Moins de primes versées, des salariés qui prennent le cash et qui débloquent leur épargne salariale… Ce scénario catastrophe a été évité en 2020. Et l’épargne salariale continue donc de battre des records ! Pour l’instant.

« Une année record pour l’épargne salariale et un beau succès pour le PER ! » Le communiqué de l’AFG, groupement (1) regroupant entre autres les gestionnaires d’épargne salariale, annonce un paysage au beau fixe malgré la crise sanitaire de la Covid-19, et les difficultés économiques qui l’accompagnent. Les chiffres arrêtés à la fin 2020 invitent effectivement à l’optimisme. 147 milliards d’euros d’encours sur les plans d’épargne salariale (tous confondus) : nouveau record ! 16 milliards d’euros versés sur ces plans en 2020 malgré l’épidémie (470 millions de plus qu’en 2019) : nouveau record !

Chiffres clés de l'épargne salariale

  • 11,2 millions de salariés détiennent un plan, fin 2020
  • 13 140 euros d'épargne en moyenne par salarié sur ces plans

Autant la progression des encours dépend en partie des fluctuations des marchés financiers, autant les flux de versements illustrent l’attitude des salariés face à la crise en 2020. Pour rappel, les primes de participation et d’intéressement versées en 2020 sont la conséquence des résultats financiers des entreprises en 2019, soit sur une année comptable à cheval sur 2019 et 2020. Le montant des primes n’illustre donc en aucun cas l’impact financier de la crise. En revanche, les entreprises avaient jusqu’à la fin décembre 2020 pour verser ces primes. Et les salariés auraient très bien pu choisir de « prendre le cash », sans passer par la case Plan d’épargne entreprise (PEE), Plan d'épargne retraite (PER) d’entreprise collectif (Pereco) ou Perco.

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« La crise provoquée par la Covid-19 n’a finalement pas bouleversé le comportement des salariés lors du choix entre perception et placement de leurs primes d’intéressement et de participation, se réjouit l’AFG dans son communiqué. En moyenne un peu plus d’un tiers des bénéficiaires d’une prime choisissent de la percevoir directement, ce qui est comparable aux années précédentes. » Sous-entendu : environ deux tiers placent leur argent sur un PEE, Pereco ou Perco.

« Si les flux de versements étaient en baisse sur les 6 premiers mois de l’année 2020, ils ressortent en forte hausse sur l’ensemble de l’année, détaille l’AFG. L’ensemble des flux de versements sont en progression. Les versements volontaires se sont accélérés sur le second semestre, principalement sur les plans d’épargne retraite collectif (+21% par rapport à 2019). » Tous les signaux sont en vert, et toutes les sources d’alimentation des plans d’épargne salariale sont effectivement en hausse en 2020 : participation, intéressement ou bien encore versements volontaires des salariés et abondement de l’employeur.

Moins de déblocages anticipés

Paradoxalement, alors que l’on aurait pu penser que la crise incite à récupérer son épargne salariale, les déblocages anticipés (avant le cap des 5 ans de placement sur un PEE, avant la retraite pour les Pereco et Perco) ont diminué.

Mais surtout car les motifs de déblocage se sont faits moins nombreux : « Compte-tenu de la crise engendrée par l’épidémie liée à la Covid-19, les déblocages anticipés au motif du mariage ou de la conclusion d’un PACS ont diminué de 31%, ceux pour la cessation du contrat de travail de 21% et ceux pour l’acquisition de la résidence principale de 7%. »

2021, probablement pas une année record…

Feux verts, sur toute la ligne, pour l’épargne salariale ? Pas totalement. Ces records arrêtés fin 2020 pourraient n'être qu'un trompe-l’œil. Les entreprises ont enregistré de fait des résultats moins prometteurs en 2020. Mécaniquement, les primes d’intéressement et de participation seront moindres en 2021. Les effets de cette longue crise sanitaire se concrétisent petit à petit sur le portefeuille des ménages…

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« La dynamique reste très positive sur les premiers mois de l’année 2021, mais sera à pondérer par les effets de la baisse attendue des résultats des entreprises sur les distributions de participation et d’intéressement », commente ainsi Dominique Dorchies, vice-présidente de la commission épargne salariale et épargne retraite de l’AFG dans le communiqué diffusé le 18 mars. Une analyse confirmée par Xavier Collot, président de cette même commission : « L’année 2021 sera probablement marquée par une baisse sensible des sommes distribuées par les entreprises au titre de la participation et de l’intéressement à destination des salariés. »

Le PER d’entreprise a la cote

L’AFG se félicite aussi du succès rencontré par le nouveau PER dédié à l’épargne salariale, le Pereco, successeur du Perco et qui se différencie le plus souvent du PER individuel par son mode de gestion. Par défaut, le Pereco est géré par une société gestionnaire d’épargne salariale, comme le PEE, et il prend donc la forme (techniquement parlant) d’un compte-titres. Alors que le PER individuel, tel qu’il est aujourd’hui commercialisé par les banques et assureurs, prend le plus souvent la forme d’un contrat d’assurance : techniquement parlant, un PER individuel ressemble trait pour trait à un contrat d’assurance vie (avec un fonds en euros, notamment).

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(1) Association française de la gestion financière.