La somme recouvrée par Bercy grâce à son récent algorithme de lutte contre les tricheries est certes encore loin des 25 à 100 milliards deuros que représenterait la fraude fiscale en France chaque année (1). Mais entre les 2 milliards deuros en plus collectés grâce au prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu et ces 640 millions deuros récupérés sur les 9 premiers mois de lannée (montant dévoilé par Europe 1 ce matin), lEtat trouve des recettes bienvenues.
Cest notamment grâce au « data mining » (« exploration de données » en bon français) que cette somme, qui aurait pu échapper au fisc auparavant, a finalement été collectée. Concrètement, les services fiscaux utilisent depuis plusieurs années un algorithme (baptisé « ciblage de la fraude et valorisation des requêtes », CFVR) pour contrôler les 5 millions dentreprises françaises (depuis 2014) et les 37 millions de foyers fiscaux chez les particuliers (depuis 2017). Cet outil informatique permet à des ordinateurs superpuissants de croiser les données des gigantesques fichiers de plusieurs organismes : fichier des comptes bancaires (FICOBA), données de lURSSAFF, de la CAF, de la Sécurité sociale, informations déposées au registre du commerce, données relatives au dépôt de brevets ou de marques, documents du cadastre, base nationale des données patrimoniales, fichier des contrats de capitalisation et dassurance vie, etc. « Big Brother » vous observe et Bercy a donc accès à de plus en plus de données lui permettant de repérer les éventuelles fraudes à l'impôt.
Lannée dernière, la loi du 24 octobre 2018 avait renforcé justement les dispositifs déchange dinformations entre les administrations fiscales et sociales. Elle avait aussi conduit Bercy à investir 20 millions deuros supplémentaires dans un logiciel analysant les données publiées par les particuliers sur les réseaux sociaux. En cas d'enquête, le but était de repérer si les photos postées par un contribuable ne trahissaient pas un patrimoine sous-évalué ou si ses données de géolocalisation pouvaient identifier un faux exil fiscal (un soi-disant résident fiscal suisse qui passerait en fait lessentiel de son temps en France par exemple )
Et la Loi de Finances 2020, en discussion actuellement au Parlement, envisage dailleurs daller plus loin dans ce sens. Larticle 57 doit « autoriser ladministration à collecter en masse » des informations sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter ) et sur les sites de vente en ligne (Le Bon Coin, Vinted ). Le but là aussi est didentifier les commerçants non déclarés. Mais ce ratissage extrêmement large des données, prévu pour être expérimenté pendant 3 ans, laisse la CNIL sceptique. La Commission nationale informatique et liberté estime en effet que cette aspiration massive dinformations est « susceptible de porter atteinte à la liberté dopinion et dexpression » et se dit « réservée quant à lefficience ainsi quà la faisabilité technique dun tel dispositif ». Si la loi est adoptée, réfléchissez à deux fois avant de poster des informations sur les réseaux sociaux : les algorithmes du fisc sont susceptibles de vous lire
(1) La Cour des Comptes a chiffré cette fraude à 25 milliards d'euros ; le syndicat Solidaires Finances Publiques lestime, lui, à 100 milliards.

















