Après deux années hors-norme, crise sanitaire oblige, les placements financiers des Français devraient nettement baisser en 2022, de l'ordre de 36%. Voici les produits qui, dans ce contexte, vont tirer leur épingle du jeu et les autres.

Coup de frein attendu sur les placements financiers des ménages français ! Après deux années 2020 et 2021 exceptionnelles, dans tous les sens du terme, le taux d'épargne, c'est-à-dire la part du revenu disponible brut que les ménages n'utilisent pas pour consommer, devrait continuer à reculer en 2022. Le déclenchement de la crise sanitaire, en 2020, l'avait vu dépasser les 21%, du jamais vu. Il est retombé à 17% fin 2021 et « devrait se rapprocher de la normale, à 14,9% », anticipe le macroéconomiste Cyril Blesson, associé au sein du cabinet spécialisé PAIR Conseil (1) qui nous dévoile ses projections.

Conséquence : les flux de placements financiers des épargnants français devraient se situer en net recul, passant de 172 milliards d'euros en 2021 (après 191 milliards en 2020) à 110 milliards d'euros en 2022. Soit une baisse de 36% environ. A condition, bien sûr, qu'il n'y ait pas de nouveaux confinements.

Quels sont les placements qui pâtiront de ce recul attendu ? L'épargne liquide et sécurisée (comptes de dépôts, livrets bancaires, Livret A, etc) continuera-t-elle à se tailler la part du lion ? L'assurance vie va-t-elle poursuivre sur sa lancée de 2021 ? Voici des éléments de réponse.

Les dépôts à vue vont-ils rester les grands gagnants ?

56 milliards d'euros : c'est, selon l'estimation de PAIR Conseil, les flux vers les dépôts à vue l'an passé. Pour l'essentiel, des salaires qui s'accumulent sur les comptes courants, à défaut d'être dépensés ou placés. Le phénomène n'est pas nouveau. Il est symptomatique de la baisse d'appétence des épargnants pour des placements certes rémunérés, mais de plus en plus faiblement. Mais il a encore été accentué par la crise sanitaire, qui a freiné les dépenses de consommation.

De ce point de vue, 2022, si de nouveaux confinements ne viennent pas interrompre brutalement la reprise de la consommation, devrait marquer un début de retour à la normale. PAIR Conseil table sur un flux de 34 milliards d'euros vers les dépôts à vue, en baisse de près de 40% contre 36% en moyenne pour tous les placements financiers.

Les livrets bancaires rémunérés, y compris l'épargne réglementée, devraient mieux résister. Toujours selon les projections de PAIR Conseil, les Français y déposeront cette année quelque 41 milliards d'euros, contre 51,6 milliards en 2021, soit une baisse de 20%. Ce notamment grâce à la bonne tenue de l'épargne réglementée.

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Epargne réglementée : l'année du LEP ?

Il n'y a plus vraiment de suspense. Vendredi prochain, jour d'officialisation par l'Insee du chiffre de l'inflation pour décembre 2021, le gouverneur de la Banque de France devrait recommander au gouvernement d'appliquer la formule de calcul du taux du Livret A, et donc de remonter son rendement annuel net de 0,5 à 0,8% au 1er février. Ce n'est pas tout, selon Cyril Blesson : ce taux devrait logiquement être relevé une seconde fois et dépasser 1% le 1er août prochain, afin de suivre l'inflation du 1er semestre 2022 qui promet de rester à des niveaux élevés, au-dessus de 2,5% en moyenne sur un an selon l'Insee.

Cette hausse va-t-elle changer la donne pour l'épargne réglementée ? Cyril Blesson le pense. Le Livret A devrait être l'unique exception à la baisse générale des flux de placements, passant d'une collecte de 16,5 milliards l'an passé à 18 milliards l'an prochain en intégrant les intérêts capitalisés. Ce malgré un rendement réel, c'est-à-dire corrigé de l'inflation, qui restera largement négatif.

