Des prix d'appel à moins de 10 euros et la promesse d'une efficacité incomparable. Depuis quelques années des assurances auto, habitation et santé 100% en ligne attaquent le marché sur le modèle des banques en ligne. MoneyVox a voulu savoir si souscrire leurs contrats vaut vraiment le coup.

Auto, habitation ou santé… Ces trois secteurs pèsent près de 150 millions de contrats en France en 2019 selon les données de la profession. Un marché dominé par les poids lourds mutualistes (Maif, Macif, GMF) ou compagnies d'assurance comme Axa mais dans lequel fleurissent depuis 2017 des néo-assurances ou insurtech. Sur le modèle des banques en ligne, ces entités misent sur le 100% mobile, la souplesse d’une application et des services de messagerie. Vous n’avez plus à patienter pour déclarer un sinistre, tout se fait en autonomie, sur smartphone. Assurer sa voiture, assurer son logement ou garantir la prise en charge de ses frais de santé, en paramétrer les garanties et les options, doit être facile, sans délai et, a priori, moins cher.

Chez Lovys vous déclarez votre sinistre directement sur l’application mobile avec des photos et vidéos. Chez Leocare, spécialiste en ligne de l’auto (dès 17,50 euros) et de l’habitation (dès 6,63 euros pour un studio), on promet « entre 4 et 7 questions pour un devis proposé et signé en 5 minutes. Notre produit est mobile car être dans la poche de l’assuré, c’est le rassurer », explique son PDG Christophe Dandois à MoneyVox. Chez Luko, leader (150 000 clients environ) de l’assurance multirisques habitation chez les insurtech, on assure être un produit « utile, simple et transparent. La déclaration du sinistre se fait en 2 minutes et le remboursement est effectif en deux heures ».

L'assurance auto plus souple et moins chère

Avec ce procédé, les néoassureurs veulent séduire les jeunes cadres supérieurs des grands pôles urbains. Ils représentent en nombre un marché de niche suffisant pour leur développement. Ce sont en outre des clients rodés à la loi Hamon qui permet de souscrire sans frais un nouveau contrat chez un nouvel assureur et de faire jouer la concurrence après la première année, sans avoir à se justifier, ni à tenir compte de l'échéance annuelle. Car il y a des économies à faire sur les assurances dommages. En assurance auto, par exemple, selon une étude réalisée par Meilleureassurance, effectuée en ligne auprès de 1 440 utilisateurs en novembre 2019, 79% des personnes interrogées estiment réaliser une économie moyenne de 340 euros pour des garanties équivalentes après avoir quitté leur ancien assureur.

En moyenne, pour assurer son véhicule en tous risques il faut débourser 503 euros en France.

Chez Leocare, pour un véhicule familial type Renault Scénic ou Peugeot 5008, le prix est de 430 euros par an quand le low cost Lovys se situe bien au-dessus des standards avec une prime annuelle de 592 euros, et très loin de son prix d'appel à 10,90 euros par mois. Le niveau de franchise dépend ensuite des options souscrites et des cas de figure. Plus vous pouvez cher moins la franchise sera élevée, voire même nulle. Sinon, par exemple, pour le bris de glace, elle peut s'élever à 170 euros, voire même 720 euros pour le vol !

Au tiers, les néoassureurs sont dans la moyenne (243 euros) puisque Leocare est à 244 euros par an et Lovys un peu en dessous à 230 euros.

Wilov, lié au Crédit Mutuel Arkéa et sa filiale assurance Suravenir, propose de son côté des abonnements mensuels à 21,90 euros. On paie ensuite 0,90 euro la tranche de 24 heures de conduite. En cas de problème sans responsabilité d'un tiers identifié, la franchise bris de glace est fixée à 90 euros mais celle pour un vol est de 600 euros.

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Même la banque en ligne Boursorama vient sur ce créneau avec une offre Carapass à partir de 8,15 euros par mois pour un véhicule de petite taille.

Plus dur de casser les prix en habitation

En habitation, il est plus dur de coller aux risques en temps réel et toute option en ce sens devient vite intrusive. Spécialiste de l’assurance habitation, l’Américain Lemonade a lui une stratégie très agressive de prix auprès des locataires des logements neufs. Pour des appartements de 50, 70 et 100m2 assurés dans une métropole importante comme Nantes ou Lyon, il propose un tarif de 100, 110 et 120 euros par mois.

