus d’un mois représentent « un impact mécanique proche de 100 millions d’euros sur le chiffre d’affaires ».

Contacté par MoneyVox, le site Winamax confiait également la semaine dernière « une baisse de 80/90% sur les paris sportifs, due à l’annulation massive des événements sportifs dans le monde entier ». Mais la plateforme se rattrape un peu avec le poker, l’une de ses activités phares. « Il y a eu un bond des inscriptions sur le poker. Cette croissance ne permet pas de rattraper les pertes liées aux paris sportifs mais limite les pots cassés ». La hausse de fréquentation des tables de poker concerne notamment les tournois privés, qui sont passés « d’une dizaine par jour à plus de 4 000, ce qui représente 40 000 joueurs. Ils ont la cote car ces tournois privés permettent aux gens de jouer entre amis, de rester en contact avec eux tout en s’amusant. Un peu comme le principe des apéros visio qui se font en ce moment » explique la direction de la communication. Si ce format des tables entre amis est marqué par un rythme de jeu plus régulier, Winamax constate que les mises « restent malgré tout récréatives, sur des tournois majoritairement entre 1 et 10 euros ».

Le report sur le poker est également une pratique constatée par l’Autorité de Régulation des Jeux en Ligne. « Depuis plusieurs semaines, l’ARJEL observe que le poker attire plus de joueurs et notamment de nouveaux joueurs ; elle constate aussi une pratique plus intensive et un produit brut des jeux qui a sensiblement augmenté » affirme-t-elle dans un communiqué publié la semaine dernière. Le « gendarme » des jeux en ligne craint surtout que face à la pénurie d’événements sportifs sur lesquels parier, les joueurs se tournent vers l’offre illégale des jeux de casinos. En France, il est interdit de jouer sur Internet aux machines à sous, au blackjack, à la roulette… « L’ARJEL rappelle qu’aucun site proposant des jeux de casinos et des machines à sous n’est légal en France. Beaucoup de joueurs qui fréquentent ces sites illégaux ne se font jamais payer leurs gains et ne sont pas protégés s’ils perdent le contrôle de leur jeu. La plus grande prudence est de mise avec les machines à sous en ligne qui figurent parmi les jeux les plus addictifs ».

Le risque de l’addiction dans cette situation inédite

En période de confinement, alors que l’ennui se profile chez certains, la tentation peut être grande de dépenser trop sur les sites de jeux en ligne. Quoi de plus facile en effet que de se créer un compte, de l’alimenter par virement, puis de gratter virtuellement quelques Banco, de remplir quelques grilles d’Euromillions, de se mettre à jouer au poker de façon frénétique… ?

Plusieurs services hospitaliers traitant l’addiction aux jeux, contactés par MoneyVox, ont fait état d’une forte mobilisation des psychiatres et psychologues dans cette période exceptionnelle. Le Dr Amandine Luquiens, psychiatre-addictologue, incite d’ailleurs les joueurs à rejoindre l’étude Train-Online, pour être accompagnés à domicile s’ils sentent qu’ils risquent de perdre le contrôle.

Le service Joueurs Info Service (qui dépend de l’agence Santé publique France), conscient des risques que pourrait entraîner le confinement sur les pratiques addictives, a lui renforcé les horaires de sa plateforme de chat depuis le 27 mars. Ouverte initialement de 14h à minuit, elle est dorénavant disponible de 8h à minuit. L’association SOS Joueurs assure également toujours sa permanence téléphonique : un psychologue spécialisé dans l’addiction au jeu accompagne les joueurs dépendants.

22,4% de joueurs « problématiques » en ligne

Selon l’enquête e-Games France 2017, qui documente la pratique des jeux d’argent et de hasard sur Internet en France, plus d’un joueur en ligne sur cinq est classé comme joueur problématique en France. 9,4% sont en effet classés comme joueurs à risque modéré et 13% comme des joueurs excessifs, en grande difficulté. L’Observatoire des Jeux note d’ailleurs « qu’en 5 ans, la part des joueurs excessifs a significativement progressé (6,6% en 2012) ». La part de joueurs excessifs est de 8,1% pour les jeux de loterie (3,6% pour le Loto, 9,7% pour les jeux de grattage, 19,7% pour ceux pratiquant d’autres jeux de loterie, sur des sites autres que celui de la FDJ), 10,9% pour les paris sportifs ou hippiques, 15,6% pour le poker ou encore de 45,5% pour les jeux de casino et 48,3% pour les machines à sous !

Du côté des sites de jeux d’argent, on assure avoir déployé des outils pour éviter les comportements à risque et identifier les dérapages. La FDJ affirme avoir renforcé « les messages de jeu responsable, relayés auprès de ses joueurs en ligne et sur ses sites » et avoir approfondi le suivi des comportements de jeu en ligne pour « repérer et contacter les joueurs dont le comportement de jeu aurait sensiblement changé depuis la mise en place des mesures de confinement ».

Chez Winamax, il existait également des outils avant le confinement, permettant aux joueurs de pratiquer le poker en toute sécurité. « Par exemple, ils peuvent modifier/limiter leur temps de jeu, leur dépôt d’argent ou encore leurs mises. Ils peuvent à tout moment modifier leur limite de jeu, mais en cas d’augmentation de ces limites, un délai de 48h devra être observé. Un délai qui permet de prendre le temps de la réflexion après la modification » explique la direction de la communication. « Une autre des fonctionnalités proposées est de pouvoir s’auto-exclure pour une durée temporaire allant d’une semaine à trois ans ». Dès le début du confinement, Winamax a envoyé un mail à ses clients pour leur rappeler l’existence de ces outils. Et « une autre communication, cette fois-ci personnalisée, a été transmise auprès des joueurs à risque ».

Les conseils de l’Arjel pour garder la main au poker

  • se fixer un budget et s’y tenir
  • se fixer une limite de temps
  • alterner les loisirs
  • accepter la perte et savoir s’arrêter. Ne pas essayer de « se refaire »
  • ne pas surestimer son expertise
  • faire des pauses régulièrement pour prendre du recul
  • savoir s’arrêter de jouer lorsqu’on n’y prend plus de plaisir
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© MoneyVox / MR / Avril 2020

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