Les sénateurs planchent ce mardi sur une réforme de la loi Egalim pour notamment soutenir les agriculteurs. Résultat, les prix des produits alimentaires ont bien des chances d'augmenter.

Egalim était insuffisante. Voici Egalim 2. Porté par le député LREM Grégory Besson-Moreau, et adopté par l'Assemblée nationale cet été, le nouveau texte corrige, selon ses partisans, ce qui manquait à la première version : la protection de la rémunération des agriculteurs et du poids dans la négociation des prix qui leur sont payés pour la vente de leur production. Il sera mardi et mercredi entre les mains des sénateurs qui entendent généraliser le contrat sur un temps long (3 ans) entre le fournisseur et l'industriel pour rééquilibrer le rapport de force, défavorable aujourd'hui aux agriculteurs face aux multinationales. Le texte prévoit par exemple une clause de révision automatique des prix en fonction de la variation du coût de la matière première agricole. « Nous avons vraiment fixé la hausse tarifaire des prix de matières premières agricoles, le distributeur n'a plus d'autre choix que d'accepter », revendique Grégory Besson-Moreau.

Quel effet dans les rayons ?

Et le consommateur dans tout ça ? Lorsque Egalim a été votée en 2018, la loi encadrait notamment les promotions et relevait le seuil de revente à perte (prix minimum pour un produit) afin d'enrayer la course aux prix les plus bas. Résultat, l'UFC-Que-Choisir avait enregistré au 1er février 2019 une hausse de 0,83% des prix des produits alimentaires en hypermarchés et supermarchés. Faut-il craindre un effet similaire d'ici la fin de l'année ou en début d'année 2022 ?

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Il y a deux ans, les distributeurs avaient compensé la hausse du prix des marques par le développement des produits alimentaires vendus sous leur propre marque. Impossible en 2021 car ceux-ci seront concernés par Egalim 2. Ils représentent aujourd'hui, selon les sénateurs, 30% des rayons alimentaires.

Cet été, Michel-Edouard Leclerc le patron des supermarchés du même nom, a tiré la sonnette d'alarme. D'après lui, certains industriels profiteraient des hausses des cours des matières premières pour exiger des augmentations démesurées : +9% sur les biscuits et la confiserie, +10% sur le sucre raffiné, jusqu'à +15% sur la charcuterie et même +23% pour les pâtes en raison du prix du blé dur. Des exigences contre lesquelles il entend se battre.

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Mais déjà dans l'intervalle, d'autres produits ont vu leur prix gonfler de 1,6% cet été comme les glaces Ben & Jerry's ou le savon Dove en raison de la hausse des cours de l'huile de palme et du soja. Dans la même logique, les protections hygiéniques Tampax et les couches Pampers chez Procter & Gamble, le papier toilette Scott chez Kimberly-Clark, le ketchup de Kraft Heinz ou les produits Coca-Cola sont concernés.

1,50 euros par ménage et par mois

Autre exemple, face à la hausse des coûts du carton, du plastique ou encore du beurre, Sébastien Pautrel, le directeur général de la biscuiterie du Mont-Saint-Michel voudrait vendre ses coffrets 12% plus cher en grande surface en 2022, selon Ouest-France. Interrogé par le quotidien, Thierry Benoit qui a présidé la commission d'enquête sur les relations commerciales entre la grande distribution et ses fournisseurs reconnaît que ce texte aura un impact sur les prix dans les rayons qu'il qualifie de « frémissement responsable ». « Lorsqu'on voit la hausse des coûts des matières premières , cela a un effet pour le consommateur, mais cela n'est pas proportionnel. Le consommateur doit faire des choix. Cela choque peu de monde aujourd'hui de mettre 500 euros ou plus dans l'achat d'un téléphone portable. On a vu avec la crise sanitaire qu'une fois qu'on est soignés, ce qui est essentiel est de se nourrir, se loger et se vêtir. Or le consommateur est en recherche de produits locaux voire moins élaborés, de circuits courts avec moins d'intermédiaires. Il a une clé par son acte d'achat », poursuit le député UDI d'Ille-et-Vilaine.

« L'alignement d'une inflation alimentaire (-0,1% en 2020) ​à un niveau conforme à celui constaté pour l'ensemble des secteurs d'activité (+0,6%) ​se traduirait par une contribution de seulement 1,50 euros par ménage et par mois, relativise l'Ania, l'association nationale de l'industrie agroalimentaire. » ​De son côté, Julien Denormandie reconnaît lui aussi sans le dire explicitement que cette loi aura des conséquences sur le portemonnaie des ménages : « J'appelle ceux qui en ont les moyens à considérer l'acte de consommation comme un acte citoyen », a déclaré Julien Denormandie. Quitte à payer plus cher pour la bonne cause.