Ecartons demblée toute ambiguïté : le « revenu universel dactivité », ou RUA, ne sera pas un revenu universel inconditionnel, autrement dit un revenu de base versé à tous, sans exception. Le gouvernement na pas affiché de volonté de mettre en place le concept porté de longue date par léconomiste américain Jeremy Rifkin, et qui a surgi dans le débat public suite à la proposition phare - aux modalités mouvantes - de Benoît Hamon lors de la campagne présidentielle. Le cadre posé par le gouvernement dEdouard Philippe avec ce RUA : « fusionner plusieurs [prestations sociales] pour créer le revenu universel dactivité ».
APL et minima sociaux rassemblés dans le futur RUA
Lesquelles ? Le projet nest pas encore ficelé, raison pour laquelle le gouvernement lance une « consultation citoyenne ». Mais les contours généraux du RUA sont dores et déjà connus. Voici le cadre livré par le gouvernement sur sa plateforme participative : « Le revenu universel dactivité est une prestation sociale sous conditions de ressources qui vise à assurer un revenu minimum aux personnes en situation de précarité. Il pourra intégrer les aides au logement [APL, ALS et ALF, NDLR] et la prime dactivité. » Ainsi que le revenu de solidarité active (RSA), lactuel revenu minimum en France.
Un périmètre qui reste à définir
La fusion peut-elle aller plus loin ? Cest sur cet aspect que porte le débat, tel quil est cadré par le gouvernement sur la plateforme de consultation. Ainsi lintégration de lAllocation adulte handicapé (AAH) et de lAllocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), ou « minimum vieillesse », est proposée par le ministère des Solidarités de la Santé : sans surprise, les propositions du ministère sont celles qui recueillent pour l'instant le plus de votes, et ceux-ci sont assez largement largement favorables, à lexception notable de la fusion de lAAH, qui recueille plus de votes défavorables (612 contre 471 votes). Dernière piste proposée par le ministère : lélargissement du RUA aux jeunes de moins de 25 ans sous conditions de ressources - qui nont actuellement pas accès au RSA. Sont aussi évoquées léventuelle fusion, au sein du RUA, de lAllocation de solidarité spécifique (ASS), pour les demandeurs demploi ayant épuisé leurs droits aux chômage, lAllocation supplémentaire dinvalidité (ASI)
Aller plus loin que le cadre proposé par le ministère ? Un dénommé « Charly » propose par exemple un RUA véritablement « universel », « pour tous les publics », « sans distinctions », éventuellement en intégrant une « condition de revenus » : il recueille une large majorité davis favorables, mais seulement 15 participants se sont exprimés jusqu'à présent sur sa proposition, qui risque donc de finir aux oubliettes
Les objectifs affichés par le gouvernement
Tout dabord simplifier et harmoniser, pour plus de « lisibilité », pour reprendre la communication gouvernementale. A limage des aides actuelles, le montant du futur RUA ne sera pas nécessairement le même pour tous les bénéficiaires. Mais le ministère des Solidarités affiche sa volonté de « calculer le RUA selon les revenus les plus récents », plutôt qu« en fonction des ressources de lannée précédente ».
Lautre argument mis en avant par le gouvernement pour défendre ce projet de RUA est de lutter contre le non-recours aux prestations sociales : en bref éviter que des ménages ayant potentiellement droit à des aides omettent de les demander. « Cette illisibilité génère du non-recours et nuit à la confiance dans notre système de solidarité », expliquent ainsi les services du Premier ministre dans leur communication.
Plus de bénéficiaires grâce à plus de « lisibilité »
Rendre le système plus lisible inciterait les bénéficiaires potentiels à réclamer cette aide : « 30% des allocataires potentiels du RSA et 40% des bénéficiaires possibles du minimum vieillesse ne le demandent pas », a pointé la secrétaire dEtat auprès de la ministre de la Santé Christelle Dubos lors de louverture de la consultation la semaine passée. Aujourdhui plus de 4 millions de personnes touchent la prime dactivité, près de 2 millions le RSA ou 6 millions les APL. Combien de bénéficiaires pour le futur RUA ? Les actuels bénéficiaires, donc, et ceux qui « oublient » de réclamer ces aides sociales. Le gouvernement va jusquà annoncer « 15 millions de bénéficiaires » potentiels. Notamment en améliorant la détection des bénéficiaires potentiels grâce au « prélèvement à la source » ou aux autres « informations dont disposent les administrations ». « Chacun pourrait refuser de bénéficier [du RUA] sil ne le souhaite pas », précise le ministère des Solidarités et de la Santé sur la plateforme publique.
Un projet de loi en 2020 pour une mise en place dici 2023
Le vaste chantier du RUA est actuellement dans sa phase de « concertation publique », jusquau 20 novembre, après une première phase de consultation institutionnelle (collectivités, associations, etc.). Le ministère des Solidarités annonce ensuite un « jury citoyen », composé de « 15 membres » représentatifs de la « diversité de la population », en janvier 2020 : la troisième et dernière phase de la « concertation ». Un projet de loi portant ce RUA doit ensuite être présenté au Parlement « courant 2020 », en vue dune « mise en place » du revenu universel dactivité « en 2022 ou 2023 au plus tard ».
Une « consultation citoyenne » pour donner votre avis
Vous souhaitez participer à cette concertation ? Rendez-vous sur la plateforme consultation-rua.gouv.fr, ouverte jusqu'au 20 novembre. Chacun peut émettre une proposition concernant ce RUA, et la soumettre au vote des internautes, à condition de s'inscrire.
Pour échanger en direct, quelques « ateliers » - qui nécessitent une inscription sur le même site - sont prévus : Roubaix le 6 novembre, Saint-Etienne le 15, Besançon le 19, Chartres le 26 et enfin Avignon le 2 décembre.
















