Le prix du bitcoin s’est effondré depuis avril, passant de 65 000 dollars à 35 000 actuellement. Est-ce le signe que la plus célèbre des cryptomonnaies va tomber dans les oubliettes ? Pas si sûr, car le bitcoin est déjà mort 422 fois…

Ces dernières semaines, l’euphorie a fait la place à un certain sentiment d’attente voire de crainte sur le marché des cryptomonnaies et de la plus célèbre d’entre elles : le bitcoin. La chute de 50% qui a suivi son pic du 14 avril, à près de 65 000 dollars, est en effet venue mettre un terme à une démentielle envolée de +117% depuis le début 2021 et même de +580% depuis juillet 2020. Actuellement sa valorisation oscille entre 30 000 et 35 000 dollars, soit son niveau de janvier 2021, pour une capitalisation en chute de 1 000 milliards de dollars par rapport au point culminant d’avril.

Pour Vincent Boy, analyste de marché chez IG France, c’est l’introduction en bourse retentissante de Coinbase, l’une des principales plateformes d’achat-vente de cryptomonnaies, qui a déclenché cette baisse brutale. Cette perspective, allant dans le sens d'une institutionnalisation des acteurs cryptos, a attiré les crypto-investisseurs, dopant la hausse des cours. Ceux entrés sur le marché précédemment, à des niveaux plus faibles, en ont profité pour vendre à très bon prix leur bitcoin. Ces circonstances lui rappellent celles de fin 2017 lors de l’explosion de la dernière bulle sur le bitcoin. « En décembre 2017, il y avait eu une cassure le jour de l’arrivée des futures sur bitcoin [contrats à terme qui permettent de spéculer sur les variations de prix à la hausse comme à la baisse, ndlr]. Le point culminant à 20 000 dollars alors atteint avait été suivi de presque 3 années de désintéressement. De façon analogue, ce lien entre la finance et le marché des crypto-actifs s’observe à nouveau. L’entrée en bourse de Coinbase mi-avril, correspondant au plus haut historique du bitcoin, a lancé un mouvement de prise de bénéfices », explique à MoneyVox Vincent Boy. « C’est possible que cela ait joué, souligne Giulia Mazzolini, directrice France du courtier autrichien en cryptomonnaies Bitpanda. Mais nous aurions eu quand même une correction tôt ou tard. Elle était prévisible compte tenu de la hausse très rapide qui l’a précédée. C’est même plutôt un signe de santé ».

marché du bitcoin et crypto
cours Coingecko, graphique MoneyVox, juillet 2021

Tour de vis réglementaire

Suite à ce krach mi-avril, un enchainement d’événements négatifs ont accompagné le repli du bitcoin, comme l’interdiction au Royaume-Uni de Binance, la plus importante plateforme de cryptomonnaies, suspectée d’enfreindre la réglementation, mais surtout le tour de vis décrété en Chine. En mai, le parti communiste chinois a en effet décidé la fermeture des comptes bancaires des crypto-investisseurs et l’interdiction du minage sur son territoire, ce calcul informatique indispensable pour émettre du bitcoin et valider les transactions. Or, 60% du minage était effectué en Chine. Cela a donc provoqué une baisse importante de la vitesse des transactions, le temps que le protocole informatique s’adapte au repli de la puissance de calcul. Cela s'est aussi accompagné d'une chute de son prix. Durant la seule journée du 19 mai, le bitcoin a ainsi perdu 13% de sa valeur.

« La décision chinoise n’est pas surprenante, cela fait longtemps que le pouvoir chinois menaçait l’écosystème bitcoin », souligne Manuel Valente, directeur scientifique de la plateforme française Coinhouse. En effet, dès 2013, Pékin voulait bannir le bitcoin. Rebelote en 2016, en 2017 et en 2019 où la Chine annonçait des tours de vis. « Cette fois, on a l’impression que c’est du sérieux. Mais les implications ne sont pas pour autant monstrueuses, assure Manuel Valente. Les mineurs sont en train de déménager leur matériel dans des zones plus clémentes, au Kazakhstan, au Texas, également, aussi surprenant que cela puisse paraître », détaille le directeur scientifique de l’ex-Maison du bitcoin.

La prise de position de la Chine pourrait toutefois nourrir les velléités réglementaires d’autres pays. « Les banques centrales et les États commencent à s’inquiéter de l’engouement pour les cryptomonnaies. La Chine a pris le leadership de la lutte contre la spéculation. Pour une raison très simple, elle veut promouvoir l’e-yuan dont elle pourra contrôler tous les échanges », analyse Marc Fiorentino co-fondateur de Meilleurplacement. Plus proche de nous, le gouverneur de la Banque de France a appelé fin juin l'Union européenne à adopter rapidement un cadre réglementaire pour les crypto-actifs. « Je dois souligner ici l'urgence : il ne nous reste plus beaucoup de temps, un ou deux ans », a ainsi déclaré François Villeroy de Galhau.

Dans ce contexte, les prises de position plus favorables à l’écosystème crypto, comme le 9 juin lorsque le Salvador a fait du bitcoin une monnaie officielle sur son territoire, n’ont pas suffit à déclencher une nouvelle euphorie sur le bitcoin, ni sur les autres principales cryptomonnaies. Pas surprenant, « les mouvements sont très corrélés. Si le bitcoin tombe, les autres crypto-actifs tombent aussi », note Vincent Boy d’IG France. Cela peut se produire avec un décalage de quelques jours (voir infographie). « Ce point de la réglementation est important [fiscalisation, encadrement de l'effet de levier, de l'achat-vente par exemple, ndlr]. Car la régulation peut freiner la spéculation. Or le bitcoin est d’abord et surtout un actif spéculatif », renchérit l’analyste d’IG France.

