Un compte et une carte pour deux : pour faire des économies, les détenteurs de comptes joints partagent souvent une unique carte bancaire. Une pratique interdite et risquée.

En 2010, selon l’Insee (1), les deux tiers des couples mariés, pacsés ou en concubinage mettaient l’intégralité de leurs revenus en commun sur un compte bancaire joint. Certes, la statistique date un peu. Tout porte à croire que le chiffre serait inférieur en 2021. Un sondage plus récent, ne s’intéressant qu’aux propriétaires de leur logement, a montré que les jeunes couples étaient moins portés sur le compte unique que leurs aînés (2). Quoi qu’il en soit, la pratique du compte joint dans les couples reste massive, si ce n’est majoritaire en France.

Elle a pourtant ses inconvénients - l’absence de confidentialité des dépenses par exemple - mais aussi ses avantages. Parmi eux, la possibilité de faire des économies sur les frais bancaires. De nombreux couples, en effet, choisissent de ne rattacher qu’une carte à leur compte, et d’en partager l’usage. C’est même la pratique majoritaire, si l’on en croit Claire Destombes, chef de projet marketing au Crédit Agricole Ile-de-France, interrogée par MoneyVox : « Sur le compte joint, la tendance est davantage à avoir une seule carte bancaire. La proportion de couples ayant deux cartes rattachées est plus faible. »

Lire aussi : Couples : faut-il faire « compte à part » ?

La « carte bancaire jointe » n’existe pas !

Courante, cette pratique pose pourtant problème. Elle contrevient, en effet, à la règle : une carte bancaire est nominative et strictement personnelle. Nous avons interrogé la plupart des banques de la place sur le sujet (3), toutes ont eu la même réponse : il n’existe pas de « carte bancaire jointe » ! Seule la ou le titulaire, celle ou celui dont le nom est inscrit sur le moyen de paiement et qui y a apposé sa signature peut l’utiliser pour payer.

Ce principe est systématiquement inscrit dans les conventions de compte et les conditions générales encadrant l’usage des moyens de paiement. Il n’apparaît pas, en revanche, en tant que tel dans le Code monétaire et financier (CMF), mais trouve toutefois une base réglementaire dans son article L133-16. Celui-ci dispose que, « dès qu’il reçoit un instrument de paiement, l’utilisateur de services de paiement prend toute mesure raisonnable pour préserver la sécurité de ses données de sécurité personnalisées ».

Partage de code interdit

C’est en effet au nom de la sécurité que le partage de carte bancaire est prohibé, y compris au sein du couple. Il suppose en effet, un, de transférer la responsabilité de la carte à un tiers et, deux, de lui communiquer le code secret à 4 chiffres permettant d’authentifier le paiement. Deux actions strictement interdites.

Les banques, qui semblent sur le terrain des agences largement tolérer la pratique, sont néanmoins claires sur le sujet. « Le porteur est l’unique responsable de l’utilisation de sa carte », explique par exemple BNP Paribas. « Il est strictement interdit au titulaire de la carte de la prêter ou de s’en déposséder », confirme LCL. Cette responsabilité du titulaire ne se limite pas à la carte en elle-même. « (…) Les outils de validation des transactions sont [également] sous [sa responsabilité] », renchérit le Crédit Mutuel. Ce qui signifie, notamment, que « le code secret doit rester confidentiel et ne doit pas être communiqué », même à son conjoint ou sa conjointe, poursuit le Crédit Agricole.

Une carte au nom de Monsieur ou Madame ?

Au cours de nos recherches pour cet article, nous avons été confrontés aux témoignages de femmes mariés ayant reçu des cartes au nom de leur mari, alors qu’elles font le choix d’utiliser leur nom de famille. Nous avons donc interrogé les principales marques bancaires (3) sur leurs pratiques en la matière.

Chez BNP Paribas, c’est effectivement « le nom marital qui figure par défaut sur la carte du compte joint ». Il peut toutefois être modifié à la demande. Les autres enseignes nous ont toutes expliqué que le nom figurant sur la carte unique du compte commun était au choix des co-titulaires, qui peuvent l’exprimer au moment de l’ouverture du compte.

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Quels sont les risques ?

Que risquez-vous à partager votre carte bancaire avec le ou la co-titulaire du compte ? En premier lieu des refus de paiement : le marchand qui accepte un paiement par carte bancaire doit en effet vérifier que le payeur est bien le titulaire de la carte. Dans les faits, toutefois, c’est très rare : le fait de renseigner le code secret à 4 chiffres suffit généralement au commerçant qui, avec la démocratisation du paiement sans contact, n’a même plus l’occasion de voir le nom inscrit sur la carte.

Plus grave, le fait de prêter votre carte au co-titulaire du compte joint vous expose à des refus de remboursement en cas de fraude. Le simple fait de partager le code secret, en particulier, est, on l’a vu, une violation directe des conditions générales d’utilisation de la carte. En cas de fraude, votre banque, si elle parvient à prouver que l'usurpation du moyen de paiement est la conséquence de ce partage, peut ainsi y voir une négligence grave et utiliser cet argument pour refuser de vous indemniser. C’est d’autant plus dommage que la réglementation, hors cas de négligence, est extrêmement protectrice des consommateurs.

Lire sur le sujet : Fraude sur compte bancaire : dans quels cas êtes-vous responsable ?

Bilan : avant de partager une carte sur un compte joint, réfléchissez bien à 2 fois. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pas évident, d’autant plus la 2e carte sur un même compte est généralement proposée à un prix nettement inférieur à la première.

Combien coûte une 2e carte ?

Parmi les banques traditionnelles qui ont accepté de nous répondre, presque toutes (BNP Paribas, Crédit Agricole, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, La Banque Postale, LCL) proposent la seconde carte à moitié prix. Soit autour de 60 euros par an en moyenne, par exemple, pour une Visa Premier. Seule exception, la Société Générale, qui explique que « chaque carte est tarifée », mais qu’il « peut néanmoins y avoir des conditions préférentielles ponctuelles à la souscription ». Si on élargit le prisme à l’ensemble du marché, ce sont 86 banques de détail, sur les 128 recensées par notre comparateur de tarifs, qui proposent une réduction de 50%.

Il est également possible d’obtenir cette seconde carte gratuitement. Pour cela, il faut se tourner vers les banques en ligne et respecter parfois, des conditions de revenus ou de versement sur le compte, allant de 1 200 à 2 700 euros par mois, selon les marques et les types de cartes.

À consulter : Où ouvrir un compte joint avec 2 cartes gratuites ?

(1) INSEE, « La mise en commune des revenus dans les couples », 2012. (2) Selon un Sondage OpinionWay pour Meilleurtaux réalisé en février 2018 auprès de 600 propriétaires de 25-60 ans, le compte unique concernait 55% des couples de quinquagénaires, contre 40% des couples de trentenaires. (3) BNP Paribas, Crédit Agricole, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, La Banque Postale, LCL, la Société Générale, Boursorama Banque, Fortuneo, Monabanq ont accepté de répondre à nos questions. La Banque Populaire, la Caisse d’Epargne, le Crédit Mutuel Arkéa, BforBank, ING n’ont pas donné suite.