La coopérative du Pain des Cairns a depuis 2014 l'habitude de prendre ses décisions collectivement. Et alors que le salaire unique de 1 600 euros net par mois était la norme, Gilles a eu besoin de mieux gagner sa vie, notamment pour soutenir sa fille, étudiante à Lyon. Le salaire « au besoin » a alors été proposé aux salariés en CDI.

Quel salaire méritons-nous et quels sont réellement nos besoins financiers mensuels ? Si l'idée d'un revenu universel, notamment pour les jeunes exclus du RSA, est présent dans le débat public, une boulangerie en coopérative teste depuis la rentrée 2020 le salaire au besoin avec le soutien de l’Université du Nous, basée à Chambéry. Concrètement le salaire au besoin est proposé aux salariés en CDI et remplace un précédent système traditionnel et transparent : « Jusqu’à présent, le Pain des Cairns utilisait un modèle de rémunération assez basique : toutes les fiches de paie étaient strictement identiques (1 600 euros net, excepté pour celles et ceux ne participant pas aux activités de gouvernance de la structure, payés 1 400 euros net ) », expose la coopérative, qui vend des pains bio et sans additifs, sur son blog.

C'est en comparant les avantages - moins de concurrence et de jalousies entre collègues, augmentation collective - les défauts - rémunération peu supérieure au Smic et incitation aux heures supplémentaires pour gonfler la paie - que la coopérative du Pain des Cairns a décidé de tenter un nouveau modèle qui n'est pas fonction du nombre de tâches pour justifier le montant du salaire mensuel. Résultat, aujourd'hui certains ont conservé leur revenu quand la plus haute fiche de paie affiche désormais 2 130 euros net. Attention cependant, la différence est versée sous forme de prime afin que l'expérience soit réversible.

Le déclic est venu de Gilles

Alors que le premier bilan n'a pas encore été publié par la coopérative, Basta Mag a interrogé les salariés et raconte le déclic qui a conduit à cette expérimentation : « À l’été 2020, Gilles, l’un des boulangers, exprime l’envie – ou plutôt, la nécessité – d’augmenter ses revenus. À 49 ans, ce père de 3 enfants voit sa fille aînée de 18 ans entrer en classes préparatoires à Lyon. Or les études, et l’appartement qui va avec, coûtent cher. Le sujet est mis à l’agenda d’une grande discussion collective entre les coopérateurs. »

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« C’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté aussi facilement l’augmentation de salaire de mes collègues par rapport au mien : parce que je les jugeais légitime, admet Pierre. L’un était plus âgé que moi, l’autre était le plus ancien de la boîte, et le dernier avait plusieurs enfants. Dans un schéma de rémunération plus classique, il aurait été sûrement logique qu’ils gagnent plus que moi… » BastaMag laisse Hugo conclure : « On ne sait pas vraiment si le salaire au besoin est une si bonne idée, au fond. Mais le fait même qu’on se pose la question, et qu’on ose l’expérimentation, c’est déjà une très bonne chose ! »