Le régulateur de l'énergie a plaidé mercredi pour qu'EDF soit contraint de céder plus d'électricité nucléaire bon marché à ses concurrents l'an prochain, afin de continuer à limiter la hausse des factures.

Pour contenir à 4% la hausse des prix de l'électricité pour les particuliers et les petits professionnels cette année, le gouvernement a déjà contraint EDF à vendre plus de son électricité nucléaire à bon marché dans le cadre du mécanisme baptisé Arenh (« accès régulé à l'électricité nucléaire historique »). Il a aussi fixé au niveau minimal une taxe sur l'électricité, la TICFE.

« Nous invitons clairement le gouvernement à prolonger ces mesures », a déclaré le président de la Commission de régulation de l'énergie (Cre), Jean-François Carenco, lors d'une conférence de presse.

Alors qu'EDF est normalement contraint de vendre 100 TWh à ses concurrents dans le cadre de l'Arenh, M. Carenco a proposé de remonter ce volume « à 130 » TWh pour l'année 2023.

Concernant le prix payé à EDF, « j'ai proposé que ce soit un peu plus élevé, à 49,50 » euros par mégawattheure, pour l'ensemble du volume, a-t-il précisé.

« Je souhaite que ce soit le plus vite possible », a ajouté M. Carenco, au sujet du calendrier de cette décision. « Avant l'été, ce serait vraiment bien », a estimé Dominique Jamme, le directeur général de la Cre.

« On évoquera 2023 à la rentrée dans le PLF (projet de loi de finance) 2023 », a cependant indiqué Bercy à l'AFP, renvoyant à des propos du ministre de l'Economie Bruno Le Maire en début de semaine. Il avait en effet lundi donné « rendez-vous à la rentrée » pour les mesures concernant l'année prochaine, en assurant vouloir « continuer à protéger les Français ».

« Un pansement sur une jambe de bois »

Cette année, EDF a déjà été contraint de vendre 20 TWh supplémentaires à ses concurrents, pour un total de 120 TWh, dans le cadre de l'Arenh. Le volume supplémentaire avait été payé 46,2 euros le MWh, contre 42 euros normalement.

Ces prix sont bien inférieurs à ceux en vigueur sur les marchés de gros de l'électricité, où ils ont flambé dans le sillage des cours du gaz, alimentés par la reprise économique mondiale puis la guerre en Ukraine, de ceux du carbone et des problèmes du parc nucléaire français.

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L'électricité pour livraison l'an prochain en France vaut actuellement plus de 300 euros le mégawattheure sur le marché européen EEX.

Le relèvement du plafond de l'Arenh cette année a été vivement combattu par EDF, dont le PDG Jean-Bernard Lévy a même lancé un recours contre la décision du gouvernement.

« Le seul objectif est d'avoir un prix de l'énergie qui rende nos entreprises compétitives et ne nuise pas à la cohésion sociale pour le consommateur individuel », a fait valoir M. Carenco.

Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la FNME-CGT, a qualifié les propositions de la Cre de « pansement sur une jambe de bois ». « Le problème, c'est le marché et en réaffirmant l'Arenh et ces volumes d'Arenh, on confirme le marché alors que c'est la source de tous nos maux. Donc on n'est vraiment pas favorable à ça », a-t-il déclaré à l'AFP.

Les syndicats d'EDF avaient attaqué la décision du gouvernement de relever le plafond de l'Arenh en référé devant le Conseil d'État, sans obtenir gain de cause dans l'immédiat.