Les Français ont la chance de pouvoir placer des dizaines de milliers d'euros, avec une sécurité garantie par l'Etat, une disponibilité totale et une fiscalité quasi inexistante. Tous les produits d'épargne réglementée se valent-ils ? Voici leurs mérites respectifs et quelques conseils pour choisir selon votre profil.

On l'oublie parfois, mais c'est sans doute unique au monde. L'épargne réglementée à la Française permet à chacun d'entre nous de mettre de côté des dizaines de milliers d'euros en profitant d'une exonération fiscale, d'une totale garantie sur le capital et d'une disponibilité immédiate. Jusqu'à 42 650 euros, par exemple, pour un adulte contribuable aux revenus moyens en cumulant Livret A, LDDS et LEP.

Comment faire son choix parmi les cousins de la « grande famille « de l'épargne ? Quel compte faut-il ouvrir en priorité ? Nous avons passé au crible le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), le Livret d'épargne populaire (LEP), le Livret Jeune, le Plan Epargne Logement (PEL) et le CEL (Compte Epargne logement), en s'appuyant sur six critères : le rendement, le plafond de versement, l'accessibilité, la disponibilité, la sécurité et l'utilisation des fonds.

Le rendement : avantage LEP

C'est évidemment la première question qu'on se pose quand on place de l'argent : combien cela va-t-il me rapporter ? Pour ce qui est de l'épargne réglementée, la référence est le taux du Livret A, fixé par l'Etat et sur lequel tous les autres (à l'exception du PEL et des Livrets Jeunes) sont indexés. Ce taux — qui est également celui du LDDS — est actuellement de 0,50% net. Net, car l'épargne réglementée, hors CEL et PEL récents, bénéficie d'une exemption fiscale et sociale, qui coûte d'ailleurs plus d'un milliard d'euros par an à l'Etat.

Sur ce seul critère, c'est le Livret d'épargne populaire le plus rentable. Cela tient à sa formule de calcul : il est égal au taux du Livret A augmenté d'un demi-point, soit 1% net actuellement. Il est également conçu pour protéger contre la hausse des prix : au moment de sa révision, le taux du LEP ne peut être inférieur à la moyenne de l'inflation annuelle sur les six derniers mois. Le LEP a ainsi pris la place de « rempart » contre l'inflation autrefois dévolue au Livret A.

Taux de rémunération de l'épargne réglementée
Date d'applicationLivret ALEPLEECELPELAvis Officiel
A compter du 1er février 20200,50 %1 %0,25%0,25%(1 %)JO du 24/01/2020

Pourquoi ce bonus d'un demi-point ? Tout simplement parce que le LEP s'adresse spécifiquement aux ménages les plus modestes, ceux qui affichent un revenu fiscal de référence (RFR) inférieur actuellement à 20 017 euros par part. Soit, tout de même, un ménage français sur deux environ, selon l'estimation de la Banque de France.

Ces rendements vous paraissent ridiculement faibles ? Souvent raillée de ce point de vue, l'épargne réglementée n'en reste pas moins plutôt avantageuse, si on la compare avec d'autres produits aux mêmes caractéristiques. Selon la Banque de France, les livrets ordinaires, dont les taux sont librement fixés par les banques, rapportent actuellement 0,10% en moyenne, avant impôts et prélèvements sociaux. Même le fonds euros de l'assurance vie, traditionnel concurrent de l'épargne réglementée, devrait bientôt achever de perdre son avance sur ce critère.

Le plafond : avantage PEL

Avant d'arriver au pouvoir, en 2012, François Hollande avait fait une promesse : doubler le plafond du Livret A. On ne peut pas, en effet, profiter sans limite des produits d'épargne réglementée. Chacun affiche un plafond de versement, qui ne peut être dépassé que par les intérêts capitalisés au fil des années. La promesse du socialiste devenu président de la République n'a pas été tenue. De 15 300 euros avant son élection, le plafond du Livret A est passé à 22 950 euros. Celui du LDDS a, en revanche, bien été doublé, passant de 6 000 à 12 000 euros. Le CEL, lui, est limité à 15 300 euros, Le LEP à 7 700 euros et le Livret Jeune à 1 600 euros.

Sur ce critère, c'est le Plan Epargne Logement (PEL) qui s'avère le plus avantageux. Il permet de placer jusqu'à 61 200 euros au taux actuel de 1% brut, ou 0,70% net de PFU (1). Avec une contrainte majeure toutefois : y verser au moins 540 euros par an, en échéances mensuelles, trimestrielles ou semestrielles.

L'accessibilité : avantage Livret A

Le Livret A est le compte bancaire universel par excellence. Toute personne présente sur le territoire français, quel que soit son âge, peut en détenir un — et un seul, la double détention étant interdite — y compris, à la Banque Postale, si elle est sans domicile fixe. Il est également ouvert aux associations, aux syndicats de copropriété, aux organismes HLM... L'épargne logement (PEL et CEL), elle, est quasi universelle : toutes les personnes physiques peuvent y accéder, y compris si elles sont mineures.