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Les spéculateurs évincés du marché

Il y a en effet deux types d’acteurs sur le marché de la crypto : les investisseurs de long cours et les spéculateurs qui utilisent des produits dérivés pour faire de l’effet de levier. C’est-à-dire s’endetter pour investir plus et accroitre leurs gains potentiels, mais aussi leurs pertes possibles. En cas de retournement de marché, si le compte de trading du spéculateur tombe dans le rouge, il lui est alors demandé de verser de l’argent (dans le jargon financier, cela s’appelle le « margin call ») ou de clôturer ses positions. Les mouvements qui en découlent peuvent alors déclencher des ventes en chaîne. « C’est ce qu’il s’est passé la journée du 19 mai », analyse Julien Moretto, responsable du contenu et de la communication de Coinhouse.

« En revanche, les gros portefeuilles, qui croient sur le long terme au bitcoin, ne paniquent pas. Les baleines [le nom donné aux gros investisseurs, ndlr] qui ont entre 1 000 et 10 000 bitcoins [ce qui équivaut au cours actuel entre 35 et 350 millions de dollars, ndlr] ont baissé entre février et avril. Depuis la mi-mai, quand le cours est retombé à 35 000, cette quantité de très gros portefeuilles n’a pas diminué. Leur nombre reste aujourd’hui stable à 2 200 », poursuit Julien Moretto. Preuve, selon lui, qu’il n’y a pas péril en la demeure malgré la baisse du bitcoin ces dernières semaines.

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A l’inverse, les petits investisseurs ont été plus nombreux à quitter le marché. Le nombre de portefeuilles détenant entre 0,1 et 0,5 bitcoin [valant aujourd’hui entre 3 500 et 17 500 dollars, ndlr] a baissé de 100 000 en juin. A son niveau, le courtier plutôt grand public Bitpanda observe aussi ce moindre engouement. « Nous avons 30% de moins de personnes qui se sont enregistrées en juin par rapport à avril-mai », selon Giulia Mazzolini.

Un bitcoin qui s’est institutionnalisé

Mais, ni Bitpanda, ni Coinhouse ne semblent craindre le surcroît de réglementation. « La réglementation est un gage de confiance pour les investisseurs. Cela signifie qu’il y a des institutions qui supervisent l’industrie », assure la directrice France de Bitpanda. « On ne se tourne pas en Europe vers l’interdiction des transactions. L’UE travaille sur une réglementation unique, un encadrement de l’écosystème, dans le cadre du projet MICA [marché de crypto-actifs, ndlr]. C’est une bonne chose, car l’Europe se rend compte qu’il y a derrière des emplois et des champions européens à faire émerger », complète Manuel Valente de Coinhouse. La France a d’ores et déjà créé, via la loi Pacte de mai 2019, les prestataires de services sur actifs numériques qui doivent s’enregistrer auprès de l’Autorité des marchés financiers pour exercer. Au 1er juillet, une vingtaine d’enregistrements ont été validés, dont Coinhouse et Bitpanda.

C’est pourquoi, aucunes des personnes sollicitées ne prédit la disparition du bitcoin. « Technologiquement parlant, il est impossible d’arrêter le bitcoin. Tant qu’internet fonctionne, le bitcoin continuera de fonctionner, ironise Manuel Valente. Le bitcoin restera un outil de diversification du patrimoine. Chez Coinhouse, 99% de nos clients viennent dans un but d’investissement et non pour s’en servir de monnaie d’échange, sa raison d’être initiale », poursuit le directeur scientifique du courtier en crypto. « Je ne pense pas que le bitcoin dépassera les 100 000 dollars comme certains le prédisent. Mais, je ne crois pas non plus qu’il tombera à 1 dollar. Il restera un marché à part entière, un actif spéculatif, mais ne disparaîtra pas », estime également Vincent Boy d’IG France. Pour l’anecdote, d’après le site 99Bitcoins qui recense les principales prises de parole contre la mère des cryptomonnaies, il y a déjà eu 422 prophètes malheureux de la mort du bitcoin depuis 2010. Parier donc sur la fin du bitcoin est un exercice périlleux. Surtout que 2020 a marqué l’entrée d’institutionnels sur ce marché et d’entreprises cotées, comme MicroStrategy ou Tesla, qui ont placé une partie de leur trésorerie en bitcoins.

Attention au seuil des 27 000 dollars

Dans l’immédiat, qu’attendre du cours du bitcoin ? Il s’agit d’un actif dont le prix fluctue d’un jour à l’autre (au gré aussi des tweets d’Elon Musk, le patron de Tesla « meilleur ennemi » du bitcoin) ce qui rend complexe tout pronostic à court terme. L’observation de ses valeurs passées peut néanmoins permettre de déceler des seuils, des fourchettes de prix, à scruter qui pourraient déclencher une nouvelle chute de prix. « En juin, le bitcoin était redescendu quelques instants à 27 000 dollars. C’est ce niveau-là qu’il faut préserver. En dessous la situation pourrait se dégrader », explique ainsi Julien Moretto de Coinhouse.

Autre seuil à surveiller, celui des 20 000 dollars. « Il est assez psychologique car c’était le point culminant de 2017 », explique Vincent Boy. C’est en effet après le passage de cette barre, mi-décembre 2020, que le cours du bitcoin s’était envolé (sa valeur avait doublé en 3 semaines). En revanche, repasser en dessous pourrait provoquer des ventes en cascade, comme cela s’est déjà produit début 2018. Ce type d’analyse empruntée à la finance traditionnelle ne fait toutefois pas consensus dans la communauté des crypto-investisseurs.

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