Le changement de banque ? Un jeu d'enfant si vous êtes un particulier. Mais pour les professionnels, c'est une autre histoire. Pourquoi la mobilité bancaire des entreprises est-elle à l'arrêt ? Décryptage.

5,5% des Français ont changé de banque en 2019 (1). Un chiffre modeste, mais qui augmente sans discontinuer depuis plusieurs années. Le nombre de Français infidèles à leur banque aurait même plus que doublé depuis 2014. En cause : une transparence accrue sur les tarifs bancaires, avec notamment le développement des comparateurs en ligne. Mais aussi et surtout la mise en place du service d'aide à la mobilité bancaire prévu par la loi pour « la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques ».

Depuis le 6 février 2017, les banques ont en effet l'obligation de proposer à leurs clients ce dispositif, qui facilite les démarches pour les particuliers désireux de changer de banque : une signature, et votre nouvelle banque s'occupe d'informer l'ensemble des créditeurs ou débiteurs qui virent ou prélèvent régulièrement de l'argent sur votre compte.

En revanche, les professionnels ne bénéficient pas de ce dispositif. L'article L312-1-7 du Code monétaire et financier est très clair sur ce point : « le service d'aide à la mobilité bancaire s'applique aux comptes de dépôt ou aux comptes de paiement ouverts auprès de tous les prestataires de services de paiement et détenus par les personnes physiques n'agissant pas pour des besoins professionnels ».

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La mobilité bancaire au point mort

Pourtant, les professionnels auraient tout à gagner s'ils pouvaient faire jouer la concurrence entre les banques. Pour profiter d'un service plus adapté au développement de leur entreprise ou accéder à un support client plus à l'écoute, par exemple. Mais aussi pour faire des économies, puisque les frais bancaires représentent en moyenne 0,69% du chiffre d'affaires des professionnels, d'après un rapport de l'Observatoire du financement des entreprises (OFE).

Le chiffre vous semble faible ? Il n'a toutefois rien d'anodin : un professionnel paie en moyenne 1 700 euros de frais bancaires par an, soit 10 fois plus qu'un particulier. Un écart que les banques justifient par les obligations de surveillance renforcées qui leur incombent et un accompagnement souvent plus pointu.

Or, en l'absence d'un dispositif de mobilité bancaire adapté, beaucoup d'entreprises optent pour le statu quo, même lorsqu'elles ne sont pas satisfaites de leur banque. « Les pros n'ont pas le luxe de pouvoir changer de banque facilement », explique Bénédicte Caron, vice-présidente en charge des affaires économiques au sein de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). « Il faut prévenir manuellement tous les clients, les fournisseurs, les services de l'Etat... Cela prend beaucoup de temps », poursuit-elle.

D'autant qu'en cas d'erreur, la note peut s'avérer salée. « Les professionnels ne peuvent pas se permettre d'avoir un paiement refusé ou leur ancien compte bancaire crédité à la place du nouveau », confirme Germain Michou-Tonning, directeur des partenariats chez Qonto, une solution de gestion financière pour les professionnels. Pour des motifs économiques, bien sûr, mais aussi pour préserver leur image vis-à-vis de leurs clients et fournisseurs.

Sans oublier qu'en cas de rejet de chèque ou de prélèvement sur l'ancien compte, la banque facturera des frais d'incident. A la différence des particuliers, ces frais ne sont pas plafonnés chez les professionnels. Leur montant s'élevait en moyenne à 19,30 euros par mois, d'après le rapport de l'OFE.

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La résistance s'organise

Alors les pros sont-ils condamnés à rester dans la même banque toute leur vie, comme les particuliers l'étaient il y a encore quelques années ? Pas nécessairement. Face au silence du législateur, la résistance s'organise. Plusieurs banques ont décidé de créer un dispositif d'aide à la mobilité bancaire pour accompagner leurs clients professionnels. C'est notamment le cas de Qonto, qui a imaginé un « service d'aide au transfert de compte », compatible avec 165 banques en France.

« Nous analysons de manière sécurisée les transactions de l'ancien compte bancaire grâce à un agrégateur, afin d'identifier toutes les transactions qui nécessitent des démarches », détaille Germain Michou-Tonning. « Ces démarches consistent par exemple à contacter un client pour lui transmettre son nouveau RIB, modifier des coordonnées de carte bancaire, changer un prélèvement automatique, ou informer le centre des impôts ».

En l'absence d'un mandat de mobilité bancaire, comme c'est le cas pour les clients particuliers, le transfert n'a toutefois rien d'automatique. Qonto se contente de fournir au client une liste complète des tâches à effectuer, qu'il peut cocher au fur et à mesure qu'il progresse dans sa migration. « Nous prévoyons d'enrichir encore ce service, en ajoutant un service de veille sur l'ancien compte, pour s'assurer que rien n'a été oublié », complète Germain Michou-Tonning.

D'autres banques ont également pris l'initiative de mettre en place un service d'aide à la mobilité pour leurs clients professionnels. C'est par exemple le cas de la Caisse d'Epargne ou encore du CIC, qui propose « une prise en charge à 100% des démarches nécessaires au transfert de vos comptes professionnels » avec son service ​​Transfert Facile Pros. De quoi soulager les professionnels à la recherche d'une nouvelle banque.

Compte pro : les banques sont-elles larguées ?

(1) Etude du cabinet Bain & Company sur la mobilité bancaire