La Banque d'Angleterre (BoE) a envoyé lundi une lettre aux établissements financiers pour connaître leur degré de préparation à la mise en place d'un taux directeur négatif, une hypothèse longuement écartée et finalement évoquée le mois dernier.

Reconnaissant qu'« un taux d'intérêt négatif pourrait avoir d'importantes implications pour (l')activité des entreprises et (leurs) clients », Sam Woods, directeur général de l'Autorité prudentielle de régulation (PRA) de l'institut monétaire, veut connaître « le degré de préparation opérationnelle des sociétés », notamment en termes de technologie, détaille la lettre.

Le taux directeur de la BoE est fixé depuis mars à 0,1%, un plancher historique.

La possibilité d'instaurer un taux directeur négatif a été explicitement évoquée en septembre lors d'une réunion du Comité de politique monétaire (MPC), qui a indiqué travailler sur cette question.

Cependant, ces travaux ne sont « pas une indication que le MPC va utiliser un taux d'intérêt à zéro ou négatif », a rappelé M. Woods.

Plus tard dans la journée, interrogé lors d'une conférence en ligne, Andrew Bailey, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, a insisté une nouvelle fois sur le fait que l'institution ne prévoyait pas d'utiliser pour l'instant un taux d'intérêt négatif.

Cette mesure monétaire non conventionnelle est destinée à stimuler l'inflation et encourager les prêts par les banques car elle équivaut pour elles à une sorte de loyer sur leurs dépôts à la banque centrale.

M. Bailey a expliqué qu'avant l'apparition du Covid-19, les travaux sur cet outil étaient plutôt d'ordre « académique », et qu'après des mois de réflexion sur l'opportunité d'y recourir, le MPC avait jugé qu'il faisait partie des politiques possibles, mais qu'il fallait néanmoins en étudier les implications opérationnelles.

La livre sterling n'a pas réagi à la publication de la lettre de Sam Woods.

« Les marchés ont déjà intégré un taux négatif pour l'année prochaine, et (cette lettre) ne change pas matériellement la perception que la banque pense sérieusement à des taux négatifs », a commenté Neil Wilson, analyste pour Markets.com, après la publication de la missive.

S'appuyant sur un document de la Réserve fédérale américaine, il a estimé que la mise en place d'un taux d'intérêt négatif dans la zone euro a été « une grosse erreur », car cela a affaibli le secteur financier sans réussir à relancer l'inflation.

Cependant, les économistes sont partagés sur la question et des travaux de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont montré que les banques ont réussi à compenser la réduction des marges d'intérêts par d'autres rentrées d'argent, gardant intacte leur rentabilité.