Verdir la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas un choix mais une obligation, en vertu des traités européens, a déclaré jeudi une haute responsable de l'institution, alors que la question fait débat.

Le traité sur le fonctionnement de l'UE « permet non seulement, mais oblige la BCE à prendre en compte le changement climatique », a estimé Isabel Schnabel, membre du directoire de l'institution, lors d'un discours.

Le premier objectif de la BCE, en vertu de son mandat, est de veiller à la stabilité des prix, gage d'un bon fonctionnement de l'économie. Pour cela, un objectif de taux d'inflation « proche mais inférieur à 2% » est recherché.

De ce rôle de gardien des prix découle, selon la responsable, un devoir de tenir compte du réchauffement climatique.

La question n'est plus de savoir « si mais quand » les changements à l'œuvre sur la planète auront un impact sur la stabilité des prix, et donc sur l'action de la Banque centrale, explique-t-elle.

« Notre mandat exige que nous évaluions de façon minutieuse dans quelle mesure la BCE peut et doit 'écologiser' ses opérations de politique monétaire », ajoute la banquière centrale allemande.

Certaines pistes ont déjà été évoquées : faire en sorte que les rachats de dette publique et privée privilégient des émetteurs ayant une emprunte carbone faible, ou favoriser les actifs « verts » apportés en garantie contre des financements.

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Les partisans d'un tel virage vert soutiennent que le réchauffement climatique entraînera « des changements exceptionnellement importants et partiellement irréversibles dans les économies », rappelle Mme Schnabel.

Les opposants estiment pour leur part que les risques induits par le changement climatique sur la stabilité des prix ne se manifesteront pas avant longtemps et qu'en voulant les contrecarrer, l'institution de Francfort remettrait en cause son indépendance.

Le changement climatique compte parmi les sujets que la présidente de la BCE Christine Lagarde souhaite intégrer au vaste chantier de révision stratégique du mandat de la banque. Celui-ci a été lancé peu après son arrivée, fin 2019, mais ses résultats ont été repoussés à la seconde partie de 2021 en raison de la pandémie.