Les disques, les photos, les billets de train, les cartes routières… De nombreux biens sont de plus en plus souvent utilisés sous une forme dématérialisée. Une tendance qui concerne également la carte bancaire. Explications.

La bonne vieille CB en plastique a de beaux jours devant elle ! Année après année, elle s’affirme comme le moyen de paiement préféré des Français. Le plus utilisé également (hors espèces), et pas seulement dans l’univers physique : 8 euros sur 10 dépensés dans les commerces électroniques le sont par carte bancaire.

Néanmoins, les banques sont de plus en plus nombreuses à proposer à leurs clients d’utiliser des versions digitales de leur CB. Qui sont-elles ? Pour quels usages font-elles la promotion de ces « cartes virtuelles » ? Nous avons fait le tour du marché.

Une carte virtuelle pour payer en ligne

Facile à transporter et à utiliser, fiable et (relativement) sûre : ce n’est pas un hasard si la carte bancaire plastique est plébiscitée. Elle affiche toutefois ses limites dès qu’il s’agit de régler des achats à distance, sur internet ou par téléphone. Son usage dans la sphère numérique entraîne en effet quelques risques supplémentaires de fraude. Les identifiants permettant de mener à bien une transaction à distance - le numéro unique + la date de fin de validité + le cryptogramme à 3 chiffres - sont en effet immuables, puisque gravés dans l’objet même. S’ils tombent entre les mains de cyber-criminels, les conséquences peuvent être très lourdes.

Pour limiter les risques, certaines banques vous proposent d'utiliser, à la place et à volonté, des cartes bancaires dématérialisées. Egalement rattachées à votre compte bancaire, elles disposent de numéros différents de ceux de votre carte plastique, ce qui évite de les exposer sur internet.

Intérêt supplémentaire de ces cartes virtuelles, elles sont taillées sur mesure : vous pouvez ainsi décider d’en faire un usage unique ou récurrent, de limiter leur durée de validité à quelques semaines, ou encore de plafonner le montant de dépenses qu'elles sont autorisées à effectuer.

Des caractéristiques qui permettent à la carte virtuelle d'avoir d’autres usages que le simple paiement en ligne. Certains consommateurs l’utilisent aussi pour garder le contrôle sur leurs abonnements numériques récurrents - Netflix, Spotify, etc. - ou sur leur budget d’achats en ligne. Exemple : un consommateur qui souhaite limiter son budget Amazon à 1 000 euros par an peut créer une carte virtuelle spécifique, avec montant de dépenses plafonné et durée de validité de 12 mois.

Dans quelles banques ?

Un des promoteurs de la carte virtuelle en France s’appelle Crédit Mutuel. Depuis 2003, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale propose gratuitement son propre service de carte virtuelle, baptisée Payweb Card. C’est le cas aussi, depuis 2005, de l’autre pan du groupe, Arkéa. Dès 2005, la banque bretonne a développé, en interne, sa propre solution, baptisée Virtualis. Avec des résultats probants : l’usage des paiements en ligne a décollé, et Arkéa revendique le plus faible taux de fraude de la place. Aujourd’hui, elle en fait profiter les clients de ses différentes marques : les Crédits Mutuels de Bretagne et du Sud-Ouest, mais aussi Fortuneo et Max.

D’autres enseignes disposent d’un service équivalent, proposé clé en main et de manière optionnelle et payante, par le réseau d’acceptation Visa depuis 1999, sous la marque « e-carte-bleue ». C’est le cas par exemple :

  • de la Caisse d’Epargne, au prix de 13,75 euros par an (1) en Île-de-France ;
  • à la Banque Populaire (12 euros par an dans le Grand Ouest) ;
  • à La Banque Postale, (13 euros par an, sauf pour les cartes Visa Platinum et Infinite) ;
  • à la Société Générale (12 euros par an).

Du côté des néobanques, les clients premium de Revolut peuvent eux aussi générer des cartes virtuelles éphèmères pour payer en ligne. Chez Lydia, la carte bancaire plastique est même optionnelle (et payante, 5 euros l’envoi) : l’application de paiement est centrée sur les cartes dématérialisées, disponibles instantanément par mobile ou en ligne.

Une carte virtuelle pour payer avec son mobile

Plus récemment, une autre catégorie de cartes virtuelles est venue enrichir l’offre des banques de détail : celles qui sont utilisées par les applications de paiement mobile comme Apple Pay, Paylib ou Samsung Pay. Plus précisément des clones numériques de votre carte bancaire, appelés dans le jargon des « tokens ».

Un des avantages de ces tokens, c’est qu’ils peuvent être utilisés indépendamment de la carte bancaire plastique. Même si cette carte bancaire n’existe plus ou pas encore : par exemple si elle n’a pas encore été fabriquée, ou si elle doit être remplacée, à la suite d’une opposition. Grâce à ces tokens, on peut payer sur le champ avec son mobile, sans contact et sans limite de montant, même si on vient juste d’ouvrir son compte et qu’on n’a pas encore reçu sa nouvelle carte. On peut aussi continuer à continuer à payer avec son smartphone, même si on a fait opposition sur sa carte plastique perdue ou volée.

Dans quelles banques ?

Les banques qui proposent des services basés sur la « tokenisation » de la carte bancaire sont encore assez rares. Récemment, la Société Générale a fait la promotion de la « carte digitale instantanée », à utiliser en cas de perte ou de vol de sa carte bancaire physique. Sa filiale de banque en ligne Boursorama Banque propose, elle, à ses nouveaux clients, d’utiliser leur nouvelle carte sur le champ, avant même qu’elle soit fabriquée, dans les services mobiles Apple Pay ou Google Pay. Même promesse chez la néobanque mobile allemande N26 : « utilisez votre carte avant même de l’avoir reçue ».

Plus d’infos sur les offres des néobanques mobiles

(1) Tarifs au 1ᵉʳ juillet 2020