Fusionner le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire : l'idée remise au goût du jour par le récent rapport d'un député peut sembler séduisante à bien des égards. Mais est-ce une bonne idée et à quoi ressemblerait ce nouveau produit d'épargne ?

Un plafond trop élevé qui favorise in fine des personnes plutôt aisées, une épargne rémunérée à un taux si bas - maintenu à 0,5% net en août dernier - qu'elle est rongée par la hausse des prix. Les Livret A et Livret de développement durable et solidaire (LDDS), détenus respectivement par 55 millions et 24 millions de particuliers, font l'objet de critiques récurrentes. Ce qui n'empêchent pas les ménages de continuer à en profiter. Depuis le début de l'année, ils ont par exemple déposé près de 25 milliards d'euros sur le Livret A, soit le meilleur résultat jamais réalisé par ce placement sur cette période. A la fin août, les ménages avaient placé 442 milliards d'euros sur ces deux supports.

Une manne colossale qui sert en grande partie à financer le logement social, mais est aussi destinée à des prêts aux PME, et de façon plus marginale vers la transition énergétique (10%). Dans un récent rapport (1) remis au ministre de l’Economie Bruno Le Maire en juillet, le député LREM Alexandre Holroyd, propose de revoir ce fléchage afin de mobiliser davantage cette épargne « pour atteindre les objectifs environnementaux ambitieux que s’est fixés la France ».

Des produits pas si différents

Il « considère que la présentation de ces deux livrets comme des outils distincts est un facteur de complexification inutile » et suggère de les fusionner. « Le LDDS a des caractéristiques financières presque identiques au livret A, la distinction entre les deux étant principalement la capacité à réaliser des dons à partir du LDDS », note le rapport. Une disposition introduite en 2016, possible seulement depuis le 1er juin. Désormais, les détenteurs d’un LDDS peuvent reverser une partie de leur épargne au financement de l’économie sociale et solidaire. Malgré cette nouveauté, il est clair qu'aujourd'hui le LDDS est surtout vu comme une simple extension du Livret A, un produit qu'on utilise quand ce dernier est arrivé au plafond.

Si le ministère de l'Economie n'a pas encore répondu à cette proposition de fusion du Livret A et du LDDS, ce projet répond aussi à l'une des propositions de la Convention citoyenne pour le climat de permettre aux particuliers de demander le fléchage de leur épargne réglementée (Livret A, LDDS, Livret d'épargne populaire...) vers la transition climatique. Une idée soutenue par François Cartier, délégue général de la CLCV, une association de défense du consommateur : « Le LDDS n’a jamais décollé en raison d’un manque de volonté des différents acteurs, notamment politiques. Un meilleur fléchage serait un bon point de départ » à une réforme.

Dans ce contexte, une fusion entre le Livret A et le LDDS aurait du sens, abonde Philippe Crevel. « Ce sont deux produits qui possèdent les mêmes caractéristiques », explique le responsable du Cercle de l’épargne. Seuls les plafonds, notamment, diffèrent. Il est possible de déposer jusqu'à 22 950 euros sur le Livret A et 12 000 euros sur le LDDS.

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Un plafond à revoir

En cas de fusion, Alexandre Holroyd suggère d’adapter « les plafonds » . « On pourrait imaginer un produit qui maintienne un haut niveau, autour de 30 000 euros ou un peu moins », se projette Philippe Crevel. De son côté, François Carlier propose d'augmenter la rémunération qui est aujourd'hui de seulement 0,5% mais en contrepartie de fixer un maximum de dépôts à 15 000 euros pour ne pas trop favoriser les foyers les plus aisés. En effet, aujourd'hui, l’encours moyen des Livrets A et des LDDS s’établit respectivement à 5 100 euros et 4 600 euros. « Plus de 50% des livrets contiennent moins de 1 500 euros et représentent seulement 2% des encours tandis que 10% des livrets dépassent le plafond et représentent 36% des encours », rappelle le rapport de Alexandre Holroyd. « Les ménages au patrimoine financier élevé l’utilisent comme une épargne de précaution, mieux rémunérée que les comptes sur livrets ordinaires (rémunération moyenne de 0,16%), ce qui les conduit à remplir ces livrets d’épargne jusqu’à leur plafond ».

Un risque : la défiance des épargnants

Pour autant, une éventuelle fusion devra être menée avec doigtée. Cette épargne réglementée a des atouts indéniables pour le grand public : ouverture sans condition de ressources, disponiblité des fonds déposés, garantie de l’Etat et fiscalité nulle sur les intérêts (environ 150 euros par an pour un Livret A plein).

« C’est un sujet très politique le livret A, insiste Philippe Crevel. C’est un symbole vieux de 200 ans » installé dans l'imaginaire collectif des familles. C’est le compte que l’on ouvre à la naissance d’un enfant en se projetant sur ses études ou son permis de conduire, même si aujourd’hui des alternatives plus rentables existent. « La confiance des épargnants est entamée et la période n’est pas propice aux placements longs, ni aux changements majeurs », pointe-il à la veille du couvre-feu annoncé par Emmanuel Macron pour lutter contre le Covid-19. « La moindre baisse de taux entraîne déjà un psychodrame. Réformer en profondeur les livrets A et DDS aurait un effet anxiogène et susciterait des réactions imprévisibles ».

(1) « Choisir une finance verte au service de l’Accord de Paris » , écho au texte signé à l’issue de la Cop21 de 2015, par le député LREM Alexandre Holroyd.