Les innovations en matière de paiement se multiplient avec pour objectif de vous simplifier la vie. Jusqu'où iront-elles ? Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor, livre son analyse.

Le propre d’un monde digital, c’est que tout ou presque peut y être interconnecté. La continuité y devient un élément essentiel et elle fait viser une sorte d’idéal : le « sans coutures », le « sans frictions ». Cela désigne la possibilité de faire des choses différentes ou d’accomplir les étapes successives d’une même démarche sans rupture, sans être arrêté en quoi que ce soit.

Ainsi, dans le cadre d’un déplacement, cela signifie pouvoir régler ses dépenses et changer de mode de transport sans avoir à acheter matériellement un billet ou même sans avoir à utiliser de moyens de paiement, puisqu’après tout notre carte bancaire ou notre mobile et les moyens de transports eux-mêmes peuvent nous connecter avec le monde entier.

Cette perspective a fait naître l’idée d’équiper et de connecter les voitures pour qu’on puisse effectuer des paiements sur la route (péages, carburant, stations-services, drive, etc.) à partir du véhicule et sans avoir à utiliser nos moyens de paiement habituels. Le télépéage existait déjà, on a voulu en étendre le principe à d’autres achats. Cela paraît commode mais ce n’est pas forcément une très bonne idée car cela suppose des équipements particuliers, tout en suscitant l’apparition d’une multitude de solutions concurrentes et exclusives, sources de nouvelles frictions. Pratiquement chaque constructeur automobile développe son wallet connecté en effet. Sans parler d’autres acteurs comme Amazon, avec une version spécifique de son assistant vocal : Echo Auto.

Il paraît plus judicieux d’étendre à de nouveaux domaines l’usage d’un outil existant. Ainsi, pourquoi acquérir avec sa carte bancaire un titre de transport quand il suffirait de régler le voyage directement à la borne de contrôle avec la même carte ? En gérant à partir de son appli bancaire tout ce qui concerne les programmes de réduction, de fidélité ou la conservation de justificatifs.

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Des enjeux considérables

Et pourquoi ne pas étendre ce principe à tous les modes de mobilité qui peuvent être utilisés ? Pour cela, il faudrait coupler le paiement à un système de réservation multi-transports, avec calculs d’itinéraires, proposition de solutions alternatives, etc. C’est ce que recouvre l’open payment, depuis son lancement aux JO de Londres en 2012. Et c’est ce qu’a favorisé la loi d’orientation des mobilités de 2019, en ouvrant largement l’accès aux activités de billettique.

En France, la première initiative a été lancée à Dijon en 2018 mais, quoique de nombreuses autres agglomérations se soient emparées du sujet depuis, les choses avancent lentement. C’est que l’enjeu est considérable. Il ne s’agit pas seulement de transformer les cartes bancaires et les mobiles en pass universels de transport (ce qui n’est déjà rien de simple !), il faut définir de véritables agrégateurs de mobilités.

Cela suppose de nombreux partenariats et cela pose la question des acteurs capables de jouer le rôle d’initiateurs et de coordinateurs. Parce que la fonction de paiement est centrale, les banques semblent assez désignées pour remplir ces deux rôles. Mais cela les projette très au-delà de leurs activités traditionnelles. De sorte que d’autres acteurs pourraient s’emparer du marché. Grands opérateurs de paiements (Mastercard, Paypal, etc.) ou startups de Mobility as a service, comme les Anglais Citymapper ou les Lituaniens Trafi (déjà présents notamment à Berlin et Zurich).

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Des billets de train invisibles

Par ailleurs, l’expérience de transport que dessinent ces solutions n’est pas tout à fait sans rupture. Il faut toujours passer par des valideurs, différents selon les transports. Est-ce vraiment utile ? Pour la banque ING, qui a retenu le principe des courses Uber, la réponse est non. Avec ses Invisible tickets (en test avec N Train aux Pays-Bas), vous vous installez simplement dans le train que vous voulez prendre et c’est tout ! L’appli bancaire sur votre mobile va s’occuper de tout : détection par capteurs de votre trajet, règlement direct par débit de votre compte bancaire, gestion des justificatifs, etc. Vous n’avez plus rien à faire !

Cette solution (proche de celles que développe également la startup allemande MotionTag) représente plus qu’une commodité. Elle change radicalement notre façon de vivre. Nous passons sous une observation invisible et permanente de nos déplacements. Nous n’avons plus de réassurance immédiate quant à la réalité du paiement. Nos habitudes sont complètement chamboulées. De sorte que des solutions de ce type ne paraîtront pas forcément très attrayantes dans un premier temps.

Le moindre effort

De fait, elles présentent sans doute un grand défaut en ne visant qu’un seul objectif : le moindre effort. Pour nous installer dans une passivité qui n’a d’égale que la confiance quasi-absolue dans la technologie qui est alors réclamée. Il est douteux que cela puisse suffire pour provoquer l’adoption rapide de nouveaux modes de vie, si cela ne suscite pas également de nouveaux usages. A l’instar des agrégateurs de mobilité, qui restent à bâtir.

Revenons également sur les voitures connectées. Jaguar a eu l’idée de développer un smart wallet qui permet au véhicule… de gagner son propre argent (essentiellement en vendant les données diverses qu’il collecte). Ou comment la connectivité permet d’introduire un usage tout à fait innovant. Fondé lui-même sur le concept radicalement nouveau d’objets financièrement autonomes. Un concept qui prend tout son sens sous la perspective de l’économie du partage. Mais ceci est déjà une autre histoire.

Guillaume Alméras
© 2021 Guillaume Alméras

Guillaume Alméras est fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor, en partenariat avec Carlin Creative Trends, premier bureau international de tendances.