Il sera également intéressant d'observer le Livret d'épargne populaire (LEP). Mal connu, mal aimé, le LEP va, pour la première fois, sortir du sillage du Livret A pour aligner sa rémunération sur l'inflation du 2e semestre 2021. Soit 2,20% net, sous réserve de confirmation par le gouvernement vendredi. Avec ce taux imbattable pour un produit liquide et sécurisé, les 8 millions de Français éligibles, sur critères de revenus, mais pas encore équipés pourraient revoir leurs arbitrages. A condition, bien sûr, que les banques jouent le jeu. « Nous anticipons une collecte en hausse sur le LEP, d'autant que la volonté des pouvoirs publics est d'en faire le nouveau symbole de l'épargne populaire, à la place du Livret A », anticipe Cyril Blesson. « Il faudra toutefois regarder la réaction des réseaux bancaires, car la clientèle éligible au LEP n'est pas forcément leur clientèle cible. »

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L'assurance vie sur sa lancée

Dans la lancée de 2021 (32,2 milliards d'euros captés selon PAIR Conseil), l'assurance vie devrait encore réussir une bonne année 2022, tirée par les unités de compte qui représentent désormais près de 40% de la collecte brute. Encore faut-il que les marchés ne soient pas trop chahutés : on y reviendra. PAIR Conseil anticipe une baisse de la collecte limitée à 25%, passant de 32,2 milliards d'euros en 2021 à 24,2 milliards en 2022.

Côté fonds euros, Cyril Blesson ne partage pas le pessimisme ambiant et estime que la baisse des rémunérations 2021 sera « moins prononcée qu'annoncé par certains ». Ce que semble confirmer les premiers taux dévoilés.

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Deux raisons principales à cela, estime l'économiste : la hausse du Livret A et le maintien de l'inflation à un niveau relativement élevé : « Il y a un risque de réputation pour les fonds euros si le rendement moyen baisse trop fortement par rapport au Livret A et à l'inflation. Certes, les assureurs cherchent plutôt à limiter la collecte sur les fonds euros, mais ils savent aussi qu'ils restent un outil essentiel pour vendre des unités de compte. Ils vont donc être prudents. » De quoi convaincre les épargnants de continuer à abonder leurs contrats.

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Bourse : de nombreuses incertitudes

Les Français et la bourse : une relation qui n'est jamais allé de soi. Au pays du Livret A, les épargnants ont historiquement eu beaucoup plus de mal qu'ailleurs (les pays anglo-saxons notamment) à investir dans des supports comportant un risque sur le capital. Et lorsqu'ils s'y aventurent, ils ont tendance à être « pro-cycliques », c'est-à-dire à acheter quand les cours montent et à vendre quand ils baissent. Résultat : rares sont les investisseurs particuliers qui gagnent de l'argent en bourse.

Certains observateurs espèrent toutefois une évolution des mentalités. Exemple : contrairement à ce qui s'était encore passé en 2018, les Français n'ont pas retirer massivement leurs billes lorsque les indices ont plongé en mars 2020, suite au premier confinement. Au contraire : une nouvelle génération d'investisseurs a sauté sur l'occasion pour faire ses premiers investissements, espérant profiter du rebond. Bien leur en a prix : le CAC 40 a progressé de près de 30% en 2021.

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Comment se comporteront les marchés financiers en 2022 ? Répondre à cette question n'est pas évident. Les incertitudes sont en effet nombreuses : sur l'évolution de la pandémie, la croissance mondiale, l'inflation... « 2022 sera une année marquée par plus de volatilité sur les marchés financiers », expliquait récemment à MoneyVox Nicolas Chéron, stratégiste chez Zonebourse, qui s'attend à « une année en dents de scie », avec des oscillations de plus ou moins 10%. Cyril Blesson estime également que les marchés financiers vont être chahutés en 2022 et reste très prudent : pas de pronostic mais une hypothèse de travail, celle d'une stabilité des principaux indices boursiers en 2022.

Une chose est donc certaine : en 2022, les investisseurs vont devoir faire preuve de sang froid. Selon la Banque de France, dans son rapport semestriel sur les risques financiers publié le lundi 5 janvier; le risque d'une crise boursière est « très élevé ».

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(1) Les chiffres proposés dans cet article sont fournis par le cabinet de conseil PAIR Conseil. Ils représentent les flux de placements des particuliers, y compris les intérêts capitalisés. Ils diffèrent donc des chiffres fournis, notamment, par la Banque de France dans ses synthèses sur l'épargne des ménages.