Les constructeurs gagnent beaucoup d'argent sur les réparations des véhicules, dont le prix augmente année après année. Résultat, les conducteurs paient leur prime d'assurance auto de plus en plus cher. Mais un texte de loi devrait bientôt changer la donne.

Les constructeurs automobiles sont-ils responsables de l'augmentation continue des cotisations d'assurance auto ? On peut se poser la question. En effet, la hausse du prix des pièces détachées est l'un des principaux arguments mis en avant pour justifier la hausse de la prime d'assurance auto chaque année alors que dans le même temps le nombre de sinistres déclarés baisse (-20% en 2020).

Selon Sécurité et Réparation Automobile (SRA), un organisme proche des assureurs, le prix des pièces de rechange des voitures a flambé de 5,8% en 2020 : +7% pour Peugeot, +2% pour Renault et +7% pour Citroën. Les constructeurs français sont ceux qui pratiquent les hausses les plus élevées d'Europe sur les pièces détachées, affirme d'ailleurs la Fédération de la distribution automobile (Feda).

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Jusqu'à 780 euros pour changer un rétroviseur

Ainsi, un rétroviseur manuel de base est facturé entre 126 et 164 euros. Avec la version réglable électriquement, il faudra débourser jusqu'à 300 euros et même 417 euros sur un modèle rabattable. Pour les véhicules les plus haut de gamme de chez Mercedes, Audi, BMW ou Tesla, cette pièce peut atteindre 780 euros, pointe le cabinet Facts & Figures.

Des prix exorbitants que l'on retrouve aussi pour un pare-choc dont le prix va de 367 euros pour une Twingo à 692 euros pour une Peugeot 508. La voiture préférée des Français, la Clio, n'est pas en reste puisque le prix de cette pièce peut atteindre 565 euros en France contre... 100 euros en Allemagne par exemple, selon un assureur interrogé par MoneyVox.

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La stratégie Nespresso

Cyrille Chartier-Kastler, président fondateur de Facts & Figures souligne que « les ventes massives de SUV, l'essor des véhicules électriques comme de nouveaux venus tels Tesla et leurs pièces détachées hors de prix conduisent à une hausse des risques pour les assureurs. » Pour cet expert du domaine de l'assurance, les constructeurs ont adopté Ia « stratégie Nespresso », au détriment des assurés et des assureurs. Des marges réduites sur un véhicule neuf mais un entretien et des réparations facturés au prix fort à l'image du prix des capsules de café vendues par Nespresso. Une politique dénoncée par les assureurs car elle fait augmenter le coût des sinistres et donc des primes d'assurance des 38 millions d'automobilistes.

En 2018, Mediapart révélait ainsi que Renault et PSA avaient artificiellement gonflé les prix de leurs pièces détachées pour un coût reporté sur les automobilistes évalué à 1,5 milliard d'euros en 10 ans. Les pièces détachées dites captives (ailes, capots, pare-chocs, pare-brise, feux, rétroviseur, etc.) et pour lesquelles le contructeur a une exclusivité de production, étaient facturées jusqu'à 5 fois leur prix de revient. Les deux groupes n'avaient pas répondu aux questions du média en ligne.

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Interrogé par MoneyVox, le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) botte en touche et estime que la hausse du prix des pièces détachées est surtout liée à la « diversité accrue des modèles demandés par les consommateurs ».

Une économie moyenne de 80 euros par an

Un argument que ne partage pas vraiment Damien Pichereau. L'ancien député LREM s'était saisi de ce dossier et avait présenté l'an dernier une proposition de loi visant à libéraliser le marché des pièces détachées. Il a finalement obtenu gain de cause avec l'article 32 de la loi « climat et résilience » qui va entrer en vigueur à compter de janvier 2023. Une mesure qui met fin en partie au monopole légal des constructeurs.

En clair, « les pièces visibles commes les rétroviseurs, le capot ou le pare-choc ne seront plus protégées et toutes les pièces de vitrage seront totalement ouvertes à la concurrence. Les autres équipementiers pourront quant à eux produire et commercialiser ces pièces à l'issue d'une période de dix ans à compter de l'enregistrement du dessin ou du modèle de la pièce » contre vingt-cinq ans actuellement, se félicite Mathieu Séguran, le délégué général de la Feda. Il espère ainsi une baisse de 30 à 40% du prix des pièces détachées.

« Les compagnies d'assurance n'en peuvent plus d'être montrées du doigt mais ce texte les obligera à rendre du pouvoir d'achat aux consommateurs. En moyenne, chaque Français devrait pouvoir économiser 80 euros par an sur son assurance », estime Damien Pichereau. Cette loi est « essentielle pour limiter les augmentations de prime », confirmait Nicolas Gomart, vice-président et directeur général de la Matmut à MoneyVox à l'occasion d'une conférence de presse au printemps 2021. « Cette démarche doit garantir des prix plus accessibles pour les assurés », abonde Fabien Soccio, spécialiste du secteur chez le courtier Meilleurtaux.

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Le prix de la main-d'œuvre flambe aussi

L'utilisation de pièces détachées de plus en plus coûteuses sur des véhicules bourrés de technologie a aussi comme conséquence une hausse du prix de la main-d'œuvre : +11% en 2020. Les mécaniciens toujours plus qualifiés en électronique demandent aussi des salaires plus élevés qui se répercutent sur la facture. Résultat, une heure d'intervention est facturée entre 66 euros à 136 euros selon le baromètre annuel de l'Argus, qui se base sur les pratiques de 15 000 ateliers en France.