Dénonçant un manque d'« efforts de justice fiscale », les chefs des députés et sénateurs Boris Vallaud et Patrick Kanner, et la Première secrétaire déléguée Johanna Rolland, ont appelé dans un courrier à modifier « sans délai » le texte, possiblement avant l'arrivée dans l'hémicycle.

« La situation économique, sociale et budgétaire de la France est grave », soulignent les trois responsables socialistes dans ce courrier, citant « le pouvoir d'achat des Français (qui) recule », le « taux de pauvreté (qui) augmente », mais aussi un « niveau de la dette (qui) atteint un record inédit depuis 1946 ».

« Nous conservons l'objectif de réduire notre charge de la dette pour rester souverains et préparer l'avenir, mais cet objectif ne saurait se traduire par un budget où les plus modestes continuent de payer pour les plus riches », avertissent les trois élus.

Ils appellent le chef du gouvernement à modifier sa copie « sans délai », « par exemple » via une lettre rectificative, qui permet à l'exécutif de modifier son propre texte avant même le coup d'envoi des débats.

En l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu pourrait devoir passer par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de faire adopter le texte sans vote. Mais dans la configuration politique actuelle, cette voie implique que le PS ou le RN s'abstiennent de le censurer. Les ministres interrogés ayant pour l'instant affirmé que le gouvernement négocierait avec le PS.

Les socialistes ont pour le moment fait planer la menace d'une censure, estimant encore dans ce courrier que la copie n'est « pas acceptable », et citant pêle-mêle les mesures pesant sur les retraités sans mettre à contribution les « hauts revenus », les « allègements sur la fiscalité du patrimoine » accompagnés d'« un gel des aides de ceux qui n'en ont pas », ou encore les efforts « demandé(s) aux malades sans effort demandé aux grands groupes ».

« Vous rendez de fait impossible l'adoption de votre budget sauf à vous tourner, même passivement, vers le Rassemblement national, ce que nous ne saurions imaginer. Il s'agirait là d'une faute politique et morale à quelques mois de l'élection présidentielle », écrivent encore les cadres socialistes.

En cas d'impasse, le gouvernement pourrait aussi avoir recours aux ordonnances budgétaires pour faire passer son budget initial sans aucun vote, ce qui serait inédit sous la Ve République.