La BCE est « consciente » du défi que représentent pour les banques européennes les taux d'intérêt négatifs et tentera d'en atténuer les effets, a assuré mercredi un responsable de l'institution, refusant toutefois d'endosser la responsabilité de tous les maux du secteur financier.

"D'aucuns s'inquiètent que, à mesure que les banques centrales abaissent leurs taux en territoire négatif, l'impact de la politique monétaire sur les banques soit de plus en plus défavorable", a déclaré lors d'une conférence à Francfort Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE. "Laissez-moi vous dire que nous sommes bien conscients de ce problème", a-t-il poursuivi, "nous observons les évolutions et nous examinons soigneusement les moyens utilisés ailleurs pour atténuer les effets sur les banques".

Depuis juin 2014, la BCE applique un taux de dépôt négatif, c'est-à-dire que les banques doivent payer pour déposer de l'argent dans les coffres de la BCE d'un jour à l'autre, une pratique courante dans le secteur. Ce taux a été porté en décembre à -0,3%, c'est-à-dire que pour 100 euros déposés auprès de la BCE, les banques paient une pénalité de 30 centimes. L'objectif est de les obliger à prêter, plutôt qu'à thésauriser, mais les marges des banques s'en trouvent attaquées, ce que de plus en plus d'entre elles dénoncent.

Arsenal de mesures

Dernièrement, la Banque du Japon a elle aussi fait passer un de ses taux directeurs sous zéro. L'environnement de taux négatifs - il y en a aussi en Suisse et dans certains pays scandinaves - a été cité comme un facteur de défiance généralisée ces dernières semaines à l'encontre du secteur bancaire, très attaqué en Bourse. Mais "je crois que nous devons réexaminer le narratif selon lequel les défis auxquels font face les banques proviennent essentiellement de la politique monétaire", a ajouté Benoît Coeuré.

Les banques européennes ont largement été en mesure de compenser les effets des taux négatifs, a-t-il argué. En outre ceux-ci ne sont qu'un élément d'un arsenal de mesures de politique monétaire dont les autres - des prêts géants à taux très avantageux, des rachats massifs de dettes - profitent aux banques. Enfin, "dans un environnement de plus en plus incertain, quels auraient été les coûts pour le secteur financier si la politique monétaire n'avait pas réagi ? ", a-t-il interrogé.

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Continuer à nettoyer les bilans

Le banquier central a rappelé que les turbulences de marché depuis le début de l'année avaient visé des établissements de crédit "avec des stocks importants de crédits à risque et ceux perçus comme n'ayant pas de modèle pérenne". "Ce sont des défis qui n'ont pas grand chose à voir avec les banques centrales", a-t-il ajouté, appelant les banques à nettoyer leurs bilans et continuer à optimiser leurs activités, par exemple par le biais de la consolidation du secteur.

Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunit la semaine prochaine et va "réexaminer" sa politique monétaire pour, sans doute, décider de nouvelles mesures, mais ne portant vraisemblablement pas sur les taux.