Les dépenses de l'Etat favorables au climat ont doublé en France depuis 10 ans, mais elles devront être accrues et mieux ciblées pour répondre à l'urgence de la lutte contre le réchauffement, estime le think tank I4CE, qui interroge sur l'avenir une fois le plan de relance consommé.

De 2012 à 2021, ces dépenses, budgétaires et fiscales, sont passées de 14 milliards d'euros à 30 milliards par an (soit de 0,7% du PIB à 1,2% du PIB), selon un rapport publié mercredi. Autant de mesures qui n'ont pas forcément le climat pour objectif premier, mais permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La décennie a été marquée par l'augmentation des aides à la rénovation des bâtiments à partir de 2014 et aux transports bas-carbone (hausse de la prime à la conversion et du bonus auto en 2018, « malgré une efficacité climat parfois discutable », rachat de la dette de la SNCF en 2020). Le troisième axe est le soutien à l'éolien, au solaire, puis au biométhane et à l'hydrogène.

Le plan de relance lié au Covid-19 a permis une accélération inédite, avec 5,6 milliards d'euros prévus pour 2021.

Dans le même temps cependant, les dépenses défavorables au climat, notamment des avantages fiscaux en faveur des combustibles fossiles, se sont maintenues, ou ont même augmenté de 14 à 16 milliards d'euros annuels.

Aujourd'hui, « on arrive a un point de bascule », souligne Quentin Perrier, co-auteur du rapport : « On est arrivé à ce niveau de dépenses (pro-climat, ndlr) grâce au plan de relance. Qu'en sera-t-il par la suite ? », alors que l'UE vient de renforcer ses engagements climatiques à horizon 2030.

Car faute de moyens, pas de résultats ambitieux ni de mesures de soutien permettant d'étendre et de faire accepter la transition à tous, souligne I4CE, rappelant l'épisode gilets jaunes. Le rapport estime à 14 milliards d'euros par an les dépenses supplémentaires nécessaires pour 2024-28.

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« Il faudra aussi dépenser mieux, par exemple en améliorant la qualité des travaux dans le logement ou en restreignant la prime à la conversion aux seuls véhicules bas-carbone », ajoute-t-il.

Et « l'on voudrait bien connaître la stratégie de sortie des niches fiscales (favorables aux fossiles, ndlr), car on ne va pas les éliminer en six mois », souligne Benoît Leguet, le directeur du centre de recherche.

I4CE appelle « l'État à clarifier son plan de financement de la transition pour les dix prochaines années, et les candidats à l'élection présidentielle à élaborer dès maintenant leur budget pour le climat ».