Lancé en août 2015, Yomoni a 6 ans et gère désormais plus de 500 millions d'euros, un chiffre qui a doublé en un an. Comment expliquer ce décollage ? Bilan avec Sébastien d'Ornano, président exécutif du spécialiste de la gestion pilotée en ETF.

Sébastien d'Ornano, Yomoni vient de doubler en 12 mois ses encours sous gestion. Comment expliquer ce succès ?

Sébastien d'Ornano : « Nous avons tenu notre promesse : celle de dépasser les offres traditionnelles, en termes de performance, grâce aux ETF (1) et à des niveaux de frais 2 ou 3 fois inférieurs. A risque égal, les mandats Yomoni battent 95% à 96% des fonds traditionnels. Cela tient à notre savoir-faire en matière d'allocation d'actifs, mais également au fait que nous partons tous les ans avec un point de rendement d'avance sur les autres grâce à notre politique de frais. Cette promesse tenue a permis d'enclencher un cercle vertueux : aujourd'hui, 40% de nos nouveaux clients viennent à nous sur la recommandation d'un proche. »

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Le marché, il faut dire, est porteur...

Sébastien d'Ornano : « Effectivement, notre activité profite aussi de causes exogènes. Après le déclenchement de la crise du Covid, le rebond a été rapide et très fort. Depuis, les marchés restent sur une tendance très positive et logiquement, les Français sont tentés de rejoindre la bourse. La surépargne consécutive à la crise est par ailleurs très concentrée sur les CSP+. Ces derniers n'ont généralement pas de problème de liquidités et sont donc prêts à investir cet argent, en prenant quelques risques pour aller chercher du rendement. Dans ce contexte, nous profitons donc de l'absence d'alternatives, et notamment de l'étoile pâlissante du fonds euros. »

A qui, aujourd'hui, Yomoni s'adresse-t-il ?

Sébastien d'Ornano : « Nous touchons justement ces CSP+, dans 4 secteurs d'activité en particulier : la finance — les premiers à venir sur la plateforme ont été des banquiers -, la tech, le conseil et la santé. 70% de nos clients sont des trentenaires qui font leurs premiers investissements dynamiques. Notre objectif est de les accompagner dans la durée. Les autres sont plutôt des quadras ou des quinquas, déjà accompagnés par des réseaux traditionnels ou des conseillers en gestion de patrimoine, qui viennent chez nous pour diversifier leur patrimoine financier avec une offre ETF que les autres ne proposent pas. Le rapport est inversé en termes d'argent placé : les premiers représentent, en gros, 30% des encours gérés, les seconds 70%. »

Yomoni assume un rôle d'évangélisation sur les ETF et la gestion indicielle. Cela porte-t-il ses fruits ?

Sébastien d'Ornano : « L'appétence pour les fonds indiciels reste très faible en France. Ces derniers représentent aujourd'hui 2 à 3% du portefeuille financier des particuliers, contre plus de 50% aux Etats-Unis. Nous restons toutefois persuadés qu'il s'agit d'une lame de fond. »

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Comment expliquer cet écart ?

Sébastien d'Ornano : « L'épargnant français est généralement très intéressé par la fiscalité, beaucoup moins par les marchés financiers. Je vais sans doute être un peu dur, mais je pense que les réseaux traditionnels ont leur part de responsabilité. La qualité du service en matière d'épargne y laisse beaucoup à désirer. Le client français est encore souvent orienté vers des placements très conservateurs, souvent plus intéressants pour sa banque ou son conseiller que pour lui-même. »

Une autre caractéristique du marché français est la lourdeur des frais pratiqués sur les placements...

Sébastien d'Ornano : « Oui, c'est une autre spécificité. Les services du quotidien — le compte bancaire, la carte, etc. - y sont moins chers qu'à l'étranger. Les banques ont tendance à se refaire sur l'épargne, en chargeant lourdement en frais de gestion. Quand de telles habitudes ont été prises depuis longtemps, il est difficile de revenir en arrière. On l'a encore constaté avec le Plan épargne retraite (PER) : la place s'est tirée une balle dans le pied en tapant très fort sur les frais. C'est pour cela que Yomoni a choisi de proposer son propre PER compte-titres, avec une tarification de 1,3% par an, comme ses autres produits, ce qui nous rend beaucoup moins cher que les autres. Nous sommes l'aiguillon qui montre que c'est tout à fait possible. »

Plus généralement, la crise sanitaire a-t-elle permis à valider votre modèle ?

Sébastien d'Ornano : « Nos clients ont effectivement apprécié notre capacité à les accompagner dans ce moment clé. Lorsque les marchés se sont écrasés, nous avons été très pro-actifs pour expliquer à nos clients que c'était le pire moment pour désinvestir et qu'il fallait rester disciplinés. Ils nous ont presque tous suivis et ne l'ont pas regretté. Le Covid a permis d'inverser le paradigme. Les offres en ligne se sont avérées les plus disponibles et les plus proches du client, tandis que les acteurs traditionnels étaient désorganisés, voire totalement absents. »

(1) Les ETF (Exchange Traded Funds) sont des « paniers » d'actions ou d'obligations conçus pour répliquer les performances d'un indice boursier de référence, par exemple le CAC 40.