Alors que le patrimoine financier des Français a atteint, fin 2025, 6 590,5 milliards d'euros selon la Banque de France – une somme près de deux fois supérieure à la dette publique –, les candidats à l'Élysée multiplient les propositions.

Quelle place pour la retraite par capitalisation ?

Dans le système actuel de retraites par répartition, les actifs cotisent pour les retraités. Dans la capitalisation, l'épargne des actifs est placée et leur est reversée directement à leur retraite.

A gauche, si Jérôme Guedj, candidat à la primaire social-démocrate, ne remet pas en cause les dispositifs existants, il refuse d'en faire le cœur du système à l'avenir et défend l'idée d'une capitalisation collective pilotée par les partenaires sociaux. Du côté du PCF de Fabien Roussel, la ligne historique reste la défense du système par répartition, comme pour LFI.

A contrario, une majorité de candidats du centre-droit, de droite et d'extrême-droite défendent le développement de la capitalisation. Marine Le Pen (RN) s'est déclarée favorable à l'instauration d'une part de capitalisation « pour ceux qui le peuvent », tandis que David Lisnard (Nouvelle Énergie) va jusqu'à la juger « incontournable ».

Lors d'un « grand oral » réunissant mardi soir plusieurs candidats devant les membres de l'Afer, qui se présente comme la première association d'épargnants en France, le maire de Cannes a estimé que « le système actuel [était] devenu une pyramide de Ponzi » – un système frauduleux où l'argent des nouveaux investisseurs est utilisé pour rémunérer les anciens.

Édouard Philippe (Horizons) défend, lui, le maintien de la répartition mais veut y ajouter un système « de capitalisation obligatoire et collective pour l'ensemble des salariés ».

Transmettre ou redistribuer ?

Pour les partisans de la capitalisation, la question des retraites rejoint celle de la transmission du patrimoine. Gabriel Attal (Renaissance), pour qui « il n'est pas question d'augmenter les droits de succession », propose ainsi un plan épargne-retraite ouvert dès la naissance pour « fluidifier les transmissions ».

« Si on veut que l'argent circule davantage et qu'il puisse financer davantage l'économie réelle, plutôt que de taxer les successions, il faut faciliter les donations », défend l'ancien Premier ministre. Une logique soutenue par l'autre ex-locataire de Matignon Édouard Philippe, qui estime que « l'héritage change » car il est « reçu de plus en plus tard ».

Si la droite privilégie la transmission, les candidats classés à gauche mettent davantage l'accent sur une contribution plus importante des plus gros héritages, au nom de la redistribution. Raphaël Glucksmann (Place publique) propose ainsi de taxer davantage les « méga-héritages », soit le 1% des successions les plus importantes, assurant que « 99% des héritages ne seront pas affectés ».

LFI défend un héritage maximal de 12 millions d'euros et de « prendre tout » au-delà de ce seuil, tandis que les Écologistes de Marine Tondelier plaident pour une taxation accrue des plus grosses successions pour financer notamment la transition écologique.

L'épargne face à la dette publique

Si les clivages sont nets sur la place de la capitalisation dans le système de retraite et la question de la transmission, l'idée de mettre davantage à contribution l'épargne des ménages, alors que les gouvernements successifs cherchent à réduire le déficit public, peine pour l'instant à trouver des défenseurs.

Mobiliser l'épargne des Français pour combler la dette ? Pas question, répond la droite. « Ce n'est pas avec l'épargne des Français qu'on va rembourser la dette publique, c'est avec des économies sur les dépenses », argumente Gabriel Attal qui, comme plusieurs de ses concurrents de droite comme de gauche, veut davantage orienter l'épargne, souvent « dormante », vers l'économie réelle comme les PME ou la transition écologique.

« Le problème de la dette, ce n'est pas le problème de l'épargne, c'est le problème de la dépense publique », estime également Bruno Retailleau (LR).

Même prudence à gauche, où Jérôme Guedj a rejeté l'idée d'un lien entre l'épargne privée des ménages et la dette publique, jugeant qu'il s'agissait de « deux mécanismes différents ». « Il ne faut pas mettre en parallèle ces deux données : l'épargne privée des Français et la dette publique, c'est une facilité optique que de considérer que l'une pourrait venir compenser l'autre », défend-il.