De leur côté, ses premiers concurrents Luko, Leocare ou Lovys facturent un 70 mètres carré respectivement 95, 87 et 13 euros plus cher. Dans une gamme comparable, la moyenne nationale pour un bien de 70m2 se situe à 200 euros mais une différence importante peut exister que vous soyez locataire ou propriétaire.

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Soutenu par Google ou Axa, Lemonade à tendance à augmenter largement ses tarifs après 12 mois. Résultat, le taux de résiliation au bout d’un an est de 45% aux Etats-Unis. Le prix très bas, parfois inférieur à 10 euros, est attractif mais il cache toujours une quantité d'options pour compléter le contrat. De même, Lovys, avec son offre éco à 3,99 euros par mois avec une franchise comprise entre 75 et 300 euros impose de nombreux compléments pour une bonne couverture.

Chez Luko, deux minutes suffisent pour un devis à 23 euros par mois pour une maison ancienne de 130m2 dans la banlieue rennaise malgré un prix d’appel à 11 euros (4 euros pour un appartement). Le calcul se fait sur la base de datas des cambriolages recensés dans le secteur, du terrain où a été construit le logement, des risques d’inondations et des entreprises (type Seveso) alentour. Un prix équivalent à celui des autres néo-assureurs mais inférieur d'une dizaine d'euros aux prix pratiqués sur l'ensemble du marché. Pour ce montant, vous êtes couvert contre les incendies, les dégâts des eaux avec une franchise de 300 euros. Par contre, le remboursement à neuf des biens et les objets de valeur sont en option (entre 1,50 et 3,50 euros. ) comme les piscines, les vérandas ou la location Airbnb.

Boursorama est également présente sur ce segment avec Alabri à partir de 4,20 euros. Mais pour une maison de trois chambres, occupée par une famille de deux enfants, le prix mensuel oscille plutôt autour de 30 euros.

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Assurance santé : un marché peu exploré

En santé, les prix les plus attractifs sont proposés aux personnes qui n’ont aucun soin dentaire ou optique en prévision. Chez Heyme, qui s’adresse aux moins de 35 ans et aux étudiants expatriés, la première offre est ainsi à 9,90 euros. Mais elle reste peu plebiscitée face à celles qui intègrent les visites chez le dentiste et l’ophtalmologiste : le prix augmente alors de 12 et 25 euros. Précurseur, la licorne Alan et ses 165 000 clients est désormais tournée vers les contrats collectifs pour les entreprises obligatoires depuis 2015 ou les indépendants. Leurs offres individuelles tournaient autour de 70, 80 euros.

« Il y a moins de nouveaux entrants en santé pour le moment car les mutuelles sont puissantes, tout comme les grossistes comme April. Il y a aussi un besoin d’information plus pointu » chez les clients, pointe Christophe Bescond du comparateur AcommeAssure.

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Globalement, attention aux prix bas, souvent le fruit d'une stratégie coûteuse d'acquisition de clients rendue possible par moins de salariés et peu de locaux. « Ce qui est moins cher est souvent de moins bonne qualité. La guerre des prix bas est parfois malsaine et se fait au détriment de la couverture » de l'assuré, met en garde Christophe Bescond. « Le montant de la cotisation, ce n’est pas toujours l’élément le plus important à prendre en compte, complète Olivier Gayraud, juriste à la CLCV. Regardez bien le niveau de franchise, ce qui est garanti et ce qui ne l’est pas ». Chez les néoassureurs, on dénonce le terme low cost, péjoratif en France. « Il n’y a pas de volonté de casser les prix mais de proposer un service haut de gamme pour un prix attractif », assure en réponse Christophe Dandois de Leocare, qui vient de lever 15 millions d’euros pour se développer.

Pourtant, estime Christophe Bescond, « Lemonade comme les acteurs français évoluent dans une bulle qui enfle à coups de levées de fonds et vendent des contrats à perte. La durabilité du modèle se pose quand il faudra assumer un nombre important de sinistres. » Selon les acteurs interrogés par MoneyVox, à moyen terme, le salut de ces insurtechs viendra de la diversité de leur portefeuille. Ainsi Acheel, un nouveau venu du marché soutenu par Xavier Niel, propose de l’habitation, de la santé et… des assurances chien et chat pour remplir ses coffres en cas de coup dur.