Des billets qui s’amassent, voire des virements qui s’additionnent… Les fêtes de fin d’année peuvent, dans certaines familles, tourner au casse-tête : où déposer l’argent reçu pour vos enfants ? RéponseS, au pluriel, en fonction de la vocation de ces étrennes, avec l’aide de l’institut La Finance pour tous.

Billet, chèque ou virement… Les cadeaux d’argent n’ont rien d’une exception. Voici quelques années, une « étude de Noël » de Deloitte plaçait même l’argent en envie n°1 de cadeau des Français pour Noël ! Combien les enfants mineurs reçoivent-ils en argent de la part des grands-parents ou autres proches ? Même l’Insee ne livre pas de réponse précise à cette question...

Pour les parents des enfants qui reçoivent de l’argent, ce présent peut être un cadeau empoisonné. Tout dépend de la somme et de l’âge du mineur, cadre d’emblée Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de La Finance pour tous (1) : « S’il s’agit réellement d’étrennes, par exemple 500 euros grand maximum de la part des grands-parents, il vaut mieux privilégier un support à vocation pédagogique, tel que le Livret A. Si un mineur reçoit 5 000 euros, là, il faut probablement déclarer ce don à l’administration fiscale, et l’on sort des simples étrennes ! »

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1 – Si c’est uniquement de « l’argent de poche »

Premier cas : de véritables « étrennes », de quelques dizaines voire centaines d’euros, qu’il convient tout de même de déposer à la banque pour éviter les billets qui s’amassent… Dans ce cas, se projeter sur un placement à long terme n’est pas forcément l’objectif des donateurs. « Même si l’enfant mineur ne va pas dépenser cette somme tout de suite, cela peut se gérer comme de l’épargne de précaution pour un adulte », juge Pascale Micoleau-Marcel : « Expliquer à l’enfant que la somme existe, sur un livret, et qu’il peut la retirer en accord avec ses parents pour un projet donné. »

Quel support d’épargne de précaution pour un enfant ? Mieux rémunéré que le Livret A – ou, au pire, au niveau du Livret A, à 0,50% - et plafonné à 1 600 euros, le Livret Jeune est le support d’épargne de précaution le plus adapté si l’enfant a plus de 12 ans. Dans le cas contraire, au rayon des livrets où l’épargne est disponible immédiatement, à tout moment, les banques proposent le Livret A ou des livrets « enfants », sur lesquels les intérêts sont fiscalisés mais dont les taux peuvent parfois être attractifs.

Plus d’infos sur les livrets « enfants »

2 – S’il s’agit d’apprendre à épargner

Offrir de l’argent n’est pas toujours un choix par défaut. Certains grands-parents ou autres proches y accolent une vocation pédagogique, celle d’apprendre à mettre de côté, afin de suivre l’évolution… et pour l’utiliser plus tard. Dans ce cas de figure, aussi, Pascale Micoleau-Marcel vante les mérites du Livret A : « Certes, le Livret A n’offre pas de rémunération intéressante à long terme. Cependant, si l’objectif est de responsabiliser l’enfant, d’avoir un support pédagogique pour de l’épargne au compte-gouttes, un livret peut être une bonne solution. » Objectif des parents, dans ce cas : suivre l’évolution de cette épargne avec l’enfant de façon à expliquer le mécanisme des intérêts annuels, notamment.

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Apprendre la bourse pour un enfant majeur ?

La déléguée générale de La Finance pour tous souligne d’ailleurs que les proches à l’origine du cadeau ont le droit de suggérer un support si cela correspond à une volonté d’initiation financière. « Si l’enfant est majeur, c’est peut-être l’occasion de découvrir le PEA Jeune, et de l’accompagner dans la découverte des actions », suggère Pascale Micoleau-Marcel, en référence à cette nouvelle déclinaison du Plan d’épargne en actions, accessible à des jeunes majeurs toujours rattachés au foyer fiscal des parents.

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3 – Si c’est de l’épargne à long terme

Voici quelques années, le Plan d’épargne logement et ses 2,50% de rémunération annuelle garantis pendant plus d’une décennie avait tout de l’aubaine. Mais… « Le plan épargne logement n’est plus le produit miracle qu’il était ! » comme le souligne Pascale Micoleau-Marcel, un PEL ouvert en 2021 étant rémunéré à 1% brut avec des intérêts fiscalisés dès la première année. « Cela reste un bon moyen de mettre de l’argent de côté, régulièrement, pour un enfant », juge tout de même la déléguée générale de La Finance pour tous.

Sur le très long terme, Pascale Micoleau-Marcel déconseille le Plan d’épargne retraite pour les enfants. Le fait que l’achat de la résidence principale soit l'unique porte de sortie de ce placement, avant la retraite, disqualifie selon elle le PER pour l'épargne infantile. Ou uniquement « si vous avez épuisé toutes les autres solutions ».

Et l’assurance vie qui, souscrite au nom de l’enfant, ne restreint pas les retraits ? « Tout dépend de l’importance des sommes mais, sur les aspects pratiques, l’assurance vie n’est pas forcément le support le plus adapté à des étrennes car les parents devront gérer ce support, garder un œil sur l’évolution de l’épargne. Cela pourrait être un cadeau empoisonné. Pourquoi pas mais uniquement s’il s’agit de rassembler ces dons familiaux sur un même contrat d’assurance vie, année après année. »

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Peut-on prendre des risques avec l’épargne de ses enfants ?

Face à l’actuelle conjoncture de taux bas, difficile pour des parents cherchant à faire fructifier l’épargne de leurs enfants de trouver un support à la fois sans risque et rentable. Dans ces conditions, pouvez-vous prendre une dose de risque avec l’épargne de vos enfants ? « L’administrateur légal est tenu d’apporter dans la gestion des biens du mineur des soins prudents, diligents et avisés, dans le seul intérêt du mineur », répond le code civil. Interdit de « flamber », donc, mais rien ne vous interdit de prendre des risques mesurés. « Liberté, oui, mais liberté de ne pas dilapider ! » résumait à ce propos le notaire Me Jean-Michel Mathieu auprès de MoneyVox en 2018.

Si jamais vous faites le pari de l’assurance vie, comme support à long terme pour l’ensemble de l’épargne d’un enfant, Pascale Micoleau-Marcel rappelle que « verser 100% sur le fonds en euros », le support sans risque de l’assurance vie, n’est « quasiment plus possible » : « Surtout si c’est pour un enfant : l’assureur va considérer qu’il s’agit d’une épargne à long terme et donc qu’une dose de risque est conseillée. » Tout dépend alors des connaissances financières des parents, si vous souhaitez gérer vous-même les supports en unités de compte (sans garantie en capital) de vos enfants, ou si vous préférez l’option gestion pilotée.

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(1) La Finance pour tous est la marque de l’Institut pour l’Education Financière du Public (IEFP), association indépendante et agréée par le ministère de l’Éducation nationale pour sa vocation de pédagogie financière, mais qui est notamment soutenue par « la Banque de France, l’Autorité des Marchés Financiers, la Fédération Bancaire Française, ainsi que de grands établissements financiers ».