Le projet de réforme bancaire de Bruxelles a donné lieu mercredi à une nouvelle passe d'armes, par presse interposée, entre son initiateur, le commissaire européen, Michel Barnier, et le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, très critique à son égard.

« L'objectif poursuivi par la Commission est légitime, mais les modalités retenues sont dangereuses car elles touchent directement au financement des entreprises », a réaffirmé Christian Noyer dans une tribune au quotidien Le Monde daté de jeudi.

Dans Les Echos, Michel Barnier, commissaire européen aux services financiers, a contre-attaqué, estimant que « notre proposition ne pénalise pas le financement de l'économie réelle ». « Au contraire, en interdisant les activités les plus risquées, nous invitons les banques à se consacrer au financement de l'économie. Et si une banque était contrainte à la filialisation, les coûts associés seraient très modérés par rapport aux coûts d'une crise d'ampleur systémique », explique-t-il.

La séparation des activités bancaires remise en question

Les règles proposées par Bruxelles, qui concernent seulement une trentaine de grandes banques européennes, prévoient qu'elles ne pourront plus négocier pour leur propre compte afin de réaliser des profits. Les autorités nationales de surveillance (la BCE pour la zone euro) auront en outre le pouvoir d'imposer, si nécessaire, la filialisation des activités de négociation à hauts risques pratiquées par ces banques.

« Les ressources levées, sans l'aide de sa maison mère, par une filiale spécialisée seront limitées et très chères », juge Christian Noyer, ajoutant que « c'est une illusion, en outre, de penser qu'une spécialisation totale des banques à travers la séparation des activités renforcerait la sécurité ». « Au cours de la crise, les plus grands sinistres bancaires se sont produits dans des établissements très spécialisés », rappelle le gouverneur, citant en exemple les américaines Lehman Brothers et Bear Sterns et la britannique Northern Rock. « Par contraste, les grandes banques universelles, donc diversifiées, ont mieux résisté aux chocs », plaide M. Noyer.

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Pas de remise en cause du « modèle des banques universelles à la française »

« Notre proposition ne remet nullement en cause le modèle des banques universelles à la française », se défend Michel Barnier. « Ces banques ne seraient pas scindées en deux. Quelques-unes pourraient être filialisées (...) uniquement si leur niveau de risque était jugé non soutenable par leur superviseur (la BCE) au regard du risque pour l'économie européenne », selon lui.

Avant même que la Commission ne présente son projet (le 29 janvier), les ministres français et allemand de l'Economie ont appelé à ce que l'institution « respecte les législations » mises en œuvre dans leur pays. Christian Noyer, avait pour sa part jugé fin janvier que les « idées » de Michel Barnier étaient « irresponsables et contraires aux intérêts de l'économie européenne ».