Ce vendredi 9 septembre, la revalorisation de 4% des retraites se concrétise. Les pensions de base vont non seulement être augmentées, mais l'Assurance retraite va en outre compenser le « retard » de juillet. Pour les régimes complémentaires, en revanche, il faudra patienter. Le point sur le calendrier et l'importance des hausses à venir.

En janvier dernier, du côté des retraités, le gong du Nouvel An 2022 n'annonçait aucune éclaircie financière à l'horizon. Face à une inflation qui tutoyait déjà les 3%, l'augmentation annuelle de la retraite de base se limitait à 1,1%. Une timide hausse faisant suite à une toute aussi timide revalorisation de 1% de la complémentaire Agirc-Arrco en novembre 2021 pour ses 12 millions de bénéficiaires. L'envolée des prix a conduit le gouvernement à anticiper la hausse annuelle en votant – via la loi pouvoir d'achat - une revalorisation de 4% sur les retraites de base applicable dès la pension de juillet 2022.

1 – Quelle revalorisation, pour quelle pension ?

La hausse de 4%, exceptionnelle dans le sens où elle s'ajoute aux augmentations annuelles de janvier, s'applique à l'ensemble des retraites de base. C'est-à-dire aux pensions versées par la Cnav à 14 millions de retraités du privé, par le Service des retraites de l'Etat (SRE) aux plus de 1,5 million de retraités, par la CNRACL aux près de 1,5 million de pensionnés de la fonction publique hospitalière ou territoriale, par la CNAVPL aux près de 400 000 retraités de professions libérales, etc. Comme l'explique la Cnav, cette hausse « concerne la retraite de droit propre » mais aussi « la retraite de réversion, l'Aspa [minimum vieillesse, NDLR] et l'ASI [allocation supplémentaire d'invalidité] ».

En revanche, cette hausse adoptée via la loi pouvoir d'achat n'a aucune incidence sur les régimes complémentaires.

2 – Quand ces hausses seront-elles visibles ?

Vous faites partie des 14 millions d'anciens salariés du privé ? Pour l'instant, les revalorisations promises ne se concrétisent pas. Ni sur le versement de la Cnav en août, puisque la loi pouvoir d'achat a été adoptée trop tard pour le versement du 9 août. Ni pour la pension payée par l'Agirc-Arrco au 1er septembre, car l'Etat n'a pas la main sur la revalorisation des pensions des régimes complémentaires.

La loi pouvoir d'achat ayant été publiée le 17 août au Journal officiel, l'augmentation promise sur la pension de juillet intervient en septembre pour quasi tous les régimes de base. Pour la Cnav, le plus important des régimes de base, c'est ce vendredi 9 septembre que la pension revalorisée sera versée aux 14 millions de bénéficiaires. Mieux : la pension d'août, versée le 9 septembre, sera doublement bonifiée : « la revalorisation sur la retraite du mois de juillet sera versée rétroactivement avec le paiement du 9 septembre ».

En revanche, pour les hausses des retraites complémentaires, il faudra attendre... L'échéance annuelle intervient au 1er novembre pour le régime des ex salariés du privé l'Agirc-Arrco. Patience aussi pour les fonctionnaires : c'est sur la pension de septembre, versée le jeudi 29, que la revalorisation apparaîtra.

Exemple de hausse pour une retraite moyenne

Prenons une pension proche de la retraite moyenne pour un ex salarié du privé : 1 500 euros de pension nette en 2022, dont 1 000 euros versés par la Cnav et 500 euros par l'Agirc-Arrco.

  • Ce vendredi 9 septembre, ce retraité touchera 1 080 euros de la part de la Cnav, grâce à la revalorisation rétroactive de la pension de juillet (versée au 9 août). Et il a touché 500 euros de la part d'Agirc-Arrco comme à l'accoutumée au 1er septembre (pension complémentaire valant pour le mois de septembre). Soit 1 580 euros au total.
  • Début octobre, retour à un montant « normal » pour l'Assurance retraite : 1 040 euros de la part de la Cnav le 7 octobre, ce qui correspond aux 4% de hausse, et 500 euros de la part d'Agirc-Arrco le 3 octobre. Soit 1 540 euros au total.
  • En novembre interviendra la revalorisation de la complémentaire Agirc-Arrco. Si elle est – de façon purement schématique, puisque ce pourcentage est inconnu à ce jour - de 3%, alors le versement de la complémentaire prévu le mercredi 2 novembre sera de 515 euros, celui de la Cnav prévu le 9 novembre de 1 040 euros, pour un montant total de 1 555 euros.

Y a-t-il un risque de confusion avec ce calendrier chamboulé ? Non, coupe Christian Bourreau, président de l'Union française des retraités (UFR), qui juge les bénéficiaires des pensions totalement au fait du rythme des versements et revalorisations. Même sentiment pour Dominique Fabre, secrétaire générale de la CFDT Retraités. « Je n'ai pas le sentiment qu'il puisse y avoir de la déception : une réévaluation anticipée, c'est tout de même une bonne nouvelle. Mais peut-être sera-t-elle jugée insuffisante ! » juge Valérie Batigne, fondatrice et dirigeante de Sapiendo Retraite, avant de nuancer : « Les retraités ont-ils compris que la revalorisation de la complémentaire n'interviendra que dans un second temps ? Ça c'est moins sûr. »

Retraites complémentaires : quelle hausse pouvez-vous espérer ?

