Le chèque est devenu en 2019 le moyen de paiement, hors espèces, le plus exposé à la fraude en France, devant la carte bancaire. Voici à quoi ressemble cette fraude, et comment s’en prémunir.

Comme chaque année, l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France vient de publier ses chiffres. Et concernant le chèque, ils ne sont vraiment pas bons. L’an dernier, les montants détournés grâce au chèque ont augmenté de 20%, pour atteindre 539 millions d’euros. Et ce malgré le recul de 9% de son usage.

Résultat : le chèque ne représente plus que 6% des paiements hors cash, mais 46% du montant total de la fraude ! Il est ainsi devenu le moyen de paiement le plus risqué, devant la carte bancaire. Son taux de fraude - c’est-à-dire le coût de la fraude rapporté au volume total des paiements par chèque - atteint 0,066%. Ce qui signifie qu’un euro est capté par les fraudeurs tous les 1 510 euros payés. Surtout, le préjudice subi par les victimes est de plus en plus lourd : le montant moyen d’un chèque frauduleux a atteint l’an passé 2 938 euros.

Pourquoi la fraude sur le chèque explose-t-elle ?

Bien qu’en déclin, le chèque reste encore très largement utilisé en France, plus que dans aucun autre pays en Europe et sans doute dans le monde : nous en avons encore signé près de 1,6 milliard en 2019, pour un montant de 814 milliards d’euros. Seul moyen de paiement gratuit, il reste notamment utile pour régler des montants élevés, qui dépassent votre plafond de carte bancaire.

Le chèque paye toutefois ses insuffisances de sécurité : il est en effet, de loin, le moyen de paiement le plus facile à détourner. Plus, notamment, que la carte bancaire, dont les progrès dans le domaine vont croissant grâce à l’usage de dispositifs d’authentification renforcés. Il constitue donc une aubaine pour les fraudeurs, qui se reportent de plus en plus sur lui.

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Quelle forme prend la fraude sur le chèque ?

La forme la plus fréquente (55% des montants fraudés) est l’utilisation de chèques perdus ou volés. Le fraudeur utilise alors le chéquier pour régler des achats, ou encaisser des chèques, sur un compte ouvert sous une fausse identité ou sur celui d’un tiers. Les fraudeurs utilisent parfois des « mules », des personnes recrutées sur les réseaux sociaux et chargées, contre la promesse d’une rémunération, d’encaisser les chèques frauduleux sur leurs propres comptes bancaires, puis de leur reverser les fonds. Une forme de complicité qui constitue un délit passible de poursuites judiciaires.

Dans 27% des cas en 2019, la fraude est liée à la falsification d’un chèque émis : le fraudeur modifie le montant ou le bénéficiaire d’un chèque valide. Enfin, la contrefaçon de chèques, c’est‐à‐dire l’encaissement de chèques fabriqués de toutes pièces par le fraudeur, représente 14% des montants fraudés, contre 8% en 2018.

Comment sécuriser vos chèques ?

Face à l’explosion de la fraude, La Banque de France va réunir les banques, les commerçant, les entreprises et les commerçants pour étudier des pistes de renforcement de la sécurité du chèque. Mais elles ne seront pas présentées avant un an. En attendant, il faut donc faire preuve de vigilance ! Voici quelques conseils pour protéger vos chèques.

Attention aux envois de chéquier par courrier ! - Il arrive que les chéquiers soient volés avant même d’arriver entre vos mains. A la poste, par exemple, ou dans votre boîtes à lettre. Si vous avez choisi de les recevoir par courrier - c’est nécessairement le cas si vous êtes clients d’une banque en ligne -, soyez vigilants. A partir du moment où votre banque vous avertit de l’envoi, surveillez votre boîte à lettres. Et si le chéquier n’arrive pas dans un délai raisonnable (2 ou 3 jours), n’hésitez pas à prévenir le service clients. Enfin, si vous n’avez pas confiance dans votre facteur, n’hésitez pas à opter pour un envoi en recommandé, généralement payant mais rassurant.

Lorsque vous émettez un chèque : attention à la manière de le remplir ! La meilleure façon d’éviter de voir un de vos chèques falsifié est d’être rigoureux au moment de de le remplir :

  • évitez les ratures ;
  • inscrivez le nom du bénéficiaire et les montants en chiffres et en lettres sans laisser d’espace libre, et tirez un trait sur l’espace restant non utilisé.
  • ne laissez rien en blanc, pas même la date et le lieu ;
  • ne faites pas déborder la signature sur la ligne de chiffres en bas du chèque ;
  • et bien sûr, ne signez jamais un chèque en blanc !

Il arrive encore que certains commerces remplissent automatiquement les chèques : dans ce cas, vérifiez bien le montant et les autres mentions indiquées avant de le signer.

Lorsque vous recevez un chèque, soyez vigilants ! Vérifiez bien que toutes les mentions obligatoires y figurent :

  • la signature de l’émetteur du chèque ;
  • le nom de la banque qui doit payer ;
  • l’indication de la date et du lieu où le chèque est établi ;

Idéalement, le chèque doit être également être exempt de ratures ou de surcharges, qui peuvent vous indiquer une origine frauduleuse.

Enfin, si vous recevez un chèque de banque, une pratique encore courante pour les achats entre particuliers, n’hésitez pas à contacter la banque émettrice en recherchant par vous‐même ses coordonnées (sans vous fier aux mentions présentes sur le chèque) pour en confirmer la validité avant de finaliser la transaction.

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