Cest un mode de rupture du contrat de travail qui est très utilisé. Selon une étude de la Dares, le service études et statistiques du ministère du travail, 444 000 ruptures conventionnelles individuelles ont été signées en 2019, deux fois plus que lors de sa mise en place en 2008. Son succès vient du fait que cette rupture est à la fois plus avantageuse quune démission pour le salarié (qui reçoit une indemnité et peut toucher, le cas échéant, les allocations chômage) et plus avantageuse quun licenciement pour lemployeur, protégé des prudhommes. Mais pour profiter au mieux de ce dispositif, mieux vaut faire attention.
Comment réclamer la rupture conventionnelle ?
Lemployeur et le salarié se mettent daccord sur le principe de la séparation et les modalités financières de cette rupture amiable du contrat de travail à durée indéterminée (CDI). Ils signent ensuite une convention soumise à lautorisation de ladministration. Concrètement, cest le salarié ou l'employeur qui prend linitiative de recourir à la rupture conventionnelle et la propose à lautre, sans avoir à fournir de motifs.
Pour le salarié qui se sent mal à laise dans lentreprise ou souhaite partir pour se consacrer à dautres projets, par exemple apprendre un nouveau métier, changer de vie..., la rupture conventionnelle peut être une porte de sortie douce. Mais le salarié qui décide de prendre linitiative de proposer à son employeur de recourir à la rupture conventionnelle doit jouer finement cette partition. En cas de refus de lemployeur dy consentir, le salarié risque de se retrouver dans une position instable au sein de lentreprise. C'est pour cette raison qu'il est préférable de faire une demande verbale en gardant vos états dâme pour vous : évitez de critiquer lentreprise, vos collègues ou vos chefs de service. Le mail est un écrit qui reste et peut être produit en justice en cas de contentieux judiciaire.
Si l'employeur ou le salarié sont d'accord sur le principe d'une rupture conventionnelle (aucun des deux n'est obligé de l'accepter), celle-ci est librement discutée au cours dun entretien préalable unique ou de plusieurs entretiens si cela est nécessaire. Comme en matière de licenciement, le salarié peut bénéficier dune assistance par un représentant du personnel. En labsence dinstitutions représentatives du personnel, il peut demander à se faire assister dun conseiller (gratuit) inscrit sur une liste établie par le Préfet dans chaque département. Elle précise le nom, ladresse, la profession, ainsi que lappartenance syndicale éventuelle des conseillers. Elle est accessible sur le site de la Dirrecte de chaque région, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de lemploi.
Quelle indemnité demander ?
Lentretien préalable est un moment clef de la rupture conventionnelle, celui où le salarié a intérêt à aborder avec son employeur la question essentielle de largent, en particulier lindemnité de rupture quil touchera. Le salarié a droit à une indemnité spécifique de rupture conventionnelle dont le montant ne peut être inférieur à celui de lindemnité légale ou conventionnelle de licenciement. Rien nempêche le salarié de faire monter les enchères en négociant avec son employeur une indemnité de rupture conventionnelle plus élevée que les minimas que la loi lui accorde.
Selon l'étude de la Dares, les cadres obtiennent de meilleures indemnités : 0,30 mois de salaire par année dancienneté, contre 0,25 pour les ouvriers et les employés (ce qui correspond à lindemnité légale). Lindemnité médiane sélève à 5 500 euros environ pour les cadres et à un peu moins de 1 000 euros pour les employés.
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Une fois daccord sur le principe de la rupture et ses modalités financières, vous signerez votre employeur et vous, une convention de rupture figurant sur un formulaire-type disponible sur le site du ministère du Travail. La convention de rupture conventionnelle, qui peut être complété par un document annexe, doit indiquer notamment le montant de lindemnité de rupture, la date de la rupture du contrat de travail, qui ne peut intervenir que le lendemain du jour de lhomologation par la Dirrecte.
Dans tous les cas, lisez soigneusement la convention de rupture avant de la signer afin de vous assurer que son contenu est conforme à celui discuté lors de lentretien préalable. Si votre contrat de travail comporte une clause de non-concurrence, noubliez pas non plus daborder ce point lors de lentretien préalable.
Comment faire machine arrière ?
Si après avoir signé la convention de rupture conventionnelle, vous réalisez que laffaire nest pas aussi bonne que vous lespériez, nhésitez pas à exercer votre droit de rétractation, cest-à-dire demander lannulation de votre accord comme le prévoit l'article L1237-13 du code du travail. Ce droit de changer davis est également accordé à lemployeur.
Le droit de rétraction peut s'exercer jusqu'à quinze jours à compter de la date de signature de la convention de rupture conventionnelle. Dans l'idéal, pour être certaind e la réception par l'autre partie, mieux vaut envoyer la décision en recommandé avec avis de réception. Si vous avez laissé passé le délai de rétractation, il faut intervenir durgence auprès de la Dirrecte afin quelle naccorde pas son homologation à la convention.
La convention de rupture conventionnelle a été signée, homologuée par ladministration, et le délai de rétractation de quinze jours est passé. Pas dinquiétude, vous pouvez la contester devant le conseil des prudhommes pendant une période de douze mois suivant la date de lhomologation.
Parmi les motifs pouvant entraîner lannulation de la convention de rupture conventionnelle : le non respect des formalités substantielles prévues par la loi, ou un vice du consentement, par exemple violence, dol, erreur. Une convention de rupture conventionnelle a ainsi été annulée pour manuvres dolosives par la Cour de cassation dans un arrêt rendu le 6 janvier : après lavoir signée, le salarié a découvert que son employeur lui avait dissimulé lexistence dun plan de sauvegarde de lemploi (PSE) en cours de préparation prévoyant la suppression de son poste. Sans cette dissimulation, le salarié naurait pas signé la convention de rupture conventionnelle et aurait bénéficié du plan de départ du PSE plus avantageux.
Une procédure spéciale à respecter
Lemployeur doit remettre au salarié un exemplaire de la convention de rupture conventionnelle comportant la signature des deux parties, et prouver que cette remise a eu lieu. A défaut, la rupture conventionnelle est nulle et produit les effets dun licenciement sans cause réelle et sérieuse indique la jurisprudence constante de la Cour de cassation et encore dernièrement dans un arrêt du 23 septembre 2020.
Quels sont les droits aux chômage et les impacts fiscaux ?
Au plan juridique et fiscal, la rupture conventionnelle du contrat de travail est assimilée à un licenciement et produit les mêmes effets. Le salarié bénéficie du droit aux allocations chômage s'il remplit les conditions. Pour cela, il doit réaliser son inscription à Pôle emploi comme demandeur demploi et respecter les obligations afférentes.
Côté fiscalité, lindemnité de rupture conventionnelle est exonérée dimpôt sur le revenu dans les mêmes conditions que lindemnité de licenciement. Si la sommer versée est supérieure au montant prévu par la loi ou la convention collective, la part non imposable est limitée à ces montants légaux. Toutefois, lexonération fiscale ne sapplique que si le salarié nest pas en droit dobtenir une pension de retraite dun régime de retraite légalement obligatoire au jour de la rupture du contrat de travail. Pensez bien à conserver soigneusement la convention de rupture conventionnelle signée et homologuée pour justifier si ladministration fiscale vous questionne, que vous êtes bien dans une situation dexonération fiscale de lindemnité de rupture.
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