Libéraliser le marché des pièces détachées visibles, limiter les véhicules roulant sans assurance ou sans contrôle technique à jour... le texte de loi d'un député LREM doit avoir un effet direct sur le montant annuel des primes d'assurance. De là à les voir baisser, rien n'est moins sûr !

« Les compagnies d'assurance nous soutiennent car elles n’en peuvent plus d’être montrées du doigt, assure le député LREM Damien Pichereau à MoneyVox. Mais le texte que je porte les obligera à rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs. » La proposition de loi du député de la Sarthe tend à baisser les primes d’assurance, notamment en libéralisant le marché des pièces détachées visibles en France. Le prix moyen annuel de l'assurance auto a augmenté de de 12% ces six dernières années pour s'établir à plus de 600 euros en moyenne.

« La libéralisation du marché des pièces détachées serait une excellente nouvelle pour la Matmut, estime Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe, interrogé par MoneyVox. C'est essentiel pour limiter les augmentations de prime. » Concrètement, si le texte passe en l'état, l’économie annuelle globale pourrrait se chiffrer à 415 millions d’euros selon l’association de consommateurs UFC-Que Choisir qui estime la baisse du coût des réparations à 34%.

Cette mesure pourrait permettre d’économiser 17,5% des dépenses pour les véhicules, selon la Fédération de la distribution automobile (FEDA). Damien Pichereau imagine de son côté près de 80 euros d'économies par contrat d'assurance en moyenne. Le salut des assurés passe-t-il par une ouverture à la concurrence des ailes, capots, pare‑chocs, pare‑brise, feux ou encore rétroviseurs ? Les acteurs du marché accueillent avec le sourire cette perspective.

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Un levier important pour maîtriser les tarifs

« La libéralisation du marché des pièces détachées va dans le bon sens pour les consommateurs Français, confirme Fabien Soccio, spécialiste du secteur chez Meilleurtaux.com. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de réduire les hausses des cotisations d’assurances et donc d’assurer des prix plus accessibles pour les assurés. On ne peut que se réjouir qu’une telle démarche soit initiée, sous réserve que des garanties soient apportées sur la fiabilité et la qualité de fabrication des pièces qui ne proviennent pas des constructeurs. »

« Le coût des pièces détachées en auto flambe à tel point que, dans une année absolument exceptionnelle telle que l'année 2020 où deux confinements ont fait baisser de manière spectaculaire le nombre d'accidents, ces derniers ont continué de voir le coût moyen des sinistres augmenter, souligne Christophe Bescond, directeur marketing du courtier AcommeAssure.com. Certains assureurs ont même avancé cet argument pour expliquer la raison pour laquelle les tarifs des assurés n'ont pas baissé en 2021. »

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Dans son bilan 2020, la Fédération française de l’assurance (FFA) note une baisse de la sinistralité de 19% sur un an mais souligne le coût des sinistres en hausse de 5,7% en un an pour un accident corporel et de 3,2% pour un accident matériel. Or, le tarif annuelle de la cotisation est en bonne partie le résultat du rapport entre la quantité de sinistres et le coût de ceux-ci, impacté par le prix des pièces. Près de 2% de hausse pour l'assurance auto, en moyenne, selon le cabinet Facts & Figures pour 2021.

Un effet à confirmer

Le texte du député Damien Pichereau, qui pourrait être voté en juin et appliqué au plus tard en 2023, est un bon moyen de réguler les montants annuels. Il compte aussi sur d'autres leviers pour influer sur la prime d'assurance : « Rendre obligatoire la présentation d’une attestation d’assurance lors des contrôles techniques est une démarche pertinente, estime Fabien Soccio. Le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO) voit chaque année ses dépenses augmenter et cela notamment du fait des conducteurs sans assurance. »

Néanmoins, Christophe Bescond reste prudent. Si le marché des pièces détachées est imparfait, les véhicules et les pièces qui les composent, changent chaque année. « Prenons l'exemple d'un pare-brise. Il y a 15 ans, ils étaient bien plus petits. Toits panoramiques, ouvrants, et consorts font élever la facture, expose-t-il. De plus, cette proposition de loi fait écho à des pratiques déjà assez répandues chez les assureurs : l'utilisation de pièces de réemploi, ou de seconde main. » La Maif propose actuellement un spot publicitaire sur la pratique, sans que ses cotisations, bien que gelées en 2021, n'aient baissé de manière visible. Contactée, la compagnie a renvoyé MoneyVox vers la FFA qui n'a pas répondu à nos sollicitations. La Macif n'a pas non plus souhaité évoquer ce sujet.

Autre élement qui invite à la prudence. Le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, lorsqu'il avait été interogé sur cette question des primes en hausse malgré la crise sanitaire avait rappelé, par écrit, à un député que la liberté tarifaire est un acquis des compagnies d'assurance depuis 1986.