3 – De combien votre pension va augmenter lors des prochains mois ?

Tout dépend du régime dont vous dépendez. Si la majeure partie de vos pensions est versée par un régime de base (Cnav, SRE, CNRACL...), alors votre retraite augmentera fortement en septembre. A contrario si la majeure partie de vos pensions proviennent d'un régime complémentaire, la hausse de septembre sera peu impressionnante. « Cela dépend vraiment de combien gagnait le salarié du temps de sa vie active, explique Valérie Batigne, fondatrice de Sapiendo Retraite. Plus les revenus étaient élevés, plus la complémentaire prend une part importante dans la retraite mensuelle. » Dans le cas des retraités du privé, la pension de base est plafonnée à 1 714 euros bruts : la complémentaire ne pèse qu'un quart de la retraite mensuelle pour d'ex « petits » salaires... mais elle peut en représenter les trois quarts pour un ancien « gros » salaire. « En septembre et octobre, ce sont donc les petites retraites qui vont bénéficier de la hausse relative la plus notable », explique Valérie Batigne.

Exemples pour une « petite » et une « grosse » retraites

Retraite nette de 900 euros, 650 euros versés par la Cnav et 250 par Agirc-Arrco : 952 euros au total en septembre (702 euros de la Cnav + 250 euros d'Agirc-Arrco) puis 926 euros en octobre (676 euros de la Cnav + 250 euros d'Agirc-Arrco), ce qui représente 2,9% d'augmentation totale.

Retraite nette de 2 500 euros, 1 300 euros versés par la Cnav et 1 200 par Agirc-Arrco : 2 604 euros au total en septembre (1 402 euros de la Cnav + 250 euros d'Agirc-Arrco) puis 2 552 euros en octobre (1 352 euros de la Cnav + 1 200 euros d'Agirc-Arrco), soit 2% d'augmentation totale.

Exemples : « petite » et une « grosse » retraites, sur la base des moyennes de la Drees (1).

Ex-salarié du privé ou ex-fonctionnaire : une hausse plus ou moins rapide

Sapiendo
Grâce à un régime de base prenant en charge la majeure partie de leur pension, les retraités de la fonction publique bénéficient dès à présent d'une hausse globale de 4%. Illustration Sapiendo Retraite.

4 – Les complémentaires suivront-elles le rythme de l'inflation ?

Mystère... Pour se limiter au cas du régime complémentaire concernant le plus de retraités, Agirc-Arrco, le conseil d'administration réunissant les partenaires sociaux (syndicats patronaux et de salariés) doit trancher le 6 octobre prochain. Pour l'heure, les indiscrétions relayées par Le Parisien mi-juillet faisaient état d'une revalorisation inférieure à 3%, et probablement proche des 2,9% accordée par l'Unédic pour les allocations-chômage. Mais l'information a été démentie immédiatement par la direction de l'Agirc-Arrco.

« La contrainte qu'a l'Agirc-Arrco, c'est que le régime a l'obligation réglementaire d'avoir des comptes financiers solides, avec des réserves importantes », décrypte Valérie Batigne, de Sapiendo. « L'augmentation de 4% pour la Cnav, décidée par l'Etat, peut créer une perte et aggraver le déficit... Chose que l'Agirc-Arrco ne peut pas se permettre. » Face aux contraintes financières différentes des différents régimes, elle prévient : « Oui il y aura probablement de gros écarts cette année au niveau des revalorisations » selon les régimes dont vous dépendez.

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Christian Bourreau, président de l'UFR, se fait peu d'illusion, dénonçant justement les trop faibles revalorisations des pensions - base et complémentaire – des dernières années : « Il n'y a pas eu de compensation par rapport à l'inflation ! Les retraités s'appauvrissent au fur et à mesure d'augmentations sous-compensant la hausse des prix. » Dominique Fabre, de la CFDT Retraités, pointe elle aussi les pertes de pouvoir d'achat des retraités ces dernières années, et réclame « une augmentation significative » de la pension Agirc-Arrco en novembre.

Des hausses à la hauteur de l'inflation ?

  • 2020. +1% pour les trois quarts des retraités (moins pour les autres) pour la Cnav et 0% pour la complémentaire Agirc-Arrco, contre 0,5% d'inflation annuelle.
  • 2021. +0,4% en janvier pour la Cnav et +1% en novembre pour Agirc-Arrco, contre 1,6% d'inflation annuelle selon l'Insee.
  • 2022. +1,1% en janvier puis +4% en juillet pour la Cnav, augmentation inconnue pour Agirc-Arrco en novembre. L'Insee anticipe 5,3% d'inflation annuelle.

(1) Étude « Retraite et retraités » 2022, chiffres 2020, Drees.