Les rendements sur le marché obligataire se sont fortement tendus jeudi, réagissant violemment au discours du président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet concernant un possible relèvement des taux directeurs dès le mois d'avril.

Le taux du Bund allemand s'établissait à 3,325% (à 17H00 GMT), contre 3,195% mercredi soir à la clôture, tandis que le taux de l'OAT française à 10 ans s'inscrivait à 3,693% contre 3,603% la veille. Hors zone euro, le taux du Gilt britannique à 10 ans montait à 3,714% contre 3,635% la veille au soir.

« Les rendements se tendent car le marché n'anticipait pas une hausse aussi rapide des taux de la banque centrale. Cela favorise mécaniquement une hausse des taux courts qui sont plus ou moins indexés sur les taux de la BCE » et par extension, des taux longs, a indiqué Cyril Regnat de Natixis.

Une hausse des taux possible

M. Trichet a déclaré jeudi qu'une hausse des taux le mois prochain était « possible, mais pas certaine », et a assuré qu'une telle démarche ne serait « certainement pas le début d'une série de hausses ».

Les marchés tablaient sur une hausse des taux de la BCE dans la seconde moitié de l'année, mais l'accélération de l'inflation et la hausse des prix des matières premières a conduit l'institution de Francfort à durcir le ton. « La nouvelle stratégie de la BCE n'est pas exempte de risques. (...) A l'heure actuelle, elle semble espérer qu'en bandant les muscles et en faisant preuve de détermination, cela suffira à empêcher l'apparition d'effets secondaires », estime Carsten Brzeski, d'ING.

En outre, « M. Trichet a affirmé que l'éventuelle hausse des taux en avril ne serait pas le prélude d'une série. Toutefois, la BCE avait dit la même chose en décembre 2005 quand elle a commencé à remonter les taux pour la dernière fois », rappelle l'analyste de Natixis. Selon lui, le marché table sur trois hausses des taux en zone euro en 2011, ce qui justifie la correction de jeudi sur le marché.

Les taux des pays notés triple A, la meilleure note possible, sont ceux qui ont le plus souffert: les taux à 10 ans de la Finlande grimpaient à 3,520% en fin de journée contre 3,390% la veille en clôture et ceux de l'Autriche à 3,752% contre 3,638%.

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Des impacts sur les pays les plus fragiles

Mais une hausse des taux pourrait également être préjudiciable pour les pays les plus fragiles au sein de la zone euro, estime le stratégiste de Natixis. « Nous estimons que les conditions économiques restent fragiles. Or une hausse des taux pourrait pénaliser les banques de pays de la périphérie (les moins solides de la zone euro, ndlr) parce qu'elles se financent quasi exclusivement auprès de la BCE », souligne-t-il.

Dans le sillage des pays les mieux notés, les taux des pays fragiles ont également souffert: les taux longs portugais montaient ainsi à 7,422% vers 18H00 contre 7,344% et ceux de la Grèce à 11,965% contre 11,928% la veille au soir. Aux Etats-Unis, le marché obligataire a également nettement reculé: le rendement du bon du Trésor à dix ans grimpait à 3,559% contre 3,464% mercredi soir et celui du bon à 30 ans à 4,628% contre 4,555% la veille. Les taux des échéances courtes étaient stables à 0,12% comme la veille.

Sur le marché interbancaire, l'Euribor à trois mois, principal taux en zone euro, s'établissait à 1,098% contre 1,095% mercredi soir, tandis que le Libor à trois mois libellé en dollars restait stable à 0,309%.