Très faciles d'accès, car très largement distribués, les autres produits d'épargne réglementée sont un peu plus restrictifs. Pour ouvrir un LDDS, il faut être un particulier contribuable. Les mineurs rattachés au foyer fiscal de leurs parents n'y ont donc pas accès. Le Livret Jeune, lui, est réservé aux jeunes de 25 ans et moins. Quant au LEP, nous avons déjà vu qu'il ne s'adressait pas aux ménages les plus fortunés.

La disponibilité des fonds : le PEL à éviter

Ce n'est pas un hasard si le Livret A est le support privilégié de l'épargne de précaution. Il a en effet l'immense avantage de ne pas bloquer les sommes placées, qui sont disponibles à tout moment et peuvent même être retirées à partir de 10 euros.

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Cette disponibilité, toutefois, n'est pas une exclusivité du Livret A. Elle vaut également pour le LDDS, le LEP et le Livret Jeune. Pas de blocage non plus pour le CEL, mais un plancher de retrait plus élevé : 75 euros minimum par retrait. Quant au PEL, si les fonds sont également disponibles à tout moment, il interdit les retraits partiels. Il vous faudra clore le compte pour récupérer votre argent. A éviter, donc, si vous souhaitez y puiser ponctuellement pour couvrir une dépense.

La sécurité du capital : match nul

100% sûr : lorsque vous placez votre argent sur un produit d'épargne réglementée, vous êtes certain de ne pas perdre un centime. Non seulement le capital y est garanti, mais il l'est par l'Etat. Aucune différence de ce point de vue entre les différents produits : quel que soit votre choix, l'épargne réglementée, c'est l'assurance tous risques.

L'utilisation de l'argent : match nul

C'est la raison d'être de l'épargne réglementée, qui explique notamment cette garantie de l'Etat : attirer des dépôts qui seront utilisés par la puissance publique pour financer certaines politiques publiques d'intérêt général - le logement social, la ville, la transition énergétique et, via les collectivités locales, l'éducation, les mobilités, l'eau potable... De ce point de vue, pas de différence entre le Livret A, le LDDS, le LEP, etc. : l'argent va dans le même pot, qu'on appelle le Fonds d'épargne, géré par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

Cet emploi ne concerne toutefois qu'une partie de l'argent placé : 60% pour le Livret A et le LDDS et 50% pour le LEP, soit 285 milliards d'euros à la fin de 2020. Le reste — près de 203 milliards — reste au bilan des banques chargées de la collecte. Elles ne peuvent toutefois pas l'utiliser comme elles veulent : elles doivent le flécher vers le financement des PME, de la transition énergétique et de l'économie sociale et solidaire.

Livret A : que fait la banque avec mon argent ?

Bilan : quel produit privilégier selon votre profil ?

Vous ne possédez pas encore les liquidités suffisantes pour mettre au plafond tous les produits d'épargne réglementée ? Comme plus de 80% des Français, vous détenez sans doute déjà un Livret A, souvent ouvert dès votre enfance pour vos parents. Pourtant, vous avez peut-être intérêt à le dégarnir pour abonder un de ses cousins.

Si votre revenu fiscal de référence ne dépasse pas le seuil de 20 017 euros, commencez par un Livret d'Epargne Populaire, le mieux rémunéré du lot. Pour savoir si vous êtes éligibles, il suffit de regarder votre avis d'impôt ou, plus simple encore, de poser la question à votre banque, désormais autorisée à interroger directement le fisc. Paradoxalement, c'est le produit le plus sous-utilisé : selon l'Observatoire de l'épargne réglementée de la Banque de France, 13,3% des Français adultes en possèdent un, alors que 50% sont éligibles.

Si vous avez moins de 25 ans, pensez au Livret Jeune. Certes, les taux pratiqués, fixés par les banques et pas par l'Etat, ont tendance à baisser. Mais ils restent souvent supérieurs à celui du Livret A et ne peuvent légalement pas passer dessous.

Si vous avez la fibre solidaire, optez en priorité pour le LDDS : il permet en effet de faire don de toute ou partie de vos intérêts à des associations des secteurs environnemental et social.

Si vous avez beaucoup de liquidités à placer, enfin, et que vous souhaitez profiter des avantages de l'épargne réglementée, vous n'avez pas le choix : il faut vous tourner vers le PEL. Toutefois, étant donné ses contraintes (versements progressifs imposés, retraits partiels impossibles, rémunération fiscalisée), vous aurez peut-être plutôt intérêt à orienter votre argent vers d'autres placements plus pratiques et rémunérateurs.

Assurance vie : les meilleurs contrats passés au crible

Principales caractéristiques des produits d'épargne réglementée
Taux d'intérêtPlafond de versementEncours minimumFiscalité
Livret A0,50%22 950 €10 €aucune
LDDS0,50%12 000 €10 €aucune
LEP1%7 700 €30 €aucune
Livret Jeuneau moins 0,50%1 600 €10 €aucune
PEL1%61 200 €versement initial d'au moins 225 € ; puis 540 € par animpôt sur le revenu et prélèvements sociaux
CEL0,25%15 300 €300 €impôt sur le revenu et prélèvements sociaux

Informations en vigueur au 1er mai 2021

(1) Contrairement aux autres produits, les taux du PEL sont générationnels, c'est-à-dire fixés à l'ouverture du plan sans évolutions ultérieures.