Good bye Payname, hello Morning ! A loccasion de linauguration de son nouveau siège, le Toaster, installé dans la campagne toulousaine [voir encadré], la fintech Payname a dévoilé ce soir sa nouvelle marque, Morning. Un nom taillé pour linternational, qui marque symboliquement lentrée de la fintech de 50 salariés dans une nouvelle ère : celle de la « néo-banque ».
Relativement peu connu - « personne ne nous a vu venir ! » sexclame Eric Charpentier avec une pointe de fierté - Payname est une spécialiste des paiements entre particuliers : pour les services à la personne, dabord, dans sa version initiale davril 2013. Puis, plus récemment, pour régler en trois fois, avec suivi de courrier, ses achats sur LeBonCoin, payer son loyer ou constituer une cagnotte en ligne. Des services aux usages encore balbutiants en France, mais suffisamment prometteurs pour convaincre plusieurs investisseurs, notamment la Maif, dy investir quelques millions deuros. De largent frais qui a permis de passer à létape suivante.
« Réveiller la banque »
Le déclic intervient en juillet 2015. Avec seulement 4 salariés à lépoque, sans expérience bancaire, Payname parvient à décrocher une licence détablissement de paiement. « On a découvert alors quon pouvait tenir des comptes et distribuer des moyens de paiement », se souvient Eric Charpentier. Lidée germe, celle de créer cette fameuse « néo-banque ». « Les banques actuelles donnent parfois limpression de séquestrer largent de leurs clients. Nous, nous voulons leur donner des outils pour le piloter », développe le CEO de Morning. En résumé, « réveiller la banque », pour reprendre le nouveau slogan de la marque.
Première étape en octobre prochain (1) avec le lancement dun compte de paiement avec IBAN, accompagné dune carte bancaire MasterCard à autorisation systématique. Le tout piloté à partir dune application mobile. « Les utilisateurs pourront choisir le code PIN de leur carte, activer et désactiver dun clic et en temps réel les achats en ligne, les paiements sans contact ou même tous les paiements, par exemple en cas de perte », promet Eric Charpentier. Un concept proche de celui de lAllemand Number26, qui a tenté une percée en France en début dannée avant de suspendre les ouvertures.
Un agrégateur de cartes bancaires
Comme la start-up allemande ou Soon en France, Morning abandonnera le traditionnel relevé de compte pour une timeline dopérations et proposera à terme (mais pas au lancement) une solde prédictif, prenant en compte les opérations récurrentes prévisibles. Le service ira même un peu plus loin, en permettant dagréger dans son interface des cartes bancaires dautres banques. « Il sera ainsi possible de répercuter un achat effectué avec la carte Morning sur un autre compte, détenu dans une autre banque ».
Eric Charpentier le sait : « On ne va pas remplacer les banques traditionnelles. Mais nous voulons devenir la banque du quotidien, simple et pratique ». Ce qui nempêche pas lambition. Morning va ainsi lancer, dans la foulée de son offre destinée aux particuliers, une version dédiée aux professionnels, auto-entrepreneurs et associations. La société travaille également à décrocher une licence détablissement de crédit, qui lui permettrait daccorder des découverts à ses clients, mais aussi de financer leurs projets.
« Largent a vocation à rapprocher les gens »
Lautre atout attendu de Morning, cest le temps réel, un service quaucune banque, en ligne ou non, nest aujourdhui capable doffrir. Pour y parvenir, la fintech a fait le choix de construire son propre système dinformation, plutôt que de sappuyer sur celui dune banque. Elle promet, du coup, une agilité sans équivalent. Exemple : « Je suis au restaurant avec des amis, et javance le paiement », détaille Eric Charpentier. « Je vois lopération apparaître instantanément dans mon application, et je peux tout de suite demander à mes amis de me rembourser leurs parts, même sils nont pas de compte Morning ».
Cette dimension sociale du paiement, déjà présente dans les services de Payname, restera au cur de Morning. « Je pense que largent a vocation à rapprocher les gens, a fortiori avec lessor de léconomique collaborative », explique Eric Charpentier. Les comptes Morning seront donc pensés pour recevoir les revenus salariaux, mais aussi les revenus collaboratifs, issus du covoiturage, des places de marché numériques, etc.
Une carte premium en 2017
Reste une question cruciale : celle du modèle économique. Contrairement à Compte Nickel, autre concurrent dont le service de base est facturé 20 euros par an, le compte Morning sera gratuit, à lexception des opérations effectuées hors zone euro. Une première source de revenus sera les commissions dinterchange perçues à loccasion des paiements par carte effectués par leurs clients. Mais ces commissions sont désormais plafonnées et « ne rapportent plus grand chose », constate Eric Charpentier.
Pour assurer sa pérennité financière, en attendant peut-être de pouvoir distribuer des crédits, Morning va lancer en 2017 une version premium de sa carte bancaire, facturée autour de 30 euros par an. Elle permettra, en partenariat avec la Maif, de bénéficier de garanties et dassurances supplémentaires, notamment sur les achats en ligne et les vols de données personnelles. De quoi convaincre, peut-être, les 60.000 utilisateurs actuels de Payname dans un premier temps, et beaucoup plus ensuite, espère Eric Charpentier.
Un campus numérique à la campagne
Seul établissement de paiement français installé en province, Payname a inauguré, en même temps quelle dévoilait son nouveau nom, son nouveau siège, baptisé le Toaster. Installé à Saint-Élix-le-Château, à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse, il se veut un campus numérique à la campagne, avec ferme et terrain de foot à proximité, et est destiné à terme à accueillir dautres jeunes pousses.
La fintech cultive par ailleurs un fort ancrage régional : Morning sera lan prochain un des sponsors du TFC, le club de foot toulousain, et fournira notamment une carte de paiement cobrandée aux abonnés du club. Cest également une banque du Sud-Ouest, le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, qui fournit à Morning le compte de cantonnement indispensable pour sécuriser les dépôts de ses clients.
(1) Les préinscriptions débuteront au cours de lété 2016.

















