La Banque centrale du Brésil devrait maintenir mercredi son taux directeur à 2%, mettant un terme à une série de neuf réductions consécutives, le temps d'évaluer le rythme de la reprise après la crise du coronavirus, estiment la plupart des analystes.

Ce taux, qui s'élevait encore à 6,5% en juin 2019, devrait demeurer à 2%, son plancher historique, au moins jusqu'à la fin de l'année.

Le Comité de politique monétaire (Copom) de la Banque centrale l'a abaissé de 0,25 point en août, laissant entendre qu'il restait une marge pour une nouvelle réduction « légère ».

Mais cette marge semble avoir disparu « en raison d'une reprise plus rapide (que prévu) de l'économie et de l'augmentation de l'inflation », estime Pedro Paulo Silveira, du cabinet Nova Futura Investimentos.

À première vue, l'inflation n'a pas atteint de niveau préoccupant, à 0,7% de janvier à août, avec une prévision à 1,94% sur l'année 2020, bien en-dessous de l'objectif de 4%, avec un plancher à 2,5%.

Mais ce taux d'inflation moyen masque une augmentation très forte du prix des aliments (6,1% sur les premiers mois de l'année), une véritable flambée pour les incontournables des repas quotidiens au Brésil, comme le riz (+19,3%) ou les haricots noirs (28,9%).

Une hausse provoquée notamment par un boom des exportations, surtout vers la Chine, en raison de la dépréciation du réal brésilien, qui a perdu 27% de sa valeur face au dollar en un an.

La demande du marché intérieur a également augmenté, grâce à l'allocation de 600 réais (environ 96 euros) versée cinq mois durant par le gouvernement à plus de 60 millions des 212 millions de Brésiliens, pour limiter l'impact économique de la crise sanitaire sur les plus pauvres.

Les milieux d'affaires sont par ailleurs inquiets face aux difficultés du gouvernement du président Jair Bolsonaro à faire avancer son programme de réformes d'austérité, alors que la dette, qui représentait 75,8% du PIB en 2019, devrait avoisiner les 100% d'ici la fin de l'année.

C'est pourquoi la Banque centrale devrait mettre fin au cycle de réductions du taux directeur par « prudence », selon Mauro Rochlin, professeur d'économie à la Fondation Getulio Vargas, pour qui une hausse de l'inflation plus importante que prévue « ne serait pas une surprise ».

Le pays est entré en récession au deuxième trimestre, avec une contraction de 9,7% du PIB, un record, mais les prévisions étaient initialement plus pessimistes.

Après avoir tablé sur un recul de 6,48% pour 2020 en juin, les analystes ont relevé cette prévision à -5,11%.

Mais les incertitudes persistent, dans le deuxième pays le plus endeuillé par le Covid-19, après les Etats-Unis, avec 132.000 morts. La courbe des décès commence à donner des signes d'inflexion, mais les épidémiologistes craignent une nouvelle vague.

Et la reprise économique pourrait être freinée par la diminution de l'allocation aux plus pauvres à 300 réais en septembre.