De nouvelles offres dites « à tarification dynamique » vont se multiplier dans les mois à venir. Elles promettent de grosses économies sur votre facture d'électricité. Faut-il vraiment y succomber les yeux fermés ?

C’est un poisson-pilote. Le fournisseur d'électricité Barry est un nouveau venu bien particulier sur le marché ultra-concurrentiel de l’électricité. Parmi la quarantaine de fournisseurs, cet opérateur, qui vient du Danemark, propose à ses clients, en plus d'une offre classique avec une ristourne jusqu'à 13% sur le tarif réglementé d'EDF, de l'électricité à prix coûtant, une première en France. Il se rémunère grâce à une marge incluse dans le prix de l’abonnement.

« Nous voulons te redonner le pouvoir dans ta consommation d’électricité. Finies les méchantes factures surprises : avec Barry, tu sais exactement combien tu consommes, et combien tu paies, chaque jour et chaque mois », explique son site internet. Le prix varie en fonction de l’état de l’offre et une application mobile permet de connaître les évolutions en temps réel. « Nous conseillons l’offre tarif dynamique à ceux qui peuvent différer leur consommation d’électricité : pour la charge d’un véhicule électrique, l’optimisation d’une smart home ou le chauffage dans une maison bien isolée », indique Barry. Selon ce fournisseur, une famille de 4 personnes dans une maison de 110m2 avec chauffage électrique et un véhicule électrique peut ainsi économiser près de 500 euros par an sur sa facture. Alléchant. Ces propositions vont d'ailleurs bientôt se multiplier dès 2022 sous l’effet d’une directive européenne. Chaque fournisseur d’électricité ayant plus de 200 000 abonnés devra en proposer une. E.LEclerc énergies est, par exemple, dans les starting-blocks et propose déjà sur son site de se préinscrire. Le fournisseur alternatif indique que ce système, réservé aux consommateurs ayant un compteur Linky, aurait permis en 2020 à un foyer consommant 5 800 kWh/an, jusqu’à 22,6% d’économies sur le kWh hors taxes, c'est-à-dire comparé à une facture basée sur le tarif réglementé.

« Un modèle louable »...

« Ce type d’offres permet d’indexer le prix de l’énergie sur les cours de l’électricité sur les marchés de gros. L’objectif est d’adresser aux consommateurs un signal prix, qui devrait les inciter à reporter leur consommation au moment où elle est la moins chère et aussi la moins polluante, ce qui permettrait au final de diminuer la consommation en heures de pointe, pendant lesquelles la production d’énergie est la plus émettrice de CO2. Un tel objectif est évidemment louable, puisqu’il va inciter les consommateurs à réduire leur consommation aux heures de pointe et présente un réel potentiel d’économies », explique le médiateur de l’énergie dans son dernier rapport annuel. Pour autant, il se montre très méfiant.

« On va faire miroiter aux clients une évolution des prix de marché à la baisse. Mais en réalité, les clients particuliers et petits professionnels vont être exposés à la volatilité du marché de gros, en particulier lorsqu’ils vont être à la hausse ! La gestion du risque sera ainsi transférée du fournisseur aux consommateurs, alors qu’ils ne sont pas armés pour analyser les dynamiques de ce marché. Il est peu probable que ce type d’offres apporte au final un véritable gain aux consommateurs ; bien au contraire, il risque de les mettre en défaut. Ce qui s’est passé cet hiver au Texas (États-Unis) devrait faire réfléchir... [Avec la vague de froid, certains particuliers se sont retrouvés avec des factures allant jusqu’à 17 000 dollars à régler, NDLR] Certaines offres traditionnelles de type heures creuses / heures pleines ou à effacement ont déjà un caractère incitatif pour que le consommateur module sa consommation ; on devrait se concentrer sur leur amélioration et leur développement, », relève Olivier Challan Belval, le médiateur de l’énergie.

Les combats du médiateur de l'énergie pour protéger les consommateurs

... mais très contesté

Du côté des associations de consommateurs, cette nouvelle offre ne séduit pas. « Consommer quand le prix du kWh est au plus bas, ce que prône Barry, nécessite de couper son chauffage électrique en hiver et de consommer la nuit ou l’après-midi plutôt que le matin ou le soir. Ce n’est guère réaliste, de plus Barry va gonfler les tarifs d’abonnement (11,04 euros minimum par mois) pour se rémunérer. La facture risque d’être salée », pointe l’UFC-Que Choisir.

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Plusieurs opérateurs se méfient d’ailleurs de cette nouveauté qu’ils devront mettre en place. « Ce que nous craignons, c'est que les clients ne soient pas en mesure de modifier leur consommation pendant les pics de prix : qu'ils rentrent chez eux, allument le four et qu'in fine ils ne soient pas en mesure de payer la facture », explique un responsable de Total Direct Energie cité par Les Echos. « Les fournisseurs doivent donc inciter financièrement les consommateurs à mieux et moins consommer tout en gérant le risque de variation des prix. Oui pour une tarification plus dynamique, mais qui soit incitative. Le but final est que les gens consomment mieux sans leur faire porter le risque. In fine, s'ils consomment mieux, ils paieront moins cher et avec un mix énergétique meilleur », complète Albert Codinach, le patron du fournisseur Planète OUI dans une récente tribune.

Des mesures spéciales réclamées

Dans ce contexte, le médiateur national de l’énergie réclame la mise en place de mesures spécifiques de protection des particuliers « pour éviter que des consommateurs non spécialistes, mal avertis ou mal informés ne subissent des hausses de prix imprévues ou excessives ». Il réclame à minima un prix plafond, pour éviter toute dérive excessive de la facture d’électricité. Un mécanisme mis en place chez Barry assurant que « même en cas d'épisode de prix extrêmes, le montant TTC d'une facture mensuelle Barry ne pourra pas dépasser le double de la même facture qui serait au tarif réglementé EDF ».

Mais ce n’est pas tout, le médiateur veut également que ces offres dynamiques soient interdites à la vente par démarchage, à domicile ou par téléphone car « le peu de temps que les démarcheurs pourraient consacrer à l’explication de la complexité de telles offres et le manque de connaissance des mécanismes de marché des consommateurs conduisent à éviter de prendre de nouveaux risques ». Dernière demande du médiateur : rendre obligatoire une mention manuscrite par laquelle les clients déclarent « avoir bien pris connaissance des risques associés à ce type d’offres, qui devraient être explicités sur le document ».

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